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Le château de Chenonceaux, s'il n’est point aussi imposant que celui de Chambord, offre en revanche beaucoup plus de charme, avantage qu'il doit surtout à sa délicieuse situation. Au lieu où il s'élève existait, dans le xv° siècle, une maison seigneuriale appartenant à une famille originaire d'Auvergne, et du nom de Marques. Vers 1496, Thomas Bohier, baron de Saint-Cyergue et général des finances de Normandie, acheta de Pierre Marques, son débiteur, le manoir des bords du Cher, et entreprit d'y substituer un édifice entièrement nouveau, qu'il commença sur l'emplacement d’un moulin à eau bâti par son prédécesseur. Le premier, dit-on, il conçut l'idée du pont si pittoresque qui unit les deux rives de la rivière, et supporte le seul corps de bâtiment du château, dont l’achè— vement ait jamais eu lieu. La mort de Bobhier, arrivée en 1523, l’empêcha de pousser bien loin l'exécution de son projet, et son fils, Antoine, fut dans l'impossibilité de le poursuivre, par suite d’une dette envers le trésor royal, dont la succession paternelle était
grevée, et qui l’obligea à céder ses biens à François I“. Ce prince, devenu ainsi pro-
priélaire de Chenonceaux, en fit prendre possession, lan 1535, par le connétable de Montmorency, et s’y rendit plusieurs fois avec sa cour. Henri II donna le château de Chenonceaux à Diane de Poitiers, d'après les ordres de laquelle le pont imaginé par Bohier fut enfin construit; toutefois, lors de la mort de son amant, en 1560, Diane fut contrainte de rendre le manoir à Catherine de Médicis, et celle-ci en fit un de ses séjours de prédilection. Elle se proposait d'y ajouter des édifices considérables, dont on peut voir les plans dans le second volume du grand ouvrage de Du Cerceau; mais l’état continuellement embarrassé de ses finances ne lui permit point de réaliser ses désirs. Chenonceaux fut ensuite possédé par Louise de Vaudemont, veuve de Henri I, et elle y passa les dernières années de sa vie, affectant une douleur qu’on a quelque peine à croire sincère, en pensant à l’indignité de son époux. Le château a appartenu depuis à Francoise de Lorraine, duchesse de Mercœur, nièce de Louise de Vaudemont; aux ducs de Vendôme;
à Marie-Anne de Bourbon, veuve du dernier d’entre eux; à la princesse douairière de
Condé, et au duc de Bourbon, qui, après l’avoir acheté en 1720, le revendit en 1730 à M. Dupin; il appartient aujourd’hui aux petits-neveux de ce dernier, à M. le comte et à M" la comtesse de Villeneuve; ils l'ont transformé en une sorte de musée plein d'intérêt, et en accordent l’accès à tous les étrangers avec une obligeance digne des plus grands éloges.
Le château de Chenonceaux, nous venons de le dire, n’a point été terminé, et il ne consiste que dans le corps de bâtiment dont la base forme un pont traversant le Cher. Avant d’y arriver, on passe devant une haute tour cylindrique qu’on appelle /a tour des Anglais, à ce que l'on croit, parce qu'elle en a remplacé une autre ainsi nommée par allusion à quelque épisode des guerres du xrv° siècle. Cette tour date évidemment du temps de Bohier, ainsi qu'il est aisé de le reconnaitre par le caractère des ornements de la porte que nous avons fait graver. On observe sur son vantail les lettres T et B, initiales du nom Thomas Bobhier, et la devise : S'IL VIENT À POINT, MEN SOUVIENDRA, qu'il avait adoptée en souvenir des difficultés contre lesquelles il eut à lutter en bâtissant Chenonceaux, et qui est répétée en diverses parties de l'édifice.
Moins heureux que Pierre Trinqueau et Jean Coqueau, leurs collègues de Chambord, les modestes constructeurs de Chenonceaux sont absolument inconnus. Il est d’ailleurs assez remarquable que l’on se soit toujours abstenu de faire honneur de leur œuvre à
quelqu'un de ces Italiens auxquels, naguère encore, on attribuait {ant de choses.