‹ La renaissanceChapitre 68 sur 189 · GIOVAN-MARIA · texte numérisé non relu

GIOVAN-MARIA

Ces deux seigneurs attendent votre bon plaisir.

LE DUC

Qu'ils entrent donc!

Entrent don Michèle et Mgr Borchard.

Nos affaires vont mieux, mais pas si bien que lo danger ne demeure immense.

M«' BURCHARD

Les Florentins ont député vers Votre Altesse. Etesvous assuré de ce côté ?

LE DUC

Assez» et sur ce fondement nous allons bâtir. Toi, cours d'une traite à Bologne; tu ne retourneras à Rome auprès du Saint-Père que lorsque je t'y renverrai. A Bologne, tu verras ce qui pourrait plaire à Jean Bentivoglio pour le détacher de la ligue. Ne marchande pas; offre ou accorde. Nous verrons plus tard à tenir ou à ne pas tenir tes engagements. Toi, Michèle, va auprès des condottieri, et... voici les instructions que je venais d'écrire quand ce Florentin est arrivé Tu ne manqueras pas de faire miroiter cette nouvelle alliance, et tu en tireras tout le parti possible.

i64 l'A RENAISSANCE

DON MICHELE

Altesse, j'agirai de mon mieux.

LB DUC

L'un et l'autre, écrivez-moi aussitôt que vous aurez réussi à vous faire seulement écouter. L'adversaire qui discute n'est pas résolu. Il doit être mis dessous tôt ou tard. Allez! Si j'échappe à cette tempête, la plus violente qui m'ait jamais assailli, je resterai maître de toute la Romagne.

DON MICHELS.

Non, monseigneur, de toute l'Italie?

LE DUC

C'est possible. Je ne sais vraiment ce qui me serait le plus agréable, régner sur un si bel empire, chasser jusqu'au dernier de ces misérables barbares gaulois et tudesques, ou bien pendre ces ducs, princes ou podestats de l'ancienne fabrique! Ils ne comprennent rien aux nécessités des temps nouveaux, les imbéciles! Ils me criblent de leurs injures comme un taureau espagnol peut l'être de banderilles!

DON MICHELE

Tout bonheur vous viendra d'un seul coup, et parfait comme la félicité céleste! Je baise les mains de Votre Altesse!

M" BURCHARD

Et moi de même.

LB DUC

Allez! Ne me ménagez pas les courriers ni l'un ni l'autre!

SINIGAGLIA

Le Camp des condottieri. — La tente du conseil des chefs. Autour d'une grande table sont assis Vitellozzo, Vitelli, Oliverotto da Fermo, le seigneur Pagolo Orsini, le duc de Gravina, capitaines des aventuriers.

GRAVINA

La paix! Ne nous querellons pas! Tous notts avons eu raison, tous nous avons eu tort ! Moi le premier ! Il fallait prendre César quand nous le tenions à Imola, et le tuer! Mais nous diviser maintenant serait une faute encore plus grande.

PAGOLO, donnant da poing sur la table*

Et moi, je vous dis que rien n'est même compromis! Par Dieu! nous commandons à dix mille hommes de guerre, et ce ne sont pas quelques méchantes lances françaises qui feront peur à un homme de ma maison 1

OLIVEROTTO

Je suis de votre avis; j'occupe les avant-postes avec ma compagnie, cinq cents chevaux et mille archers! Que le Borgia s'avise de me tâter, il sera glorieusement reçu!

VITELLOZZO.

Voilà bien des rodomontades! La vérité pure est que nous n'avons rien fait de ce que nous avions imap'iné. Le Valentinois est vivant, et il devrait oourrir à

cette heure à six pieds sous terre! Mais point! Nous avons bavardé au lieu d'agir, et l'ennemi se moque de BOUS. Le Bentivoglio, qui nous promettait son aide, fait le mort; Guidubaldo reçoit des félicitations à Urbin, et n'agit pas. Les Florentins ne nous ont pas même répondu! Pour moi, je vous le déclare, j'augure fort mal de l'avenir!

PAGOLO

Veux-tu que je sois franc ? Tu m'assommes avec tes jérémiades! Quand des aventuriers ont la cuirasse au dos etl'épée au flanc^ de tels airs pleureurs sont à faire pitié !

VITELLOZZO.

Toutes tes violences et tes vantardises ne changent rien à la réalité des choses. Quand tu seras pendu, roué ou empoisonné, il te siéra bien d'avoir fait le fou!

GRAVINA

La paix! la paix, mes compagnons! Ne vaudrait-il pas mieux consulter amicalement entre nous sur le meilleur et plus sûr parti à prendre?

VITELLOZZO.

n se lève et marche avec agitation à travers la salle -en levant les bras au ciel»

Par le ciel ! que les hommes sont aveugles ! comme ils courent à leur perte avec emportement! Quelle frénésie nous a été prendre de nous jeter de gaieté de cœur dans une entreprise si mal combinée!

OLIVBROTTO.

Bah ! rien n*était plus raisonnable, ni même plus

CÉSAR BORGIA i«y

nécessaire! Nous sommes à la solde du Valentinois* c'est vrai; mais pour quoi faire? Il lui est permis de. posséder les terres de nos conquêtes, mais nous de^ vons les occuper et y dominer. C'est ainsi que nous avons compris les choses! Nous commandons à nos hommes; il leur faut une solde, il nous la fournit! Rien de plus simple! Mais les maîtres vrais, c'est nous; je ne lui permets pas de se donner les airs de l'oublier, et voiJà qu'il prétend jouer au souverain? Allons donc!

PAGOLO

C'est mon avis. Vous parlez comme un évêque, Oîiverotto. De l'argent et du plaisir pour nos hommes! du plaisir et de l'argent pour nous, et le diable pour tout le monde! Des capitaines d'aventure ne doivent chercher, vouloir et tolérer que ce régime!

OLIVEROTTO

Et nous avons eu mille fois sujet de nous fâcher en Voyant ce Valentinois chercher son intérêt et non pas le nôtre! Comment donc? Il veut gouverner? trancher du prince, du vrai prince?

VITELLOZZO.

Il est certain qu'il coupe la gorge à ses officiers quand ils pillent le manant pour eux-mêmes et non. pour lui!

PACX)LO.

Ses officiers, il en est bien le maître; mais il m*a osé faire à moi les menaces les plus inconvenante* sur l'incendie d'un village! Un César Borgia! Utt

homme de néant, un faquin, de la boue qui veut devenir un petit Sforza!

GRAVINA

Celui-ci, du moins, était condottiere, s'il n'était pas

gentilhomme!

OLIVEROTTO

Ah! vous êtes loin de compte avec le bâtard d'Alexandre VI! D'ailleurs, je me moque de ce qu'il est ou n'est pas! Ni sceptre, ni loi! Notre bon plaisir, c'est assez ! Nous ferons bien de ne pas renoncer à nos plans!

* VITELLOZZO.

Quels sont-ils, vos plans?

PAGOLO

Eh bien, mort-Dieu! nos plans... ce sont toujours nos plans! Réduire le Valentinois au rôle de valet, rien de plus. S'il résiste, il est cassé, voilà nos plans!

VITELLOZZO,

D'accord; mais ils sont manques! Vous n'avez eu ni décision, ni fermeté, ni promptitude!

OLIVEROTTO

Le diable t'étrangle!

GRAVINA

Je vous en conjure, du calme, du calme! Mettonsnous d'accord! Voyons! décidons quelque chose, si peu que ce soit !

Entre un officier»

l'officier.

Excellences, le capitaine don Michèle arrive du camp du Valentinois. Il voudrait être introduit auprès de vous.

PAGOIX5,

Tiens! C'est Michèle? le petit Michèle? C'est un brave garçon!

TITELLOZZO.'

Oui, l'âme damnée de son maître !

GRAVINA

Je suis curieux de savoir ce qu'il peut avoir à nous dire.

VITELLOZZO.

Si vous l'écoutez, il va escalader votre confiance en accumulant menteries sur faussetés, comme jadis les Titans ont monté jusqu'au ciel en jetant Pélion sur Ossa ! Je ne veux pas le recevoir !

OLIVEROTTO

Si fait, moi! Introduisez le seigneur don Michèle!

Michèle entre et embrasse les quatre capitaiaes les uns après les autres. MICHELE.

Bonjour, bonjour, illustres seigneurs, mes bons, mes excellents maîtres! Je suis ravi de vous voir tous en si bon point !

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