‹ La renaissance monumentale en France; spécimens de composition et d'ornementation architectoniques, empruntés aux édifices construits depuis le règne de Charles VIII jusqu'à celui de Louis XIVChapitre 12 sur 31 · DE SAINT-FLORENTIN · texte numérisé non relu

DE SAINT-FLORENTIN

L'église de Tilloloy ! était, avant la Révolution, la chapelle du château de ce bourg, et l’on sait peu de chose relativement à sa fondation. On croit que l'écu chevronné visible sur plusieurs parties du monument est celui de la famille d'Ognies, dont un membre, Louis d'Ognies, devint seigneur de Tilloloy par son mariage avec Antoinette de Rassé,

veuve de François, seigneur de Soyecourt, et fille ainsi qu'héritière de François de Rassé

seigneur de la Hargerie et de Tilloloy. Les traditions disent que l'église fut bâtie par une châtelaine du pays, pour accomplir un vœu, et au retour d'un pèlerinage à Notre- Dame de Lorette. On cite pour preuves, d'abord la statuette d’un ange, placée dans le haut de la façade, et qui montre une inscription ainsi conçue : « Sainte-Marie de Lorette :» puis, la pannetière et les coquilles mêlées aux ornements de la porte. Dans la frise surmontant celle-ci, on observe les deux lettres F et A liées par une cordelière; les vieillards du pays affirment que ce sont les initiales du nom de Francois de Soyecourt et de celui d’Antoinette de Rassé-Ognies, qui passe pour les avoir fait seulpter là pendant son veuvage. On ajoute, et cela paraît assez singulier, que les loups, tenants de l'écusson dont les traces sont visibles au-dessus de la frise, étaient destinés à rappeler la qualité de grand veneur de France, que possédait un autre seigneur de Soyecourt, Maximilien de Belleforière. Enfin, l'on donne l'année 1550 comme celle vers laquelle la châtelaine fondatrice aurait fait son voyage, et l’on appuie l'hypothèse du chronogramme de 1554, gravé sur une niche à l'intérieur de l'édifice, et qui marque, supposet-on, l’année de son achèvement?. Un fait très-sensible, c’est que la construction, par

son style, semble appartenir moinsau règne de Henri II qu'à celui de F rançois I*, et si

4. Tilloloy est situé à 6 kilomètres de Roye (Somme). 2. Nous devons les renseignements contenus dans cette notice à l'obligeance de M, H. Dusevel, d'Amiens.

les dates mises-en avant sont exactes, on peut croire que l'architecte de l’église de Tilloloy

était un peu en retard sur le goût de son époque.

L'église de Tilloloy est bâtie en pierres blanches et en briques rouges, qui forment

un vigoureux contraste. La façade est flanquée de deux tours cylindriques à toit pointu,

disposition bizarre dont il n'y a peut-être pas un seul exemple contemporain. Le vaisseau consiste en une nef de trois travées, dépourvue de collatéraux; un transsept en ressaut sur A l'inté—

rieur, les nervures en pierre des voûtes, se détachant sur un fond de briques, sont d'un

la nef, et un chevet polygonal; le tout buté par des contre-forts très-saillants

effet très-agréable. Jadis les fenêtres étaient garnies d'une suite de magnifiques verrières

représentant, entre autres sujets, la vie de Jésus-Christ, la vie de la sainte Vierge, et

les portraits des sei

gneurs du lieu. Ces verrières sont détruites en grande partie, mais il en reste un certain nombre de panneaux qu'un legs de la comtesse de Shulembourg a permis de restaurer. Les vitraux de Tilloloy sont dus à un peintre picard du xvr siècle, Bléville, qui jouissait d’une grande renommée dans sa province, et a enrichi de ses œuvres a cathédrale de Saint-Quentin, sa patrie. L'église de Tilloloy renferme, encore les tom-

de Pontus de Belleforière, gouverneur de Corbie, mort le 9 décem- 2 O ?

beaux, assez curicux

bre 1590; de Francoise de Soyecourt, sa femme, morte au mois de mars 1620, et des

vois frères Maximilien, Charles et Abdias de Soyecourt.

Fondée, dit-on, en 1376, sur l'emplacement d'un ancien château royal, l'église de

a petite ville de aint-Florentin n’a pas été terminée, et est demeurée dépourvue de neft. Comme l'histoire n’en est point faite, on serait réduit à déterminer approximativement et

par analogie l'âge de la facade septentrionale de son transsept, ceux qui l'ont bâtie

n'avaient pris soin d'y inscrire des millésimes, qu’on est heureux d'y trouver. On lit sur un cartouche du jambage droit de la porte : corrTvw. 8. may. 1611; sur un autre cartouche, du côté gauche : vin. 1613; et, sur le plafond de la corniche supérieure, au bas

du pignon, la date de 1632.

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