‹ La renaissanceChapitre 27 sur 189 · TROISIÈME INQUISITEUR · texte numérisé non relu

TROISIÈME INQUISITEUR

Voici les derniers rapports des illustrissimes provéditeurs et de notre général, le marquis de Mantoue; puis le sénateur messire Vincenzo Quirini nous annonce qu'il a conclu avec le comte de l'Anguillara. Ainsi nous avons quarante mille hommes, et les Français sont tout au plus sept mille.

DEUXIÈME INQUISITEUR

Si Frère Jérôme Savonarole logeait quelque peu de

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sagesse dans sa tête de rhéteur, il ne lui serait pas maidisé de creuser devant l'ennemi tel fossé que celuici ne pourrait franchir; mais au lieu de songer aux affaires, il rêve aux bonnes mœurs !

PREAIIER INaUISlTEUR.

Je reçois une note du chef de l'arsenal de Padoue. Les derniers convois de munitions destinés à nos troupes sont partis. Rien ne manque à l'équipement général. Les vivres sont abondants.

DEUXIÈME INQUISITEUR

Nous pouvons tout espérer. Il importe maintenant de réfléchir au lendemain d'une victoire presque certaine. Rendrons-nous à notre allié, le duc de Milan^ celles de ses forteresses que nous occupons?

TROISIÈME INÛUISITEUR.

C*est ici que le secours des Florentins nous serait précieux.

PREMIER INaUlSITEUR,

N'y songeons même pas. Avec aucune popuîace on n'a jamais pu dresser une alliance fructueuse. Ne comptons que sur nous-mêmes, et soyons résolus à l'avance à ne rien restituer à Ludovic. Ne pensez-vous pas qu'il serait à propos de prévenir nos résolutions les illustrissimes provéditeurs?

TROISIÈME INaUISITEUR,

Assurément

DEUXIÈME INQUISITEUR

Je me range naturellement à votre avis. Nous informerons de l'opinion du conseil le sérénissime prince et les Dix. Occupons-nous des autres affaires.

FLORENCE

La, maison du seigneur Vespuccio. — Vespuccio, Marsile Ficin, traducteur de Platon ; le peintre Baccio délia Porta, François Valori, Nicolas MachiaveL

VESPUCCIO.

Les Français ont si mal mené leurs affaires que les voilà chasses â Naples, menacés tellement dans les Romagnes que M. d'Aubigny doit évacuer ces provinces, et le duc de Milan n'a pas fait difficulté de lever des troupes contre eux, lui qui les avait appelés.

FRANÇOIS VALORI

Rien là que de bon pour notre cause! Les Français, bien établis à Naples, auraient voulu nous montrer leur ressentiment de la manière dont messire Gino Capponi les a poussés dehors. Vaincus, ces amis douteux seront plus traitables; ils nous rendront Pise, ce qu'ils ont toujours refusé jusqu'à ce jour.

MACHIAVEL

Qu'ils le fassent, qu'ils ne le fassent pas, je ne saurais rien présager, car le Roi est une pauvre tête, et ses inspirations lui arrivent des quatre vents; mais je ne suis pas content de notre position à l'intérieur.

FRANÇOIS VALORI

Pourquoi, je vous en prie, messire Nicolas? Le gouvernement populaire est bien assis; les dernières élec-

tions ont donné des résultats excellents; nos magistrats sont des gens fermes et modérés, et, pour avoir déjà duré sept ans, le crédit du Frère Jérôme auprès de notre population n'en semble que plus jeune, il a toute la saveur et tout le crédit de la nouveauté. J'estime que les choses vont aussi bien au'elles peuvent aller.

VESPUCCIO,

Et elles doivent bien aller, par cela seul que nous n'avons plus les Médicis. Je suis prêt à accepter tous les malheurs imaginables, sauf celui de voir cette famille rétablir sa scélérate influence.

FRANÇOIS VALORÏ,

Il n'en est nullement question.

MACHIAVEL

Je souhaiterais fort de partager votre avis; cependant je ne vois pas les choses sous un jour aussi heureux. Nous voulons une Republique populaire, solide, oîj chacun travaille et jouisse d'une liberté bien pondérée. Pour obtenir un tel résultat, je pense comme le seigneur Vespuccio; il ne nous faut pas de ces in-« fluences de familles puissantes qui, pesant sur un des plateaux de la balance, le font incliner trop fort. A ce titre, je repousse surtout les Médicis. Mais notre politique, il me semble, fonctionne au moyen de ressorts un peu trop roides, durs et tendus, ce qui amènera des éclats fâcheux.

VESPOCCIO.

Pourquoi? On malmène les créatures de Pierre? Où

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est le mal? C'est même une nécessité; il est bon de punir ces gens-là, de montrer qu'il ne fait pas bon les imiter. Vous trouvez que les partisans exaltés de Frère Jérôme poussent trop loin leur zèle? C'est peut-être vrai; ils ont des manières quelquefois peu accortes de prêcher la vertu et de la faire observer; mais, diable! on ne cuit pas des omelettes sans casser des œufs. Frère Jérôme lui-même croit un peu trop fort à ce qu'il dit, et, entre nous, le sourire me vient assez souvent aux lèvres à le voir réclamer impétueusement contre telle et telle faiblesse humaine qui ne vaut pas de beaucoup le bruit qu'il en fait. Mais que voulezvous? Nous avons besoin de lui; si la populace de Florence et les cerveaux exaltés ne s'imaginaient pas que le bon Frère ouvre le paradis et qu'il est en train de réformer le monde, vous figurez-vous que seulement l'amour d'un bon gouvernement nous les attacherait? Il en serait plus d'un qui se soucierait peu du bien que nous lui procurons, et qui même préférerait de beaucoup à la vie réglée et sage d'un honnête homme la fainéantise d'un protégé vicieux des Médicis.

FRANÇOIS VALORI

J*ai meilleure opinion de nos concitoyens, messire Vespuccio, et je tiens pour assuré que la majorité des hommes sont bons de nature et suivent volontiers la droite voie quand on la leur indique.

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