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LA RENAISSANCE ARCHITECTURALE

bâtiments spéciaux, dégagements et escaliers généralement à vis, à cage apparente, logés dans une tourelle ou bien dans un pavillon en hors d'œuvre.

La construction des édifices religieux nouveaux, ou l'achèvement d'anciens, présentera, souvent, plus que des réminiscences partielles d'œuvres du passé ; sur une ossature toute entière ogivale, aux ordonnances architecturales traditionnelles, ils jetteront, par un caprice charmant d'imagination, un vêtement et une parure Renaissance. Saint-Eustache de Paris est le tour de force incomparable, le miracle accompli, en ce sens, par le plus audacieux de ces artistes de génie.

Les maîtres maçons, qui sont aussi des tailleurs de pierre, maintiendront Respect des traditions ... j ' , j . • 1 1 ■ • j ' j-c 1 de l'union intime

religieusement, dans la décoration sculpturale extérieure des edinces, les , l'irciiitecture

traditions de l'architecture ogivale. Aux façades des églises, des palais et des et de l'ornementation

hôtels, ils continuent à mettre, comme par le passé, la plus luxuriante floraison sculpturale.

d'ornements d'une fantaisie exquise, de statues, de bustes, de médaillons, de

hauts et bas-reliefs, pleins d'originalité, faisant corps avec les ordonnances

architecturales, et avec le gros œuvre. La sculpture s'isolera définitivement

de l'architecture, quand la décadence du style de la Renaissance sera venue,

provoquée par l'adoption générale des formules ultramontaines.

L'introduction de la céramique émaillée aux châteaux de Saint-Germain-

en-Laye et de Madrid, dont quelques écrivains ont voulu arguer pour justifier

l'attribution de ces édifices à des deviseurs de plans italiens, n'est-elle point une

pure et simple adaptation de la polychromie si fort en usage, depuis des siècles,

dans l'ornementation monumentale?

Une autre démonstration de la filiation directe de l'architecture ogivale et de l'architecture de la Renaissance est, dans ce fait indéniable : ce sont exclusivement des maîtres maçons-tailleurs de pierre, ayant, au début de leur carrière, pratiqué la première, de la plus admirable façon, qui s'adonnent à la seconde, avec succès, dans le même temps ou très peu d'années après ; et réussissent, instantanément, à créer des chefs-d'œuvre nouveaux, que ne surpassent, ni en originalité d'invention, ni en perfection d'exécution, les chefs-d'œuvre réalisés la veille.

Rouland Le Roux, le célèbre maître maçon-tailleur de pierre rouennais, après avoir bâti le palais de l'Echiquier, cette merveilleuse fleur d'arrière-saison de l'architecture ogivale, entreprend la construction du Bureau de Finances, sur la façade duquel commence à s'épanouir l'architecture de la Renaissance. Ensuite, il achève le superbe portail de la cathédrale, où il n'y a que gables, arcs en accolade, archivoltes, colonnettes fleuronnées et fuselées, fenestrages d'ogives lancéolées, bandes de lobes et de redents, niches à coupoles ajourées, dais en pinacles, etc. ; et il donne les plans du Tombeau des d'Amboise, tout pilastres, frises, corniches, attiqucs, cj;itablemenis, rinceaux, guirlandes, arabesques et

Autre démonstration

de

filiation directe :

les maîtres maçons

font simultanément

de

l'architecture ogivale

et de l'architecture

Renaissance.

volutes, que l'admiration universelle a consacre un des plus magnifiques joyaux de la Renaissance.

Pierre Chambiges, l'architecte de Chantilly, de l'Hôtel de Ville de Paris, et du château de Saint-Germain-en-Laye, avait été auparavant employé, par son père, comme compagnon et chef de chantier, aux travaux de construction des portails latéraux et des transepts des cathédrales de Beauvais, de Sens, de Senlis et de la façade principale de la cathédrale de Troyes.

Robert Grappin, nommé maître de l'œuvre de l'église Saint-Gervais et Saint-Protais, à Gisors, continue tout d'abord la construction du portail du nord, commencé, dans le plus pur style flambo3'ant, en i5i5, par Robert Jumel et Pierre Gosse ; et entreprend ensuite celle du grand portail de la façade occidentale, tout entier de style Renaissance, très original, et très personnel.

Colin Byart bâtit la tour du nord de la cathédrale de Bourges, chef-d'œuvre majestueux d'architecture ogivale, avec une décoration sculpturale toute nouvelle, au lendemain de la construction du château du Verger, en style de transition, et après avoir été appelé à Gaillon par le cardinal d'Amboise pour donner son avis sur les plans du prototype des châteaux de la Renaissance.

Et combien d'autres créations glorieuses de maîtres maçons-tailleurs de pierre, aux xv* et xvi° siècles, pourraient êtres citées en exemples de cette simultanéité de la pratique parfaite de l'architecture ancienne et de l'architecture nouvelle!

Même particularité Dans la sculpture ornementale, on doit remarquer cette même particularité

dans ornementation intéressante : Les dernières œuvres monumentales de la période ultime de l'art ogival, et les premières de l'art de la Renaissance à son aurore, sont dues aux mêmes imagiers, qui ont exécuté celles-ci avec tant d'originalité, de fantaisie, de délicatesse et de verve qu'on a voulu, constamment, en faire honneur à des italiens, ayant seuls, disait-on, la pratique de la technique spéciale et des éléments particuliers de cette ornementation nouvelle en France. Or, pour ne citer qu'un exemple, entre beaucoup d'autres, les sculptures du portail central de la cathédrale de Rouen et celles du Tombeau des d'Amboise ont les mêmes auteurs : Pierre Desobeaulx, le célèbre imagier rouennais, ses « varlets » et ses compagnons (i), qui feront ensuite à l'église Saint-Gervais et Saint-Protais de Gisors la chapelle de la Vierge, superbe floraison d'art nouveau.

Mais il y a mieux encore : L'hôtel de la Trémouille, à Paris, construit à la fin du xv° siècle, ou au commencement du xvi". C'était là, dans cette merveilleuse création du génie d'un maître maçon parisien, resté, hélas! inconnu, comme

(i) Paul V'iTRY, dans sa récente Monographie de Jean Goujon, p. 115, n'en a pas moins écrit cette assertion : c I.a ville de Rouen avait pu donner aux asiles aux débris des ateliers franco-italiens occupés par le cardinal d'Amboise. » On verra plus loin quelle fut la part de l'art italien dans la décoration sculpturale de Gaillon. *

sculpturale.

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