Ces arcades sont aujourd’hui étoupées en maçonnerie, et
en ressaut de façon à former des euls-de-lampe, bases de tourelles maintenant abattues, et qui semblent avoir été reliées par une balustrade à jour, dont il ne subsiste rien, l'espèce d’attique qui couronnait la façade étant transformée en un erenier informe.
Les bases des meneaux et des pieds-droits des arcades, à redens multiples, sont la seule réminiscence gothique que l'on perçoit dans l'ornementation, d'ailleurs très-habilement traitée; rien n’est plus joli, par exemple, que le motif placé au-dessous du premier pilastre de gauche (I pl. de détails, fig. 2). Les figures, leines de caractère, sont d'une exécution savante, et la délicieuse tête de femme, de l'un des médaillons (2° pl. de détails, fig. 3), empreinte d'une grâce délicate et sympathique, reflet de l'art du xv siècle, est, en son genre, une des plus poétiques créations de la Renaissance française. Il ne serait point non plus facile de trouver sur les bords de la Loire, d'autres statuettes d'un dessin aussi magistral que celles qui servent de supports aux armoiries dont sont décorées les alléges
des fenêtres, et dans lesquelles nous croyons voir l'influence de l'école de Juste. On ne
connait point, du reste, les noms des sculpteurs qui ont travaillé à l'hôtel de ville de Beaugency, mais par bonheur, celui de l'architecte est parvenu jusqu'à nous: il s'appelait Charles Viart.
Charles Viart fut, dit-on, architecte du roi Louis XII, et c’est lui qui a construit l'hôtel de ville d'Orléans. Suivant M. Vergnaud-Romagnesi, il aurait également élevé une partie de l'ancien Hôtel-Dieu d'Orléans et la porte principale du grand cimetière de cette ville, dans lequel il aurait été enterré vers 1547. Il aurait, en outre, probablement travaillé au château de Chambord, «car il dit lui-même quelque part qu'il fut autorisé à se servir des rognures de Chambord pour bâtir l'hôtel de ville de Beaugeney 1». Si l’on possédait réellement quelque chose d'écrit par Viart, il serait inconcevable qu'on ne se fût pas empressé
° de le publier. Au surplus, nous ne pouvons accepter les affirmations de M. Vergnaud-Romagnesi qu'avec beaucoup de circonspection, car il ne transerit aucun texte, et les textes, seuls, nous donnent une conviction. Enfin M. Vergnaud-Romagnesi n'est pas toujours exact dans ses citations, et nous nous sommes assuré que la prétendue épitaphe de Viart, qu'il dit avait retrouvée dans le relevé des inscriptions du grand cimetière, dressé par M. Blondely, n'y figure pas.
L'hôtel de ville de Beaugency, bâti en pierre tendre, est maintenant fort dégradé, et la commune à laquelle il appartient ne saurait se charger des réparations devenues urgentes. Il faut faire des vœux pour que ce charmant petit édifice éveille la sollicitude de l'Administration, et pour qu'une restauration, à la fois intelligente et sobre, vienne lui
rendre son ancienne splendeur.