CATHÉDRALE DE RODEZ
joindre la pratique à la théorie. C’est sur ses plans que le portail occidental de la cathédrale fut entrepris, et son influence rayonna dans tous les pays environnants. Toutefois, en 1531 Philandrier ne s'occupait point encore de bâtir, et peut-être même n’était-il point au service de Georges d’Armagnac; on ne peut done supposer qu'il ait donné les dessins de la clôture, et l’on doit croire qu’elle est l’œuvre de l'artiste qui a édifié la porte de la sacristie, c'est-à-dire, suivant les recherches de M. H. de Barrau, de l’illustre Nicolas Bachelier, de Toulouse !. Porte et clôture, les deux créations sont dignes de son génie.
En 1823, afin de faire place à une misérable grille, on a eu la détestable idée de démolir la clôture, dont on a remonté les fragments devant la chapelle latérale de Saint-Raphaël, rognant les sculptures qui ne se prêtaient point à cet absurde déplacement, et jetant au rebut celles qu'on ne savait comment utiliser. Cet acte de vandalisme, altérant les proportions premières de la clôture, lui a fait perdre une partie de sa beauté au point de vue de l'ordonnance, mais a laissé entière l'extrême élégance de ses détails, empreints de ce charme et attestant cette fécondité d'invention qui distinguent presque toujours la première
phase de la Renaissance.
Nous avons visité toutes les grandes églises de la France, et vu leurs buffets d’orgues; nous croyons pouvoir aflirmer qu'il n’en est point un seul aussi imposant que celui de la cathédrale de Rodez. Situé dans le craisillon septentrional et suspendu en encorbellement, disposition qui produit toujours un grand effet, il atteint une hauteur d'environ 24 mètres, et touche presque à la voûte du transsept. Il a été fait sous l’épiscopat de Bernardin de Corneillan, évèque de 1614 à 1636, car il en porte les armoiries, et la date de 1628 se lit sur le plafond d’un des larmiers. Au centre d’une tribune ornée de riches panneaux, et en saillie sur cette tribune, est placé le positif de l'orgue, qui compte cinq faisceaux de tuyaux, portant sur des culs-de-lampe et coiffés d’une corniche fleuronnée. Le faisceau du centre est surmonté d'une statue de la Vierge tenant l'enfant Jésus; les faisceaux des angles, des statues de saint Martial et de saint Amans, patrons de l’église. Le-grand buffet, en retraite sur la tribune, se compose d'une montre de tuyaux posée sur un soubassement divisé en neuf compartiments couverts d’arabesques. Les tuyaux forment sept faisceaux d’inégale grosseur, dont cinq sont cylindriques, et les deux plus petits sont compris dans un plan carré, se présentant d'angle. Ceux-ci servent de base à deux statues : l'une de David avec sa harpe, et l’autre d’un personnage qui tient une espèce d'échelle dans ses mains. Les autres faisceaux sont couronnés de pinacles en partie à jour, et composés d'après les données gothiques. À chacun des pinacles latéraux on remarque un écusson ayant
une très-pelite statuette de la Vierge au centre, et deux anges pour tenants. Au pinacle
1. Notice archéologique sur l'église cathédrale de Rodez, par l'abbé Magne. Rodez, 1842, in-8°, p. 82. — M. de Barrau n'a pas,
hions, cité ses autorités.
central l'écusson es ble consiste en un des anges. Ce grou autres sont des stat La grandeur « figures qui le surm répétons, on ne re
pour charmer deux
ement de l'ensem-
aux armes de Bernardin de Corneïllan.. L’amortiss groupe de figures représentant l'assomption de la Vierge soulevée par se s'élève du pinacle central; sur les boules ovoïdes qui terminent les ues d’anges agitant des palmes.
es proportions de l'orgue de Rodez, et la hardiesse avec laquelle les
ontent sont agencées, lui donnent un aspect saisissant que, nous le
rouve dans aueun autre en France. On songe avec regret que, fait
sens, il n’en satisfait plus qu'un aujourd’hui, attendu que les quinze
cents tuyaux, répartis en cinquante-quatre jeux, dont il était anciennement muni, sont
devenus muets pour la plupart.