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QUELC^UES MAÇONS NOTABLES

Du LYONNAIS, du DAUPHINÉ, du FOREZ, du ROUERGUE, de la GASCOGNE et du BÉARN.

ANS les archives municipales de la Ville de Lyon, on trouve, pour le temps de la Renaissance, un certain nombre de noms de maîtres maçons-tailleurs de pierre : Clément Trie, Edouard Grand, Jehan Henriet, Gérard Grangier, Guillaume Noj'tallon, Guillaume de Chessieu, Pierre de Beliey, Jehan Moreau, Antoine Tourteron, Emare Gret, Jehan Roux, Jehan de Biré, Humbert et Jacques Gimbre, Vuillardier, Hieronume Henrys, Léonard Mirault, Guillaume Chazottes, Jacques Laurens, Bertrand Castel, Jérôme Durand, Antoine Goyot, Claude Palluel, Jacques Béranger et Salvator Salvatori. Mais h l'exception de Clément Trie, et d'Edouard Grand, « maître des œuvres de maçonnerie de la Ville », de Jehan Henriet, qui fut employé aux travaux de la cathédrale, et qui construisit l'église d'Alix en Beaujolais, on ne sait absolument rien d'aucun d'eux ; et il est impossible de leur répartir, en attributions même douteuses, les édifices importants construits au xvi° siècle : l'ancien archevêché, la chapelle des Bourbons à la cathédrale, les églises Saint-Nizier, Sainte-Croix, des

En Lyonnais.

En Dauphiné.

Pierre La Cuisse.

En Forez.

Antoine Joynillon.

Le château de La Bastie d'Urfé.

Cordcliers, de Saint-Bonaventure, des Augustins, la flèche de Saint-Paul, la commanderie de Saint-Georges, la chapelle des Gadaigne aux Jacobins, etc. (i). Parmi les maçons étrangers travaillant à Lyon, en ce temps, un seul se fit remarquer : François de Royers de la Valfénière, « piémontais », le fondateur de la dynastie francisée de ce nom, dont un membre acquit, au xviii' siècle, un grand renom : François, deuxième du prénom, qui bâtit, à Lyon, la belle abbaye des Dames de Saint-Pierre, sur la place des Terreaux (2). François, premier du prénom, fut au service du marquis de Saluces, gouverneur de la citadelle de Lyon, en i536-i537.

L'histoire du Dauphiné pendant la Renaissance ne contient qu'un seul nom de maître maçon-tailleur de pierre de quelque notoriété, qui vécut pendant la seconde moitié du xvi° siècle : Pierre La Cuisse, qualifié, dans quelques actes officiels, « architecteur du seigneur des Diguières (de Lesdiguières) », et qui était originaire de Saint-Denis, dans cette province. En i583, Pierre La Cuisse construisit un grand pavillon dans un château appartenant à Gabriel de Morgues, seigneur de la Motte- Verdayer. Il fit les plans de l'Hôtel de Lesdiguières à Grenoble, et ceux de la partie du château de Vizille qui a été édifiée de 1699 à i6o3 (3).

La même particularité se remarque dans l'histoire du Forez. A la Renaissance, cette province comptait de riches et puissantes familles, les d'Urfé, les de Lévis, les Girard de Vaugirard, les d'Albon de Saint-André, les de l'Aubespin, et les de Saint-Priest. Elles firent transformer leurs anciens manoirs ou construire des châteaux nouveaux : La Bastie d'Urfé, Challaind'Issoure, '\''augirard, Saint-Marcel-de-Félines, l'Aubespin, Château-Morand, et Saint-André-d'Apchon, qui prouvent, encore aujourd'hui, malgré les injures du temps et des hommes, le goût artistique et la science technique de leurs maîtres d'œuvre : des maîtres maçons-tailleurs de pierre foréziens ou Ij^onnais. Un seul nom de ces maîtres est connu : Antoine Joynillon.

Claude d'Urfé, ambassadeur de France au Concile de Trente, gouverneur des fils d'Henri H, et surintendant du Dauphin, qui possédait, au sommet le plus élevé des monts du Forez, un vieux manoir ancestral, dont les ruines majestueuses portent une dénomination populaire pittoresque : les Cornes d'Urfé, décida de se faire construire, dans la plaine, en un site riant, sur les bords du Lignon, — que chantera son fils Honoré dans le fameux roman de « L'Astrée », — un château dans le style architectural à la mode. Ce grand seigneur, qui connaissait les premiers architectes parisiens de son temps, Pierre Lescot, Philibert de l'Orme, Jean Bullant, etc., qui les avait vus à l'œuvre

(i) Charvkt ; Les architectes lyonnais, gr. in-8°, Lyon.

(2) Actuellement le Palais des Arts.

(3) Edmond Maignen : Les artistes grenoblois, un vol. in-8°, 1887.

QUELQUES MAÇONS NOTABLES SSg

dans les résidences royales et princières, s'adressa, non à l'un d'eux, mais à un maître maçon-tailleur de pierre du F"orez. Certainement il n'aurait point confié la construction d'un édifice aussi important, dans laquelle il allait dépenser des sommes considérables, à ce maître, si celui-ci ne s'était point déjà distingué par des travaux prouvant ses talents exceptionnels d'artiste et de maçon.

Deux documents d'archives font mention d'Antoine Joynillon antérieurement.

Dans un terrier — i549-i58o — de Saint-Bonnet-le-Château, en Forez{i), sont nommés Mathieu et Jean Joynillon, qui habitent, en 1549, Espisolles, hameau de la commune de Sàint-Nîzier-de-Fornas, et Antoine Joynillon, possédant, au même lieu, quelques pièces de terre.

Un acte notarial, en date de i552, signale « l'achapt dune pension annuelle « de vingt-cinq livres tournois pour messieurs (les prêtres) de l'église de Saintce Bonnet-le-Château, contre maistre Anthoine Jonîlhon, masson, sur la grande « maison de Puys ». Pierre Puys, frère ou neveu de François dePuteo, général de l'ordre des Chartreux, avait institué les prêtres de Saint-Bonnet-le-Chàteau ses héritiers universels, à la condition qu'ils payeraient à Catherine Faure, sa veuve, 660 livres tournois ; mais, comme les maisons faisant partie de la succession, « à cause de leur caducité et antiquité estoient en danger de ruynes », les prêtres jugèrent à propos de les vendre; elles furent adjugées à Antoine Joynillon, « maistre maçon du bourg de Laverchère, audit Sainct-Bonnet (2) », comme plus offrant, au prix de cinq cent cinquante livres tournois. La maison Puys, que Joynillon restaura, sans aucun doute, est, aujourd'hui, une des curiosités de la petite ville, qui compte encore quelques autres logis de l'époque, très intéressants, probablement construits par le même maître maçon (3).

Antoine Joynillon n'en était donc point à ses débuts de maître maçon lorsqu'il fut chargé de donner les plans et de diriger les travaux du château de la Bastie d'Urfé.

Un historien lyonnais, le P. Fodéré (4), écrivait, au commencement du xvn' siècle, sur cette œuvre d'architecmre : « Le château de la Bastie en Forest « est une des plus belles maisons que l'on pourrait désirer, bien bastie, « couverte de fines ardoises, accompagnée de beaux jardins et parterres, d'un « dédale, belles allées, espaillers, ruisseaux et toutes singularitez qui peuvent « embellir une maison de marque. » Le bon franciscain évidemment aimait plus la nature que l'art : sa description manque de renseignements sur l'architecture de l'œuvre de Joynillon.

(i) Bibliothèque et archives de la Société historique et archéologique La Diana, à Montbrison.

{2) Félix Thiollier et G. de Soultrait : Le château de la Bastie d'UrJé et ses seigneurs, un vol. gr. in-folio, avec gravures, publié sous les auspices de la Société archéologique et historique La Diana, à Montbrison, 1886.

(3) Marius Vachox : Trois semaines en Auvergne et dans le Velay; Le Tour de France, année 1880, 10 livraisons.

(4) P. Fodéré : Narration historique de V ordre de Saint-Franfois, un vol. in-4', Lyon, 1609.

La cour d'honneur du château présente cette originalité de construction : une rampe, légèrement inclinée, portée sur des arcades, permettait d'accéder en voiture, ou en litière, ou à cheval, à la galerie extérieure du premier étage. La chapelle était d'une grande richesse de décoration sculpturale, et ornée de marqueteries, de boiseries, de panneaux de faïence, d'une rare beauté (i).

A l'époque où s'élevait cette belle création architecturale d'un maître maçon forézien, un de Lévis-Couzan faisait construire, à Challain-d'Issoure, un château non moins important, non moins luxueux, dont l'ordonnance, en certaines parties, rappelle celle de la Bastie d'Urfé, notamment une superbe galerie de rez-de-chaussée, formée d'arcades en anse de panier, qui supportait autrefois une colonnade d'ordre corinthien. Ne serait-ce point là une autre œuvre d'Antoine Joynillon ?

Antoine Joynillon mourut le 19 mai i558. Son corps fut inhumé dans le cimetière de l'église Saint-Etienne-le-Molard, paroisse de La Bastie d'Urfé. La pierre de sa tombe, qui est aujourd'hui encastrée sur le mur extérieur de l'édifice, porte cette épitaphe :

CiGIT AnTOENE lONILLVON . EN

Son . VIVENT .

Mètre - mason De . Labatie durfé . que Trépassa . le DiXZENEUF . De May . 1558

DiEV. av. SON AME.

En Rouergue. Le Rouergue compta, pendant la Renaissance, plusieurs maîtres maçons-

tailleurs de pierre d'un certain talent comme artistes et comme constructeurs, et dont les noms ont survécu : Jean Salvanh, Guillaume Lissorgues, et Baduel.

Jean Salvanh. Jean Salvanh naquit à Rodez, de i5i5 à i52o. Il fit tout d'abord l'appren-

tissage de son métier de maçon-tailleur de pierre auprès de son père, Antoine Salvanh, un de ces « massonniers » ou « peyriers », qui, à l'exemple de tous les maîtres d'œuvre des autres provinces de France, enseignaient la pratique, en travaillant eux-mêmes sur le chantier (2).

(i) Le château de La Bastie d'Urfé a conservé presque intacte son ordonnance architecturale; mais il a perdu, depuis les dernières années du xix" siècle, toutes les oeuvres d'art diverses qui l'ornaient : sculptures, boiseries, marbres, etc. Il a été acheté, en 1909, par un groupe d'archéologues et d'amis des arts, associés pour le sauver d'une démolition imminente.

(2) En 1360, un Pierre Salviinh, « fustier », traite pour la construction du toit de l'Hôpital Sainte- Marie, au faubourg de Lates, à Montpellier (Renouvier et Ricard : Des maîtres de fierres, un vol. in-8°, Montpellier, 1844, p. 59).

Ce maçon ne serait-il pas un ancêtre du maître rouergat ?

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