HOTEL DE VILLE D’ARRAS
l'artiste trouv
à la fois une composition dont la magnificence est remarquable, un agen-
cement d’une application journalière, des motifs d’ornementation a
ssi neufs que faciles à utiliser, et où, de son côté, l’archéologue peut étudier un style tout particulier, dont il n'existe aucun autre spécimen considérable en France. Ce style, comment faut-il le nommer, et mérite-t-il réellement cette qualification d'espagnol qu'on lui a tant donnée? Nous le nions formellement. Le véritable art espagnol, celui de la Péninsule, a plutôt emprunté qu'il n’a réagi dans les diverses régions où la maison d'Autriche a exercé son empire; et le style qui caractérise les édifices d'Arras n’est point espagnol, mais bien flamand, et par cela même en partie germanique. C'est là un fait important que nous ne devons qu'indiquer aujourd’hui, mais sur lequel nous reviendrons avec des développements et des preuves, s'il nous est donné de conduire à bonne fin les projets que nous caressons pour l'entière perfection de notre livre.
Arras est riche en vieilles habitations pittoresques dans ce prétendu style espagnol, que nous disons flamand, et il faut franchir la frontière pour trouver des points de comparaison avec sa Petite et sa Grande Place, dont presque toutes les maisons'forment avant-soliers. Parmi les maisons d'Arras, il n'y en a, néanmoins, qu'une fort petite quantité, comprises dans les limites d’époques que nous nous sommes posées. Nous avons relevé deux travées de celle qui nous a paru la meilleure à faire connaître 1. Elle est située rue des Balances, et a subi bien des mutilations. Anciennement elle avait pour enseigne la Cornemuse ou le
Tambourin ; on l’a nommée plus tard le Refuge de l’abbaye d’Anchin, parce qu’elle appar-
tenait à cette communauté. Le 11 juillet 1622, l'abbé d’Anchin, Jean de la Méere, l'ayant
achetée, au prix de 1,500 florins, des héritiers de Nicolas Damiens, elle ne fut d'abord destinée qu'à servir de dépôt pour les grains et redevances provenant des fermes voisines de la ville; mais on ne tarda point à lui donner une autre destination, car, ainsi que l’apprend la date inscrite dans la frise, au-dessus de la porte, elle fut rebâtie en 1625, et dans des conditions qui excluent l’idée d’un magasin ou d'une grange. Le Refuge de l’abbaye d'Anchin, dont les dimensions étaient assez vastes, a été vendu 24,000 livres, le 9 février 1791 ?.
La façade du Refuge, divisée en travées symétriques, est d’une architecture non moins él
poraines des environs, où l'influence de l'art jésuitique commence à se faire sentir. L'en-
sante que simple, et qui offre un contraste très-sensible avec les constructions contem-
tablement est la seule partie où perce le goût flamand, aisément reconnaissable dans les cartouches alternés de la frise, très-évidemment inspirés de ceux de l'hôtel de ville. Il se pourrait que les ornements de l’architrave fussent également dus à une réminiscence. Ce qui est incontestable, c’est qu’il serait impossible, avec des éléments aussi peu com-
plexes, d'arriver à un plus excellent résultat, et qu'on chercherait longtemps avant de ren-
4. Les autres travées de la maison sont semblables à celles 2. Les rues d'Arras, par A. d'Héricourt et Alexandre Go-
que nous avons fait graver. dINATALS
ll LA RENAISSANCE MONUMENTALE.
contrer dans d'anciens édifices, des motifs de décoration d’un usage aussi immédiat. Nous nous félicitons d’avoir eu l'occasion de mettre en un jour convenable et le magnifique hôtel de ville d'Arras et la maison plus modeste de la rue des Balances, à laquelle personne n’accorde d'attention. C'est bien plutôt, eroyons-nous, par l'étude de pareils édi-
fices, que par celle de ruines où l’on ne trouve rien de commun avec nos mœurs, que
l'on peut réussir à satisfaire aux besoins architectoniques de notre époque, sans tomber dans
les banalités et les poncifs.
ÉGLISES DE TILLOLOY
ET