‹ La renaissance monumentale en France; spécimens de composition et d'ornementation architectoniques, empruntés aux édifices construits depuis le règne de Charles VIII jusqu'à celui de Louis XIVChapitre 16 sur 31 · À AMIENS · texte numérisé non relu

À AMIENS

La ville d'Amiens, que sa magnifique cathédrale rendra toujours si intéressante pour les archéologues, ne renferme plus maintenant, en fait d’ancienne architecture civile, que deux maisons curieuses : l’une, peu vaste, construite en bois et de style gothique, se trouve sur les bords de la rivière; l’autre, plus importante et bâtie en pierre, dans le style de la Renaissance, est située dans la rue des Vergeaux!. Celle-ci est connue sous le nom de Maison du Sagittaire, à cause d’une petite figure de sagittaire ayant probablement servi d’enseigne, et que l’on voit sculptée à la clef d’une des deux grandes arcades en ogive tronquée, qui composent l'étage inférieur. La maison du Sagittaire a toujours été renommée, à Amiens, par la richesse de sa décoration, et cette circonstance lui a valu, particularité heureuse, d’être décrite, il y a environ un siècle et demi, par un Amiénois, le marchand Pagès, dont les manuscrits viennent d’être imprimés. Nous y emprunterons le passage suivant, qu’il y aurait désavantage à paraphraser : « Passons par la rue des Vergeaux, et considérons la facade ornée d'une grande maison de nos bourgeois marchands, qui mérite bien d'être remarquée.

« La porte cochère de cette maison est placée au milieu de deux boutiques dont les

murailles, de pierre de taille blanche, forment deux grandes arcades, dont les cintres sont

surmontés. Leurs tympans d'arcades sont ornés de quatre figures de femmes, de grandeur

naturelle, à demi couchées, sculptées à demi-bosse, dont l’une paraît représenter la Piété des enfants envers leurs parents, parce qu'elle tient entre ses bras la figure d’une vieille cicogne, de grandeur naturelle, à laquelle une autre cicogne apporte, dans son bec, un serpent à celle qui parait sa mère, qui ne peut plus aller chercher sa nourriture. L'autre figure de femme, placée dans l’autre tympan d'are et dans une même attitude, parait l’Inhumanité ou le Désespoir, parce qu'elle s’est percé le sein avec un poignard qui est

proche de sa main. Elle est accompagnée d’un petit enfant posé.à ses pieds, et d’un chien qui

1. Les deux moitiés de la maison étant semblables, nous n’en avons reproduit qu'une, afin de pouvoir faire usage d’une

plus grande échelle, — Les quatre sentences,

ravées sur des plaques de marbre noir, qu’on observe dans la frise de l'étage inférieur, sont ainsi conçues : NE coNTEMPToR sis. — Qvon

POSSYM, NON QVOD DEBEO. — USVI AG DECORI. — UTILE QVOD nonesrym. Ce qu'on peut traduire par : Garde-toi de mépriser autrui. — Je fais ce que je peux et non ce que je dois. — Pour l'utilité en méme temps que pour la beauté. — Ce qui est hon=

néle est utile.

semble lécher le sang qui coule de la blessure de l’enfant à terre. La représentation de ces deux figures esténigmatique, et je ne vous donne pas mes préjugés pour des vérités constantes.

« Les deux figures placées aux deux côtés d’une arcade sont semblables aux deux autres placées aux côtés de l’autre, parce qu’elles ont été faites sur le modèle des deux premières, dans le temps que l’on a élargi cette porte cochère, et que l'on a fait une arcade semblable à celle qui était de l’autre côté. Cet ouvrage, qui fut exécuté il y a environ vingt ans, était d’une entreprise bien hardie, parce que, pour y parvenir, il a fallu soutenir la masse de la moitié de cette haute maison, qui, dans le temps de cette construction, portait à faux.

« Les deux côtés des arcades sont embellis de grands pilastres cannelés, d'ordre dorique; d’autres pilastres cannelés, d'ordre ionique, servent d'ornement aux deux côtés des croisées et fenêtres du premier étage, de mème que d’autres grands pilastres, d'ordre

corinthien, embellissent le deuxième étage.

« Les grandes fenêtres et croisées de cette facade sont surmontées de frontons angu-

laires, coupés, et chargés de divers ornements de sculpture. Son pignon forme un triangle 2 ? D D

presque équilatéral!, ayant sur le bas, d’un côté, un eseu de France sculpté en bas-relief, surmonté d’une couronne de due, qui est apparemment celle du duc de Mayenne, parce que la façade de cette maison fut bâtie en 1593, année dans laquelle la ville d'Amiens était encore engagée dans la Ligue, dont ledit due était lieutenant général‘en chef. L'inscription de cette année 1593 est sculptée en bas-relief, au milieu du pignon de cette façade, dont le bout, de l’autre côté, est orné d’un eseu en bas-relief, aux armes de la ville d'Amiens ?. »

Aux précieux renseignements que le manuscrit de Pagès fournit sur l’ancien état de la maison, un autre manuscrit contemporain * permet d'ajouter que les gouttières en plomb étaient couvertes d’ornements dorés et argentés, et que, «à un coin,» se voyaient «trois belles

figures» de grandeur naturelle, «faites par la main du sieur Blasset, fameux sculpteur »

(d'Amiens). Le témoignage de M. Dusevel nous apprend, de plus, que les vastes caves à fortes nervures en pierre, qui s'étendent sous la maison, sont d’une époque antérieure à

la Renaissance. «On ignore, dit-il, à quelle destination étaient ces caves, dans le principe.

On sait seulement que la mais

on servit autrefois de calandre, et qu’elle appartenait en

1575 à un ancien maieur d'Amiens, appelé Gauguin ‘. »

1. Ce pignon n'existe plus. et profanes de la ville d'Amiens. M. H. Dusevel, qui en 2. Manuscrits de Pagès, marchand d'Amiens, écrits à la fin du possède une copie, nous a rendu le service de nous le XVI siècle, et au commencement du XVIIE siècle, publiés par gnaler. Louis Douchet; Amiens, 4857, in-12, t. IT, p. 480-483. 4. Histoire de la ville d'Amiens, 2 édition. Amiens , 4848,

3. Il est intitulé : Description des rues et bâtiments saincts in-8°, p. 132.

CHATEAU DE CHENONC

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