‹ La renaissanceChapitre 158 sur 189 · M. DE PIENNES · texte numérisé non relu

M. DE PIENNES

Voilà notre maître sur un brasier d'inquiétude.

LE ROI

Du diable si tu dis vrai! Je me soucie autant d? l'envoyeur que de l'envoyé... du maître que du valet.. Qui a jamais eu l'idée de faire porter des billets doux par un chevalier de Saint-Jean?

MARIE GAUDIN

Je ne vous ai pas dit que j'eusse reçu un billet doux... Vous devinez juste, pourtant, ce qui prouve la subtilité de votre esprit... Mais je n'ai pas encore tout avoué!... Tenez! ne languissez pas!... Regardez!

Elle met sur la table un écrin et retient dans sa main un papier qu'ells agite en l'air.

TOT^S LES CONVIVES, à la fois.

Voyons ! voyons !

LE ROI, prenant la botte.

Vous permettez bien, messieurs, que je regarde lô premier? J'y suis un peu intéressé, ce me semble, et

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me montre débonnaire. Pour commencer, l'écrin est charmant... ivoire sculpté et niellé en argent et en or... Ces turquoises et ces rubis font très bien... Une clef fort gentiment ciselée... Il faut ouvrir?

MARIE GAUDIN

Que vous êtes timide!... Ouvrez, on vous le permet!

LE ROI

J'obéis... Ah! Ventre-Mahom ! C'est très galant!... Non! non! non!... C'est très galant, il faut l'avouer! Il n'y a que les Italiens pour faire les choses de cette façon et offrir les présents aux dames d'une manière si fine! Considérez, messieurs! c'est le portrait du Saint-Père entouré de gros diamants.

MARIE GAUDIN

Je suis sensible au portrait; mais je ne suis pas dc bronze non plus pour la monture.

CLÉMENT MAROT

Soyez certaine, madame, que M. le Pape l'avait prévu !

FLORIMOND ROBERTET

A quoi servent, mon Dieu, les lumières du Saint- Esprit?

LE ROI

C'était là ce qu'apportait le chevalier de Saint- Jean?

MARIE GAUDIN

Avec le billet que voici... Vous mériteriez qu'on ne ^ous le donne pas... Vous n'avez pas même daigné être mquiet une minute!

LE ROI

Est-ce mal de croire aveuglément à la loyauté de ce qu'on aime?

MARTE GAUDIN

Je ferais un beau métier de dupe si je m*affublais de cette vertu-là... Tenez!... lisez!

LE ROI, ouvrant le billet.

«A noble et illustre dame, madame Marie Gaudin... notre chère fille en Jésus- Christ...» Ah! attendez que je lise d'abord!... Le Saint-Père loue votre beauté... puis votre prudence...

MARIE GAUDIN

Il aurait pu se dispenser de ce dernier point

LE ROI

Puis il vous fait part de son désir de recouvrer Parme et Plaisance, et vous prie de me demander de les lui rendre... Ne vous déplaise, l'entremise ne lui servira pas à grand'chose.

MARIE GAUDIN

Je l'espère ainsi; mais les diamants sont beaux, n'est-ce pas, maître Clément?

CLÉMENT MAROT

Hélas! madame, moins que vos yeux!

LE ROI

Veux-tu bien te taire, serpent? Enfin, notre pauvre Pape cherche à raccommoder, au moyen des plus ravissantes mains qui soient au monde, les mailles rom-

pues de son ûlet... Il sait que ces petits doigts-là tiennent mes bras captifs.

MARIE GAUDIN

Vrai? les bras qui ont tant battu de l'épée, l'autre jour, à Marignan?

LE ROI

Oui, ce seul petit doigt que je baise avec votre permission pourrait me mettre plus vite à bas et mieux que la hallebarde des cantons suisses, et pourtant...

MARIE GAUDIN

Et pourtant j'attends de la courtoisie de mon paladin qu'il ne voudra pas désavouer ce que j'ai déclaré ce matin à l'envoyé du Saint-Père.

LE ROI

Qu'avez-vous donc déclaré? Vous me faites peur.

MARIE GAUDIN

J*ai dit au chevalier de Saint- Jean : Monsieur, si le Roi, dans son respect filial pour l'Eglise, se sentait disposé à condescendre au vœu du Pape et à lui rendre Parme et Plaisance, ce à quoi son prédécesseur, le roi Louis, n'a jamais voulu entendre, et que, par accident, le Roi m'accordât cet honneur de m'en demander avis, je me jetterais aux pieds de mon maître et le supplierais de ne jamais rien céder des droits de sa couronne... — El comme il était un peu étonné de ïa vivacité de mon propos, je lui ai tendu l'écrin et la lettre, mais il n'a pas voulu les reprendre, et li est parti après force salutations

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