‹ La renaissance monumentale en France; spécimens de composition et d'ornementation architectoniques, empruntés aux édifices construits depuis le règne de Charles VIII jusqu'à celui de Louis XIVChapitre 24 sur 31 · ARCHITECTURE DES JARDINS · texte numérisé non relu

ARCHITECTURE DES JARDINS

A peine l’homme est-il sorti de la barbarie qu’il a commencé à planter des jardins, ef, depuis, sa passion pour l'horticulture n’a jamais cessé de se manifester, On a aimé les jardins à loutes les époques et chez toutes les nations non sauvages; aujourd’hui encore toutes les classes de la société Les affectionnent, et le nombre s’en augmente constamment avec les progrès de la civilisation. La satisfaction que donne la vue d’un beau jardin est, on peut l’aflirmer, une des plus universellement senties que connaisse l'humanité.

Dès les temps les plus reculés apparaissent des preuves de la sympathie des peuples pour les jardins : Homère décrit celui d’Alcinoüs, et l'immense renommée de ceux de Babylone se perpétuera éternellement. Lors de l'apogée de la puissance romaine, la magnificence des jardins était poussée à son comble en Italie; qui n’a point entendu parler des merveilles s? À

en ce genre, que firent exécuter Lucullus, Crassus, Pompée et plusieurs des C l'époque mérovingienne, sous l'influence des habitudes rustiques des Germains, l'élément utile domina, dans les jardins, l'élément uniquement agréable : le pare joint au palais de Childebert, à Paris, renfermait sans doute des rosiers dont le parfum embaumait l'air; mais il renfermait principalement des blés, des vignes, et jusqu'à des pommiers greffés de la propre main du roi, au dire du poëte Fortunat. Durant tout le moyen âge il en a été de même, et dans les châteaux royaux, à côté des lis, des giroflées, des marguerites et des lauriers, abondaïent les cerisiers, les pruniers et autres arbres à fruits. Cette sim-

plicité de goût n’excluait point toutefois la recherche du pittoresque et du confortable

de longues et vertes tonnelles, des pavillons de diverses formes, des «lozengiés » de treilles, agencés en manière de créneaux et de fleurs de lys !, égayaient l’aspect des jardins en y procurant un abri contre les rayons du soleil. Les moyens d’amusement s’y offraient en

outre sous la forme de pelouses, de jeux de paume et de « dédales », espèces de laby-

st

ainsi conçu: « Jehan Baril, faiseur de treilles, pour avoir faict | un lozengié lout autuur, à fleur de lis et à créneaux. »

4. Un article des comptes du Louvre, sous Charles V, | un grand préau èsdits jardins, et faict de merrien (de bois)

vinthes dont les contemporains d'Éléonore d'Aquitaine savaient déjà tracer les méandres, ainsi que le montre l’histoire de cette reine s’égarant au milieu des détours multipliés qui protégeaient la demeure de sa rivale Rosemonde de Clifford. Il est indubitable aussi que les jardiniers du moyen âge pratiquaient l’art de la taille des arbres, lequel avait été familier aux anciens, comme nous l’apprend un passage de Pline le Jeune.

Au xvr' siècle, l’art de composer et d’orner les jardins se perfectionna rapidement, par suite du développement du luxe et des proportion considérables données aux pares de pur agrément, où l'architecture commença à occuper une place plus importante que par le passé, et où l’on fit un grand usage de canaux et des fontaines, très-peu employés précédemment à cause de l'ignorance générale en matière d'hydraulique. Du temps de Henri IE, la distinction s'étant complétement effectuée entre le château forteresse et le château résidence, on ne comprenait plus ce dernier sans de vastes et somptueux jardins, aussi rien n'était-il plus splendide que ceux de la plupart des maisons royales. Il s'y était introduit un raflinement de combinaisons et des éléments absolument inconnus des âges antérieurs : ainsi les marbres, les émaux, les statues, les cascades, les parterres historiés, ete. Bientôt la France n'eut plus rien à envier à l'Italie, à laquelle elle avait pris un grand nombre de ses nou-

veaux procédés de décoration, et, sous Henri IV, les dessinateurs de jardins atteignirent

un tel degré d’habileté que le fameux Olivier de Serres écrivait : «… Avec admiration plusieurs excellens jardins se voyent dispersés en ce royaume. Mesme ceux que le Roy faict dresser en ses royales maisons de Fontainebleau, Sainet-Germain-en-Laye, des Tuileries, de Blois, etc., ce ne pourroit voirement estre sans merveille que la contemplation des herbes parlans par lettres, devises, chiffres, armoiries, cadrans; les gestes des hommes et bestes; la disposition des édifices, navires, bateaux et autres choses contrefaictes en herbes et arbustes, avec merveilleuse industrie et patience, comme à Chanteloup où ont esté assujettis et arbustes et herbes. Il ne faut (aller) en Italie ni ailleurs, pour voir les plus belles ordonnances des jardinages, puisque notre France emporte le prix sur toutes nations, pouvant d’icelle, comme d’une docte eschole, puiser les enseignements sur telle matière !. »

Naturellement il ne subsiste plus aucun ancien jardin ayant conservé ses dispositions primitives, et les idées qu’on peut se faire sur l'ordonnance de ceux de la Renaissance ne sauraient provenir que des descriptions qu’on en possède, et de quelques rares documents graphiques. Le grand ouvrage de Du Cerceau fournit, sur ce sujet, plus de renseignements

que nul autre, et nous y avons emprunté les spécimens que contient notre planche.

A. Théâtre d'Agriculture, t. II, p. 294.

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