‹ La renaissance monumentale en France; spécimens de composition et d'ornementation architectoniques, empruntés aux édifices construits depuis le règne de Charles VIII jusqu'à celui de Louis XIVChapitre 9 sur 31 · PORTE DE L'ÉGLISE SAINT-PAUL, À PARIS · texte numérisé non relu

PORTE DE L'ÉGLISE SAINT-PAUL, À PARIS

La Cité de Paris finissait jadis au lieu où est actuellement la rue du Harlai, et, sur l'emplacement qu'occupe la place Dauphine, il y avait deux îles placées à côté l’une de l’autre, dont le plan de la Tapisserie indique la disposition. De ces deux îles la plus grande étai celle du midi, où, le 18 mars 1313 (v. s.), furent brülés le grand maître des Templiers et le maitre de Normandie. Tous les historiens ont rapporté que, à l’occasion de ce supplice, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés se plaignit de la violation de ses priviléges, e obtint de Philippe le Bel une déclaration qu'il n'avait point voulu préjudicier aux droits

que le monastère possédait sur l’île, comprise dans son fief et sa haute justice. L'île n’es

d'ailleurs désignée par aucun nom particulier dans la charte originale, et on ne voit poin qu'elle en ait porté un avant son accensement à Hugues Bureau, qui la prit à bail, le 6 février 1462, au prix de 12 deniers de cens et de 10 sous de rente annuelle. Elle commença alors à s'appeler l'//e aux Bureaux, désignation qu’on n’a cessé de lui appliquer jusqu’au moment où elle a disparu. L'autre île, celle du nord, plus petite que la précédente, avait une superficie de trois quarts d’arpent. A la fin du xv° siècle, elle était dite l'Zle de la Gourdaine, et il y existait, appartenant à la fabrique de l’église Saint-Eustache, un-moulin qui, à partir de l'an 1551, fut employé à la fabrication des monnaies. Il paraît que, vers cette dernière époque, les deux îles avaient déjà été réunies entre elles et jointes à celle du Palais. Cette réunion n’a donc point été la conséquence de la construction du Pont-Neuf; mais la construction du pont a eu pour résultat de faire songer à utiliser le terrain des îles, encore vague lorsque, le 28 mars 1607, le premier président De Harlai en obtint la concession, à charge d'y bâtir suivant les projets devant être fournis par le grand Voyer de France, et moyennant une rente d’un sou tournois par toise carrée.

Les projets du grand Voyer comportèrent des maisons symétriques en pierre et en brique, 1] 8 3 )

formant une place trapézoïde, et telle a été l’origine de la place Dauphine, qui fut fort admirée dans l’origine et demeure un type excellent de l'architecture contemporaine de Henri IV. On l'apprécie mal aujourd’hui, parce que les bâtiments dont elle est entourée ont subi tant de mutilations qu'ils ont perdu tout leur caractère. Il en reste néanmoins assez de fragments intacts pour qu'on puisse en opérer une restitution précise !, et c’est ce qu'a fait notre dessinateur, M. Th. Vacquer, avec son habileté ordinaire en ce genre de travail. La place Dauphine, ainsi nommée en lhonneur du Dauphin, né en 1601, et qui fut Louis XIII, a été bâtie sur les plans et sous la direction de François Petit, juré du roi en l’oflice de maçonnerie, et l’un des entrepreneurs du Pont-Neuf, au temps de Henri HT

et de son suecesseur,

Le 12 janvier 1580, le cardinal Charles de Bourbon fit don aux Jésuites, pour y établir une maison professe, de l’ancien hôtel de Rochepot et de Danville, rue Sañit-Antoine, qu'il avait acquis trois jours auparavant, et où, dès 1582, il se trouvait une chapelle consacrée à saint Louis. Quarante-cinq ans plus tard, cette chapelle fit place à une vaste église dont la première pierre fut posée par Louis XII, le 7 mars 1627, mais dont l’entier achèvement n'eut lieu qu'en 1641: L'église des Jésuites, après leur expulsion de France, a servi aux chanoines de la Couture-Sainte-Catherine, et, après la démolition de l’église paroïssiale de Saint-Paul, elle l'a remplacée en cumulant le vocable de celle-ci avec le sien propre, d’où vient qu’elle s'appelle maintenant l'église Saint-Louis-Saint-Paul. On n’est

pas d'accord sur l'architecte par lequel elle fut bâtie, car Sauval l'attribue à Jacques Lemer-

cier, et d’autres au P. Derrand, jésuite lorrain, qui aurait, dit-on, réussi à faire préférer son

projet au projet du frère Martel Ange, de la même congrégation. Le style jésuitique est, au surplus, sensible dans l'édifice, et particulièrement dans la belle porte que nous avons reproduite. Elle a sans doute été faite à peu près en même temps que le portail, élevé aux frais du cardinal de Richelieu, en 1634; les comptes où il pourrait en être question, ayant été dispersés, rendent impossibles les recherches sur sa date exacte, de même que sur

l'artiste qui en a exécuté les riches sculptures.

4. Il n'y a que l'agencement primitif des cheminées qui soit entièrement méconnaissable.

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