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QUELQUES MAÇONS NOTABLES

Guillaume Philandrier, l'architecte de Georges d'Armagnac, évêque de Rodez, qui s'était formé en Italie, compléta l'éducation artistique du jeune maçon et le poussa vers les idées architecturales nouvelles (i). Lorsque Antoine Salvanh mourut, vers i552, son fils lui succéda dans la charge de maître de l'œuvre de la cathédrale. Un acte, en date du 24 octobre i554, dressé par Antoine Fournier, notaire à Rodez, le mentionne avec ce titre; et, en i56o-i56i, il figure au nombre des consuls, avec cette qualification : « mestre de l'obra (œuvre) de la cathédrale ».

On a tout lieu de croire qu'après la retraite de Philandrier, — qui avait décidé L'œuvre

de se consacrer exclusivement à ses fonctions de chanoine, et à l'étude de la ^ ■'^^" balvanh. philosophie, du jour où Georges d'Armagnac quitta Rodez pour Toulouse, dont il venait d'être nommé archevêque — , Jean Salvanh continua les travaux commencés par son maître dans la cathédrale et au palais épiscopal. Il s'en es'^ établi une confusion des deux artistes dans les attributions respectives de ces travaux. En i562, sous l'épiscopat de Jacques de Corneilhan, Jean Salvanh construisit le pignon occidental delà cathédrale. Vers le même temps, il forma le projet de terminer la tour sud-ouest dans le style nouveau, mais il ne put le réaliser, on ne sait encore pour quelles raisons. Vers i56i, Georges d'Armagnac chargea Jean Salvanh de reconstruire en style Renaissance le château de Gages (2), qui, bâti au xiii" siècle par les comtes de Rodez, tombait en ruines. Marguerite de Valois en avait cédé l'usufruit à l'évêché pour en faire une résidence d'été. Jean Salvanh travailla aussi, pour le compte du cardinal, au château de Muret, à l'église de Sainte-Austremoine, dans le Velay, à l'église de la Salvetat, à Saint-Amans-de-Rodez, et fut mandé plusieurs fois à Toulouse pour y exécuter certains travaux d'architecture, très probablement à la cathédrale. Le 8 février i58o, il traitait avec Raymond de Frédand, chanoine, et « baile » du Chapitre de Rodez, pour « volter (voûter) la nef de l'église du Castanet et y faire troys croysiers et deux arcs doubleaux », au prix de 200 livres, les charrois et les manœuvres restant à la charge des paroissiens. Il convient de faire remarquer la persistance de l'emploi de la croisée d'ogive dans les édifices religieux de la région, malgré le développement pris par l'architecture nouvelle.

Jean Salvanh entra au service de la Ville de Rodez, comme « maistre des œuvres de maçonnerie ». Les fortifications furent réparées par lui.

Le maître maçon était tenu par ses concitoyens en si haute estime qu'ils l'élisaient consul pour l'exercice administratif i56o-i56i.

On ignore la date et le lieu de la mort de Jean Salvanh.

(i) La vie et l'œuvre de (îuillaume Philandrier seront étudiées d.ins un volume consacré aux « Grands architectes » de la Renaissance française.

(2) Un document concernant ce château qualifie Jean Salvanh « surintendant des réparations de « Gages ». En un autre, daté de 1561, il porte le titre « d'architecteur ». L'artiste recevait, en 1561, 600 livres du cardinal pour être employées aux travaux de ce château.

Guillaume Lissorgues.

Le château de Graves.

Le château de Canac.

Guillaume Lissorgues fut aussi un élève de Guillaume Philandrier ; mais il n'en avait pas moins fait son apprentissage de maçon « sur le tas » ; et il acquit la maîtrise après toutes les épreuves et dans toutes les conditions imposées par les traditions et les règlements corporatifs.

Ce maître maçon s'est illustré par la construction, vers i553, du château de Graves, en Rouergue, tout au moins dans toutes les parties les plus remarquables : le grand portail, la galerie, et la décoration à pilastres de la cour intérieure; et par sa participation à la construction du château de Bournazel, sous la direction et après la mort d'un autre grand « massonnier » de la province : Baduel. Les noms de ces deux maîtres maçons sont inséparables, car, pendant longtemps, l'on a indistinctement et confusément attribué à l'un et à l'autre ces deux importants édifices, (i)

Le château de Graves, aujourd'hui, doit être considéré comme l'œuvre personnelle de Lissorgues (2). Le lojuillet i543, Jean-ImbertDardenne, qualifié noble et seigneur de Cabanes, qui devait être consul de Villefranche, en i55o, achetait à Cécile d'Arjac et à ses enfants, la métairie de Graves, et y faisait commencer, l'année suivante, la construction d'un château, dont il avait demandé les plans à Guillaume Lissorgues. L'architecte continua les traditions de l'architecture des châteaux du Moyen âge dans les dispositions topographiques et dans la composition de l'œuvre nouvelle : quatre corps de logis, à apparence extérieure de forteresse, flanqués aux angles de tours rondes, enclosant une cour carrée ; toutefois, en raison de la situation de l'édifice sur une éminence privée d'eau, les douves furent supprimées. Mais, dans la cour, la Renaissance s'affirme avec éclat par la grâce et l'élégance des façades d'ordre toscan.

Dardenne, vers le même temps, faisait élever, près de Rodez, le château de Canac (3), qui rappelle, dans son ornementation sculpturale, les châteaux de Graves et de Bournazel. Cette particularité donne à penser que ce château pourrait être l'œuvre de Guillaume Lissorgues.

Le

Vers la fin de la première moitié du xvi" siècle, Jean II de Buisson, seigneur

château de Bournazel. de Mirabel et Roussenac(4), qui avait épousé Charlotte de Mancip, fille de Gaspard

de Mancip, seigneur de Bournazel, décida de faire reconstruire le château de

Bournazel tombé en ruines. Il s'adressa, pour les plans et la direction des travaux,

à un enfant du pays, nommé Baduel (5), qui avait travaillé à Paris sur les

(i) De Gaujal : Annales du Rouergue.

(2) BiON DE Marlavacne : La cathédrale de Rodes, p. 365, et appendices.

(3) Pli. DE Barrau : Documents historiques et généalogiques sur les familles et les hommes remarquables du Rouergue dans les tem-ps anciens et modernes. Rodez, 1860, t. IV, p. 53.

(4) Jean II de Buisson fut fait chevalier par François I" après la bataille de Cérisoles, où il avait été blessé en chargeant à la tête de sa compagnie de cinquante hommes d'armes.

(5) Bion de Marlavagne a trouvé dans les Archives de l'Aveyron (fonds du Chapitre de la cathédrale de Rodez et des Dominicains) des documents prouvant qu'il existait à Bournazel, h la même cpociue, plusieurs personnes du nom de Baduel, notamment un cure et un notaire.

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