À ARRAS
La Renaissance, qui a été si florissante en Pi sardie et dans la Flandre flamande, a laissé peu de monuments dans la Flandre francaise ainsi que dans l'Artois, et parmi le petit nombre de ceux qui subsistent on n’en connaît point de comparable, sous le rapport de l'importance et de la beauté, à l'aile méridionale de l'hôtel de ville d'Arras.
Le corps principal de l'hôtel de ville, avec son imposant beffroi, dont nous n'avons point à nous occuper ici, avait été bâti en style gothique, de 1501 à 15547, lorsque, vers 1572, le Mayeur, Philippe le Prévost, réclama des agrandissements à l'édifice, devenu insuffisant contrairement aux prévisions. On résolut en conséquence d’accroitre les bâti-
on contiguë, qui avait pour
ments, et on les fit s'étendre sur l'emplacement d'une mais
ser les
enseigne « l'Asne rayé 2», et formait le coin de la rue voisine. L'artiste chargé de dr plans de la nouvelle aile, et d’en surveiller la construction, avait nom Mathias Tesson ?, et
suivant l’ancien usage, il n'est désigné, dans les registres du temps, que par l’humble
titre de maitre maçon.
Tesson, en bâtissant une nouvelle aile, ne se préoccupa point beaucoup de l’harmoniser
1. Statistique monumentale du département du Pas-de- ( , Notice sur le beffroi et l'hôtel de ville d'Arras, par MM. Maurice Colin et Alexandre Godin. Cette notice a été rédigée d’après les documents des archives municipales.
Le Zèbre
d’enseignes de l’âne rayé, dans les titres domaniaux qui ser-
Nous avons trouvé de nombreuses mentions
vent de base aux travaux que nous avons entrepris sur l’ancien Paris.
l’achèvementde la nouvellemonte de ceste halle (l'hôtel de ville)
« Ayant Mess“. Maieur et Eschevins, en nombre, veu
et le commencement des ouvraigesenssuyvans, pour augmen—
tation et eslaigissement de ladite halle, faictz suyvant la déli-
beration de Mesdits S°, apres le renouvellement de la Loy, à
la Toussaintz dernière; à quoy dès lors ont esté commis et depputé M° Jacques Doresmieulx, escuier, licencié es-loix, et Jehan Dupuich, aussi escuyer, S° de Hébuterne et Busquoy, eschevins, qui auroient le tout bien et deuement continué jusques aujourd’huy second jour d'octobre de cest an 73 (1573). Mesdits S® Maieur et Eschevins, avec les officiers permanens, ont unaniment ordonné, décreté et prins résolution absolute
de faire continuer etachever iceulx ouvrais encommenchez
conformément ou pourtraict (plan) et patron qu’en a baillé M° Mathias Tesson, ayant encommenchié iceulx ouvraiges : icellui patron et pourtraict reposant en la chambre du conseil de
ceste ville. Faict en chambre, le second jour d'octobre 1572. »
(Extrait du registre mémorial de 1545 à 1576.)
pour le style et les lignes, avec les bâtiments élevés précédemment; mais on ne sent
| aucune envie de l’en blâmer en contemplant son œuvre. Elle consiste en une façade à
trois travé
> Composée de trois ordres superposés et surmontés d’un petit attique. L'ordre inférieur est de style dorique, avec colonnes accouplées, à tambours et bossages vermiculés, entre lesquelles sont de
grandes fenêtres rectangulaires à meneaux. L'ordre
intermédiaire est corinthien, et pose sur un soubassement orné de compartiments. Quant à l'étage supérieur, il était décoré de colonnes accouplées, composites et torses, dont l'entablement supportait des groupes. L’attique offre des compartiments alternativement circulaires et carrés.
Dans le siècle passé, la façade de Tesson a subi les modifications les plus déplorables.
Il y avait alors, au-devant, un escalier hors-d’œuvre à double rampe, dont le perron était couvert d'un dôme très-élégant; en 1736, on a abattu cet escalier pour pratiquer une
porte au niveau du sol; on a élargi, en lui donnant trois jours, au lieu de deux qu'elle
avait, la fenêtre de rez-de-chaussee de la seconde travée.!, et on à fait disparaitre, pour
une raison qui nous est inconnue, les colonnes torses du troi
sième étage, dont la suppresè l | sion à complétement défieuré l'édifice
Actuellement, et malgré les anciennes vues qu’on possède, il est devenu fort difficile de comprendre assez, pour le traduire par des plans et
des coupes, l’ancien agencement des parties détruites. La disposition des colonnes torses
Î offre ainsi un problème extrêmement embarrassant : on est disposé à croire que l’entafil blement qui les couronnait était simplement un ressaut de celui de la muraille; or, l'aral chitecte du monument, et nous, après avoir interrogé avec le plus graud soin l'appareil
de l’entablement au droit des trumeaux ?, nous avons constaté que les cartouches ? situés à cette place y ont toujours été, et que, conséquemment, l’entablement propre aux colonnes torses devait être en contre-bas, ce qui paraît étrange. Nous n’insisterons point sur les
autres difficultés que présente une restitution de l’ensemble; pour en triompher, il ne
faudra rieri moins que tout le talent du jeune et très-habile artiste, M. Louis Mayeur, qui
est chargé de la restauration et de l'agrandissement de l'hôtel de ville : tâche laborieuse
dont il se tirera certainement à son honneur.
Il est peu de monuments dont la publication réponde autant au double but de /«
Renaissance monumentale, que celle de l’œuvre encore inédite # de Mathias Tesson, où
1. Cela est rendu évident par l'agencement des claveaux de 3. Les cartouches de la 1° planche de détails, appartiennent la plate-bande, et par la largeur de l'appui qui a été conservé, à la frise du troisième ordre de l'édifice; les petits culs-deet porte la date en relief de 1573 (voir la planche). On a lampe sont ceux du pied droit d’une cheminée, et la poutre fairétabli la baie sur notre dessin; mais nous n'avons pu songer sait partie d’un plancher récemment détruit; la place des autres
à faire plus, et il nous à fallu donner le monument dans | détails de la même planche et de la planche n se retrouvent
son état de mutilation. Nous ne nous permettrons jamais de sans peine sur l'élévation. Nous ferons remarquer la beauté
présenter à nos lecteurs des restitutions arbitrair
s, comme de la frise du second ordre, ainsi que l'originalité très-carac-
des types d'étude. téristique des cartouches.
2. Issontactuellement décorés, au centre, d’une rosace que &. Au point de vue de l'étude, s'entend. Il est très-rare nous n'avons pas reproduite, parce qu'elle semble avoir été aujourd'hui qu’il n'existe point au moins une vue pittoresque relancée au XvIr° 8
de toute construction offrant quelque trace d'intérêt.