‹ La renaissance monumentale en France; spécimens de composition et d'ornementation architectoniques, empruntés aux édifices construits depuis le règne de Charles VIII jusqu'à celui de Louis XIVChapitre 13 sur 31 · A BEAUVAIS · texte numérisé non relu

A BEAUVAIS

Il n'a encore été donné aucun renseignement historique! sur les deux maisons de Beauvais, qui ont été dessinées pour notre Recueil; cependant l'une d'elles, celle de la rue du Chariot-d'Or, est très-connue des archéologues : l'originalité de sa décoration l’a fait, avec raison, signaler bien souvent comme un type singulier et curieux de l'architecture civile au xvr siècle. C’est aussi à ce titre que nous la reproduisons, nous félicitant d’être le premier à la publier rigoureusement relevée et'suflisamment illustrée.

Par son ordonnance générale et sa construction, la maison de la rue du Chariotd'Or ne diffère point d’une maison du xv° siècle, et par le caractère de ses profils elle se rattache également au style ogival, mais au style ogival de transition, qui admet déjà dans ses moulures les éléments classiques, tels que les palmettes; au contraire, les détails de ses carreaux émaillés accusent très-nettement une période où l'art de la Renaissance était tout à fait constitué, et il est à penser, par conséquent, que l'édifice, malgré sa physionomie gothique, ne remonte qu'au règne de François F*. Faut-il, d’ailleurs, croire qu'à

cette époque il y avait en France un grand nombre d'habitations dont la façade était

décorée à l’aide des mêmes procédés? Nous ne le considérons pas comme probable.

Il est vrai que les guerres d'Italie eurent, entre autres résultats, celui de faire naitre le

4. C’est là une chose que nous serons trop souvent réduit laquelle nous serons si fréquemment arrêté. Au surplus, nous à répéter. Dans toutes les villes où existent des monuments ne saurions être surpris que l'histoire des maisons de: Beau de quelque intérêt, se trouvent aujourd'hui des personnes qui vais ou d'Amiens ne soit pas connue, lorsque nous voyons que se plaisent à en faire l'objet de dissertations; mais, parmi ces celle de l'immense majorité des maisons de Paris reste encore personnes, Combien peu, ne s’arrêtant pas aux in-folio du à faire, et qu’une foule de questions relatives aux monuments xvu siècle, ont le courage d'aller jusqu'à l'exploration des de la grande ville donnent lieu, chaque jour, aux plus déplodocuments manuscrits, les seuls où ily ait chance de découvrir rables bévues.

des faits nouveaux! De là, cette pénurie de documents par

goût de la polychromie architecturale extérieure, et que ce goût s'est révélé, dès lors, dans plusieurs monuments; mais il ne fut point assez général pour s'être souvent manifbsté dans les constructions privées de peu d'importance. Aussi bien, eût-il été diflicile de le satisfaire dans des régions où l'état habituel de l'atmosphère rendait l'emploi de la peinture impossible, et où les matériaux versicoles étaient rares. Qu'un maçon picard, remplissant journellement de briques ordinaires les interstices de ses colombages, et observant que cela était d'un bon effet, ait eu l’idée de substituer à ces briques, des matériaux d'un ton moins uniforme; puis que, sous l'influence d'une visite à quelque riche et nouveau manoir, au château de Madrid peut-être, il ait, à défaut de grands et dispendieux émaux comme ceux de Della Robbia, songé à ces carreaux émaillés et communs, dont il avait l'habitude de former des pavements, et en ait revêtu les plâtres d'une maison qu'il bâtissait; enfin, que quelques-uns de ses collègues de Beauvais ou des villes voisines, goûtant l'originalité de l'innovation, l’aient propagée dans certaines limites : il n°y a rien là que de très-naturel, et voilà sans doute ce qui a eu lieu. Il est contraire aux vraisemblances que la maison de la rue du Chariot-d’Or ait été jamais autre chose qu'une exception plus ou moins rare. Si elle constituait un type d'art normal, on connaitrait infailliblement d’autres exemples du système de décoration dont elle offre un modèle, on constaterait un plan dans le choix des carreaux, semés sans ordre, et dans leurs motifs se distingueraient les traces d’une conception architectonique quelconque; or, on n’aperçoit rien qui ressemble à cela, et, tous différents de style, d'exécution et même de dimension,

ces carreaux grossiers, dont nous reparlerons ailleurs', paraissent être simplement les

restes, ingénieusement utilisés, de matériaux destinés à des constructions diverses.

Une des figures fantastiques supportant l'encorbellement du premier étage de la maison située dans la Petite-Rue-Saint-Martin ?, a la tète d'un pore; c’est, dit la tradition, parce que la maison fut bâtie pour le fameux évêque de Beauvais, Pierre Cauchon ou Cochon. Pierre Cauchon, l'odieux juge de Jeanne Dare, n'est mort qu'environ une dizaine d'années après sa victime, en 1441 où 1442; ni lui, ni son neveu et héritier, Guillaume, n’ont donc élevé la maison dont on attribue au premier la construction; mais peut-être cette maison en a-t-elle remplacé une qui appartenait effectivement à Cauchon. La question est pour nous sans importance.

Bien que la quantité en soit considérablement diminuée depuis vingt ans, il y a encore en France un certain nombre de maisons en bois sculpté, de la première moitié du xvi° siècle; mais celles qui datent de la seconde moitié sont rares, parce que, à celte époque, on renonça à bâtir autrement qu'en pierre ou en briques les maisons de la bour-

gcoisie et de la noblesse, et la construction en pan de bois fut confinée aux habitations

4. Dans un article spécial sur les carrelages le Château de Versailles. Cette appellation est, dit-on, une

2. Elle est contiguë à une autre un peu plus ancienne, de allusion ironique à le pauvreté de ses habitants ordinaires;

style gothique, et fort remarquable, qu’on nomme vulgairement ne viendrait-elle pas plutôt d’une enseigne ?

Page 1