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AU LENDEMAIN DE LA GUERRE DE CENT AXS

L'architecture civile n'a pas reçu une moindre impulsion. La plupart des grandes cités affirment leur prospérité nouvelle par la construction d'hôtels de ville, qu'elles tiennent à honneur de faire aussi beaux et aussi imposants que possible : Compiègne, Saint-Quentin, Noyon, Dreux, Beaugency, Toulouse, La Rochelle, Bourges, Amboise, Vendôme, Saumur, Libourne, Gray, Saint-Fiour, Commines, et Hondschoote. A Orléans, la manifestation de la puissance municipale par l'édification du superbe hôtel de ville, orné d'un fier beffroi, se complétera du témoignage officiel de la reconnaissance publique par l'érection, en son « carroir », d'un pieux monument en l'honneur de Jeanne d'Arc, la libératrice de la France.

Dans la construction des châteaux royaux, princiers, et seigneuriaux, qui s'élèvent en grand nombre, partout, on constate une première évolution esthétique, qui correspond à l'état social nouveau du pays.

Déjà au xiv'' siècle, bien longtemps avant les expéditions de Charles VII, en Italie, qui, à l'opinion des ultramontains, auraient été la période d'initiation de notre pays à l'architecture riche, élégante, et gracieuse, nos maîtres maçonstailleurs de pierre savaient bâtir des manoirs d'une physionomie très artistique et d'intérieurs très luxueux. Pierrefonds, Coucy, Meung, Chàteaudun, etc., abritaient, derrière leurs hautes et sévères courtines, de pures merveilles d'art. Mais, la paix revenue, et, avec elle, le travail et la prospérité, on n'éprouve plus le besoin de donner aux châteaux les dispositions de forteresses formidables propres à repousser les attaques des envahisseurs, et à supporter les plus longs sièges, par leurs dispositions architecturales, et par leur situation topographique au sommet de collines, de buttes, et même de rochers. On descend dans les plaines et dans les vallées, sur les rives des fleuves, aux bords des rivières, et dans les clairières des forêts et des bois; les constructions deviennent plus légères et plus plaisantes.

C'est ainsi que, sur les ordres de René d'Anjou, s'élèvent tout à coup, près de la Maine, au milieu des prairies, de véritables maisons de campagne, riantes d'aspect; que le vieux et morose château de Saint-Louis, à Angers, s'entoure de beaux jardins, et de plantureux vergers ; que Louis XI fait bâtir Plessisles-Tours dans un site charmant, et, tout en assurant sa sécurité, se préoccupe de lui donner l'aspect le plus pittoresque et l'aménagement le plus confortable. En Bourgogne, Philippe le Bon quitte le morne château des ducs, pour se loger dans une résidence nouvelle, d'un grand caractère artistiqu^, propre aux fêtes somptueuses. Bourges, Moulins, Nantes, et Pau, sous les ducs de Berry, de Bourbon, et de Bretagne, et les vicomtes de Béarn, s'embellissent de palais, où ces princes tiennent de véritables cours. Jean, bâtard d'Orléans, comte de Dunois, élève le superbe château de Chàteaudun ; Robert de Dreux, rentré

Les nouveaux hôtels de Ville.

Evolution

de l'esthétique

des

châteaux.

Prospérité industrielle et commerciale.

L'aurore de la Renaissance.

en Normandie, après la reprise de la province, construit, de 1469 à 1478, le charmant château de Pavilly.

L'industrie et le commerce, restaurés par l'habile politique économique de Louis XI, les offices de finances et d'administrations publiques enrichissent la bourgeoisie, qui se fait bâtir des hôtels et des châteaux, rivalisant d'art, de bon goût, de luxe, et de confort avec les résidences royales, et princières.

Le xvi° siècle commence, ainsi qu'un beau jour, dans une claire, douce, et lumineuse aurore, annonçant le soleil radieux qui va fleurir la terre de France d'innombrables œuvres d'art. Cette renaissance de l'architecture nationale est un printemps nouveau, au lendemain d'un hiver très rude et très long, pendant lequel les êtres et les choses ont fort cruellement souffert de cataclysmes violents, sans que le sol, pourtant, ait perdu ses principes vitaux, sa puissance de fécondation. Tout était resté en germe, sain et vigoureux, sous la neige, sous la gelée, sous les cendres et sous les ruines, n'attendant que le déblaiement, et quelques rayons de lumière pour pousser avec vigueur, et porter des fleurs superbes et des fruits savoureux.

LA RENAISSANCE # # ARCHITECTURALE m

FILIATION DE L'ARCHITECTURE OGIVALE ET DE L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE

P^^5^^^JIe l'architecture du Moyen âge à l'architecture de la Renaissance it ^î*yv;î il y a une filiation directe, immédiate, et ininterrompue. Celle-ci h") *^j^'] ]q vient de celle-là, comme une plante vient du fruit semé en terre. M O/^/^ A l'état de germe, elle s'est nourrie de lui ; ensuite, ayant fait è^^M)à'f^l ses racines, elle puise dans le sol les éléments fertilisants,

pousse, vient au jour, grandit ; et, enfin, fleurit et fructifie, à l'air et à la lumière,

sources de fécondité, de vie, et de beauté.

De même que, dans l'architecture nationale, à un certain moment d'heureuse et logique conjonction, le style roman et le style ogival se mêlèrent intimement à la cathédrale de Noyon, à la basilique royale de Saint-Denis, à Saint-Etienne de Beauvais,à Saint-Martin de Laon, à Saint-Martin de Soissons, par exemples ; au déclin du style ogival, et à l'aurore du style de la Renaissance, il se fait la même fusion : à Paris, les hôtels de la Trémoille et de Cluny ; à Rouen, les hôtels du Bourgtheroulde et de l'abbaye de Saint-Ouen, le palais de l'Echiquier ; à

Simultanéité

et

fusion des styles

ogival et Renaissance.

CllAl'lTKE bliUXIL.ME

Evolution

de l'arrhitecture

nationale,

conséquence

de l'évolution

politique et sociale.

Transformation des \ieux manoirs

et des

forteresses féodales

en

châteaux de plaisance.

Evolution

de l'architecture

des jardins.

Tours, l'hôtel de Beaune ; à Compiègne, à Orléans, et à Beaugency, les hôtels de ville ; à Bourges, les hôtels Jacques Cœur et Lallemand. Et si, dans sa première période, le style de la Renaissance fut d'une élégance délicate, d'une délicieuse fantaisie, et d'une ingénuité charmante, avec des qualités de franchise et d'harmonie exceptionnelles : le château de Gaillon ; à Biois et à Amboise, les parties Louis XII ; en Anjou, le château du Verger, et le Logis Barrault d'Angers; dans le Maine, le château de Saint-Ouen, etc. : ce n'était qu'une répétition de ce qui se passa à la première période du style ogival, dont les productions initiales, entre autres, Saint-Leu d'Esserans, Saint-Yved de Braine, la chapelle des morts d'Ourscamps, les églises de Longpont et d'Agnès, se font remarquer par les mêmes qualités rares et exceptionnelles.

Moins d'un quart de siècle après cette évolution de l'architecture nationale, il s'en produit une nouvelle, qui est la conséquence de la transformation politique et sociale. François I" a créé la Cour. Il y attire irrésistiblement les grands seigneurs, qui ne pourront plus désormais espérer de faveurs, de dignités, d'offices, et de fonctions que s'ils vivent auprès du roi, des favoris, des favorites, et de ceux qui gouvernent l'Etat. A Fontainebleau, à Saint-Germain-en-Laye, à Villers-Cotterets, à Blois, à Madrid, et à Chambord, ce sont, en toutes saisons, des chasses, des fêtes, des divertissements, des parades militaires, et des promenades galantes. D'interne qu'elle était, dans les cours d'honneur des anciens châteaux, qui centralisaient tout le mouvement et toute l'activité des invités, des officiers, des soldats, et du personnel domestique, la vie mondaine est devenue externe, dans le vaste cadre des jardins et des parcs. Alors, dans les châteaux nouveaux, on place les façades principales, non plus au dedans, mais au dehors; et on leur donne la physionomie la plus artistique et la plus pittoresque.

Dans les vieilles forteresses féodales, dans les anciens manoirs, qu'on ne peut songer à démolir, par économie et par respect du passé, on perce, au travers des courtines épaisses et des sombres parois des tours et des donjons, de nombreuses et larges ouvertures, qui lais.sent entrer dans les intérieurs de l'air, de la lumière, et le soleil. Les hauts toits en poivrière, les grandes combles aigus s'ajourent de lucarnes légères et élégantes. On établit partout des galeries extérieures; on couronne même, parfois, les corps de bâtiment de terrasses et de belvédères, d'où peuvent être vus à l'aise les spectacles de la Cour, et admirées les beautés de la nature, car le sentiment esthétique s'est modifié à tous les points de vue, en même temps.

L'évolution qui s'est faite dans l'architecture des châteaux a amené, en effet, une évolution complète dans l'architecture des jardins. Les glacis et les boulevards des forteresses se transforment en parterres fleuris, en bosquets de verdure; les eaux des douves profondes servent à alimenter des bassins et des canaux, des fontaines et des cascades. Les bois et les forêts qui entourent les châteaux sont

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HOTEL DE VILLE DE COMPIÈGNE Type d'architecture du commencement du XVl° siècle

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