‹ La renaissanceChapitre 147 sur 189 · MOCENIGO · texte numérisé non relu

MOCENIGO

A vos ordres, magnifique seigneur, et trop heureux, pour ma part, de consacrer une si belle journée à contempler des chefs-d'œuvre en compagnie d'un connaisseur aussi fin que Votre Excellence illustrissime.

FERRARE

Ucfi salle du palais dans les appartements de la ducînesse. Riches tapisseries de Flandres à sujets mythologiques, meubles d'ébène sculptés, tableaux, statues. — Mme L»crèce Borgia, duchesse de Ferrare; Luigi Bembo.

LB BEMBO

Votis êtes inquiète?

MADAME LUCRÈCE/ sownaat.

Pas absolument... mais préoccupée. Tenez! je res^ semble assez bien à ce qu'on doit penser de 1 Italie. Quand vous êtes arrivé, je lisais ce manuscrit ouvert ici sur mes genoux. Ce sont les premiers chants du poème de Louis Arioste. Cet homme, vraiment sublime, me l'a remis ce matin. Je me laissais aller à une admiration enthousiaste. Mais, en même temps, il me passait dans l'esprit que les affaires de monseigneur ne sont pas en aussi bon état que je voudrais les voir; le Pape a voulu l'assassiner dernièrement, et Sa Sainteté ne répond à nos avances que par la menace. Mon mari, je le sais, n'est pas homme à s'intimider. Néanmoins, le souci me tient par instants; car, vous le savez bien, Louis, il s'agit de l'avenir de mes enfants, de l'état de notre maison; cela vaut la peine qu'on y songe; et quand je vois où en sont réduits les Florentins, je me dis que la liberté des princes et des réfmbliques est bien précaire en face du plus ambitieux

des Pontifes. Notre tour de ruine finirait par venir si le ciel n'y mettait ordre. Ainsi, vous le voyez, ami de ma vie, j'ai la tête enivrée de la poésie, la raison tourmentée d'inquiétudes politiques, le cœur soucieux pour mon mari et pour mes enfants, et l'âmc^i

BSMBO*

L'âme?..,

MADAME LUCRÈCE, (woriant.

L'âme, peut-être, un peu distraite et s'en allant de votre côté... En somme, n'est-ce pas là l'Italie? De la poésie, de la crainte^ des intérêts... et de l'amouf ?

Page 1