Arch. del'Emp., reg. KK
GRANDE ET PETITE GALERIE DU LOUVRE. 15 l'occasion d'une maison, près la tour de Nesle, qu'il avait reçu l'ordre de démolir pendant
les guerres, c'est-à-dire pendant le siége de Paris; et que le 3 juillet de la mème
année 1607, il fut choisi, avec Pierre Chambig comme arbitre pour les maitres de l'hôpital du Saint-Esprit !. L'assignation au Châtelet comprend, avec Fournier, «Jehan Coin (ou Coing), maistre maçon de Paris ». Ce Coing, compagnon de Fournier vers 1590, et que nous retrouvons employé comme expert avec des jurés du roi, au mois de juin 4608, est, suivant toutes les probabilités, un seul et même individu avec le Plain que Sauval donne comme associé à Fournier vers 1595, et dont le nom aura été défiguré par une de ces mille fautes de lecture ou d'impression dont fourmille le livre des Antiquités de Paris.
De toutes les difficultés, et elles sont nombreuses, dont nous avons trouvé l’histoire du
Louvre hérissée, il n’en est point une qui ait plus résisté à nos efforts que celle de déterminer par qui furent réellement élevées les diverses parties de la grande galerie. IL y a, à ce sujet, la plus grande confusion d'opinions, et nulle donnée directe pour la dissiper. Nos recherches auront au moins pour résultat de faire justice de la plupart des assertions absurdes auxquelles le problème a donné lieu, et d'y substituer des hypothèses auxquelles, nous osons l'espérer, on voudra bien reconnaitre un grand caractère de vraisemblance.
A propos de la galerie, les auteurs ne mettent pas moins de six noms en avant, ceux de Du Cerceau, de Du Pérac, de Métezeau, de Bullant, de De l’'Orme et même de Serlio.
Laissons de côté ce dernier, dont il ne saurait être sérieusement question, puisqu'il mourut
avant qu'on projetât la galerie ?; faisons-en autant de de l’Orme, qui, s'il avait donné les plans de la grande galerie, n'aurait pas manqué d'en dire quelque chose dans ses ouvrages, où il parle si volontiers des Tuileries, et occupons-nous de Métezeau.
Selon Brice, le premier tronçon de la grande galerie, le plus rapproché du Louvre, est dû à Louis Métezeau, qui, assure-t-il, imagina la fameuse digue de La Rochelle. Celui qui inventa la digue de La Rochelle s'appelait C/ément, et non point Lous; mais, nos
réserves faites touchant cette inexactitude, nous reconnaissons le dire de Brice comme
l'énonciation d’un fait vrai. C’est bien le nommé Louis Métezeau qui, sous le règne de Henri IV, a dû terminer la partie de la galerie commencée sous Charles IX, et nous dérivons cette conviction des renseignements biographiques que nous ont fournis le manuscrit dont nous avons précédemment parlé, ainsi que quelques autres sources. Ces renseignements, les voici :
Jeanne Bordia donna à son époux Thibaut Métezeau plusieurs fils : Clément, né le
Le fait n'est
1. Reg H 41794, Ê* 233 v° et 239 r°. Au F 290, et à la date 2, Serlio passe pourêtre mort à Lyon en 1: d'octobre 4607, ilest question d’un Nicolas Fournier, maçon, peut-être pas parfaitement démontré ; mais dans tous les cas,
Tous deux pouvaient être les fils il est certain qu’il ne put travailler au Louvre en 15
sans doute parent de Louis :
de M° Florent Fournier, pareillement « juré du Roy ès offices 3. Description de Paris, t. T, p. 163 de l'édition de 4752,
de maçonnerie » en 4584. (Reg I 1788, f° 430 r°.
18 novembre 1560; Jacques, né le 14 août, et un second Clément, né le 6 février 1581, apparemment après la mort de son frère homonyme. C’est ce second Clément qui, par la construction de la fameuse digue, s'est acquis une réputation derrière laquelle s'est éclipsée celle des autres membres de la famille. Le jour ne se fait sur lui qu'au temps du siége
de La Rochelle. Il arriva devant cette ville le
novembre 1627, accompagné de Jean Thiriot, comme lui, maitre maçon ou architecte, suivant ce que rapporte Bassompierre dans ses Mémoires!, et après un an d'efforts, il compléta le gigantesque barrage qui détermina la chute du dernier boulevard qu'avait conservé le protestantisme. Clément fut grandement récompensé : Dorat assure que Richelieu le présenta lui-même à Louis XIII, et que ce monarque fit son entrée dans la ville, appuyé sur l'épaule de Métezeau ?. Toussaint Donnant ajoute que Clément fut de plus, à cette occasion, nommé architecte du roi. On sait encore qu'il obtint une pension de 1,800 livres et un logement au Louvre. Il mourut peu après 16503, époque où il fit à la Charité de Dreux, érigée en la paroisse Saint-Jean, une fondation, afin que, tous les ans, le jour du mercredi saint, cent pauvres ayant fait leurs dévo-
sous d'aumône #.
tions, reçgussent chacun :
Louis Métezeau, contemporain de Clément, serait son père, d'après un passage de Dorat;
mais les extraits des registres de la paroisse Saint-Pierre réfutent cette erreur, et d'ailleurs
Dorat lui-même, dans une autre partie de son livre, reconnait que Clément eut bien
Thibaut pour père?. Suivant T. Donnant, Louis aurait été le fils aîné de Thibaut et aurait épousé Élisabeth du Hanquel. Capitaine des Tuileries en 1564, il aurait élevé le bel
escalier de ce palais, généralement attribué à De l’Orme, et, après avoir été envoyé en
ltalie par Marie de Médicis, il aurait fait pour elle les dessins du palais du Luxembourg et donné ceux du portail Saint-Gervais de Paris. Ces deux derniers édifices sont sûrement l’œuvre de Salomon de Brosses6; mais il n'est nullement impossible que Louis Métezeau
ait effectivement composé des projets pour le Luxembourg. D'Angerville, qui ne connais-
sait pas l'existence de Louis Métezeau, dit, dans son chapitre sur Clément, que celui-ci
avait exécuté, pour le palais de Marie de Médicis, des dessins que d’habiles artistes lui
avaient assuré être au moins aussi beaux que ceux qui furent préférés par la reine7. Quant
à la part que Louis Métezeau aurait prise à la construction des Tuileries, il y a tout lieu
1. T. 21, p. 121 de la collection Petitot. Dicitur Archimedes terram potuisse movere; Antiquités de la ville de Dreux, 1740. Mss. de la biblio- Æquora qui potuit sistere, non minor est.
thèque de l'Arsenal, p. 262.
3. Dans le manuscrit qui nous sert de guide, est mentionné, 5. Voir pages 196 et 262. à la date du 25 janvier 1653, « un morluaire pour M. de 6. Le prénom de De Brosses est effectivement Salomon et Métezeau ; » il n’est point spécifié lequel. non Pierre, comme on le croit vulgairement, Le fait a été con- &. Clément Métezeau est resté fort populaire à Dreux, oùle | Staté par le président de la Société de 1 histoire du protestantranssept méridional del’église Saint-Pierre est regardé comme | tisme, par M. Ch. Read, auquel nous devons plusieurs comson ouvrage. Il existe de lui un portrait gravé par Michel | munications intéressantes sur les Du Cerceau, et qui prépare Lasne, et au bas duquel sont ces vers composés par Mathurin | une notice biographique sur De Brosses.
Bourellier, procureur du roi, à l'élection de Dreux : 7. Wie des fameux architectes, &. I, p. 321.
de croire que Donnant s’est trompé sur ce point comme sur d’autres !. Pour avoir travaillé
aux Tuileries vers 1570, il faudrait que Louis Métezeau füt né vers 1540, et alors il
ne pourrait ni être le fils de Thibaut, né en 1533, ni avoir encore bâti en 1610, ainsi que nous sommes sûr qu'il l'a fait. Si un Métezeau a aidé De l’Orme aux Tuileries, et cela n’est nullement impossible, il faut que ce soit Thibaut.
L'achèvement de la première moitié de la grande galerie est, comme l'affirme Brice, dû à Louis Métezeau, parce que, vers 1595, Thibaut était mort et Clément n'avait que quatorze ans. Au surplus, et comme confirmation du fait, nous avons la preuve qu'en 1596 Louis était architecte du Roi et contrôleur de ses bâtiments : il était ainsi qualifié sur les registres de la paroisse de Dreux, à propos du baptême d'Hélène, fille de Léonarde Métezeau, qu’il tint sur les fonts, le 27 septembre, avec Jeanne Métezeau. Il est pareillement appelé « architecte du Roy » dans les registres de la Ville?, où l’on voit qu'il fut chargé, avec l'ingénieur F anchine, d'organiser les préparatifs de l’entrée de la Reine, en mars et avril 1610..Son fils, porteur du même prénom, fut parrain à Dreux, le 2 mars 1609 ; mais rien ne nous enseigne quand Louis Métezeau père mourut, et nous ne savons point non plus si son fils suivit la même carrière que lui. Cette circonstance, combinée avec l'absence de l'indication de prénoms dans les auteurs, ne nous a point permis de décider lequel des Métezeau, parmi ceux qui vécurent sous Louis XIII, construisit l'hôtel de Chevreuse, l'Oratoire et le cloître des Dames de l’Assomption, entrepris, suivant les registres capitulaires de la communauté, au mois d'août 1632, par un « sieur Métezeau. »
Décider qui donna les plans de la seconde moitié de la grande galerie est une tâche
plus embarrassante encore que de décider qui dressa ceux de la première, Sauval, notre éternel refuge, lorsque les documents anciens font défaut, n’en dit rien, quoiqu'il donne des détails sur l'édifice. Brice, copié par Piganiol, nomme Du Pérac. Une note manuscrite d'André Duchesne, prévôt des bâtiments du Roi, ajoutée à une gravure de Marot, porte que Henri IV, en 1596, chargea Bullant de la construction des cinq premiers frontons de la galerie, à la suite du pavillon de Flore, dont il avait précédemment confié l'exécution à son peintre Du Pérac, travaux que Bullant n’acheva pas, mais lesquels, après sa retraite à Écouen, et la mort de Du Pérac, furent terminés par Baptiste Androuet Du Cerceau, qui devint par ce fait l'architecte de Henri [V5. De Clarac, le principal historien du Louvre,
ne sachant point distinguer entre Baptiste Du Cerceau et son père Jacques, croit, au
1. Donnant prête à Thibaut Métezeau quatre fils et une fille. | son. Il devint secrétaire de la comtesse de Bar et il est connu Dans sa pensée les quatre fils seraient Louis, Clément, Jean par la traduction des psaumes qu’il publia chez Robert Fouet, et Paul. Paul et Jean étaient certainement frères, puisqu’en à Paris, l'an 4610; traduction dont il y a eu trois éditions. tête de vers latins adressés par le premier à l’autre, on lit : Lo. Paul Métezeau, bachelier en théologie, fut aumônier du Roi; Metezeo fratri. Nous pensons que leur père était l'architecte ila laissé la réputation d’un savant théologien, et on le consi- Jean Métezeau, mort en 1600, ce que confirme le passage de dère comme ayant dr , avec le cardinal de Bérulle, les sta- Dorat, précédemment cité, et dans lequel Thibault est dit leur tuts du couvent de l'Oratoire. oncle. Jean Métezeau fut estimé de Henri HI et son dévoue- 2. Reg. H 1795, f°* 95 v° et 436 r°. ment à la cause de ce roi, le fit mettre plusieurs fois en pri- 3. Nous transcrivons l'incohérente rédaction de Cellet (No-
contraire, que c’est Du Pérac qui succéda à Androuet, et place après lui Clément Métezeau. Il doit se trouver des auteurs ayant imaginé d’autres combinaisons, car l’on peut aller jusqu'à six; mais qu'y a-t-il de vrai dans tout cela?
Nous avons dit plus haut la part qu’il convient d’assigner aux Métezeau, dans l’érection de la grande galerie. Pour Bullant, il était mort depuis plusieurs années lorsque Henri IV parvint au trône, et n’a done rien bâti sous ce roi. Restent Du Cerceau et Du Pérac. La vie d'Étienne Du Pérac, qui naquit à Paris, est aussi mal connue que ses œuvres. Brice le nomme un arc hitecte de médiocre capacité, duquel on voyait peu d'ouvrages remarquables à Paris. Il se garde d’ailleurs d'en citer aucun. Du Pérac parait avoir été plutôt un peintre qu'un architecte, et on lui attribue les peintures de la salle des bains à Fontainebleau. Le recueil de dessins d’architecture, de sa main, qu'on conserve à la Bibliothèque impériale!, prouve cependant qu'il alla en Italie étudier les monuments antiques. Il était à Rome en 1569, suivant Félibien, qui assure qu’en 1599 il « conduisit plusieurs ouvrages aux Tuileries et à Saint-Germain-en-Laye, estant alors architecte du Roy?; » mais Félibien ne dit point un mot de la grande galerie, laquelle aurait évidemment mérité une mention spéciale, même dans le cas où il l'aurait considérée comme une simple portion des Tuileries. I] ajoute que Du Pérac mourut vers 1601. Si Du Pérac mourut vers 1601, il est extrêmement difficile d'imaginer ce qu'il a pu exécuter de la seconde moitié de la galerie, lorsqu'on sait combien il est douteux qu’elle ait été commencée plus tôt. La date exacte à laquelle elle a été entreprise éclaircirait beaucoup la question, puisqu'on en pourrait conclure à coup sûr l'impossibilité de la coopération de Du Pérac à l’œuvre qu'on lui prête. Aussi bien, tout en admettant que la date qui nous manque. n’excède pas le xvr siècle, on trouve encore que les probabilités se groupent en faveur d’un Du Cerceau, car Baptiste Androuet fut, nous en avons la certitude, architecte de Henri IV, antérieurement à 1602, et, suivant toute apparence, dès la reddition de Paris. Or, Bullant et De l'Orme étant morts, qui, plus que l’auteur des plans du Pont-Neuf et d’une foule de couvents, plus que le successeur de P. Lescot au Louvre, dut paraître digne qu'on lui confiât une tâche aussi importante que la continuation de la grande galerie? Faut-il supposer que ce fut le peintre Du Pérac, et qu'on le chargea jamais d'autre chose que d’embellissements de détail?
On arriverait à découvrir que Baptiste Androuet mourut avant Du Pérac, qu'on n'en pourrait tirer que des conséquences insignifiantes, puisque le même document qui nous a révélé le trépas de Baptiste, comme un fait accompli, en 1602, nous apprend Simultané-
ment l'existence d’un second Jacques Androuet, architecte et surintendant des bâtiments
lice sur la vie de quelques architectes français, p. 12 et 13), 1. N° 6990.
car nous n'avons point vu son exemplaire de Marot, dont nous 2. Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excelignorons le possesseur actuel. Nous l’aurions , au reste, re- lents peintres, t. I, p. 135. Du Pérac laissa une fille appelée cherché avec plus de zèle, si ce que Duchesne dit de Bullant, Arthémise, qui épousa un sieur Bourdin.
ne nous avait montré le peu de valeur de sa note.
royaux, dont la mort, suivant un renseignement des plus authentiques, n’eut lieu qu'en 16141. Ce dernier Jacques Androuet est infailliblement le constructeur de la seconde moitié de la galerie, s’il n'est point absolument démontré qu'il en ait, dès l'origine, donné les projets. En effet, d’après l'affirmation de Sauval?, e’est un Du Cerceau qui bâtit l'aile des Tuileries, reliant le pavillon dit de Flore, aux bâtiments de Catherine de Médicis, et dont l'érection se poursuivait en 1608. Or, ce qui caractérise particulièrement cette aile, en la faisant si fort contraster avec les parties plus anciennes et contiguës, c’est qu’elle est formée d’un ordre colossal de pilastres accouplés, divisé en deux étages : la seconde partie de la grande galerie présente une disposition identique, qui ne s’harmonise pas davantage avec les constructions antérieures, et dénote, comme l’aile des Tuileries, un parti pris sans aucun souci des précédents. N’en doit-on pas conclure que les deux édifices sont la création du même homme, du surintendant Jacques Androuet? Cette hypothèse s'offre avec un tel concours de circonstances aflirmatives, qu'elle laisse à peine un doute dans notre esprit.
Avec le règne de Henri IV finit pour nous l'histoire architecturale des galeries du Louvre (la seule dont nous ayons à nous occuper), car les travaux qu’on y exécuta depuis furent relativement sans importance®, et ils n’appartiennent point à la période que notre livre a pour but de faire connaître. En revanche, nous ne pensons pas pouvoir terminer cette notice sans toucher à une question aussi populaire que vivement controversée ; nos lecteurs ont déjà compris que nous voulons parler du balcon dit de Charles IX, et de l'épisode de la Saint-Barthélemy, dont il passe pour avoir été le théâtre. Nous ne ferons, au reste, qu'effleurer la question historique, laquelle nous touche peu; mais nous espérons résoudre, une fois pour toutes, la question archéologique qui s’y rattache et qui est restée trop longtemps obscure.
Brantôme, qui vécut dans l'intimité de Charles IX, à propos de la Saint-Barthélemy, et assurément sans y attacher l’idée d’un blâme, fait le récit suivant : «Et (Charles IX) y fut plus ardent que tous, si que lorsque le jeu se jouoit (le massacre), et qu’il fut jour et qu’il mit la teste à la fenêtre de sa chambre, et qu'il voyoit aucuns dans les fauxbourgs de Sainct Germain, qui se remuoient et se sauvoient, il prit un grand harquebus de chasse qu’il avoit, et en tira tout plain de coups à eux, mais en vain, car l’harquebuz ne tiroit si loing. Incessamment ceryoit : Tuez! tuez! 4. » La narration du catholique Brantôme est
confirmée par celle du protestant Simon Goulart, qui s’exprime ainsi : «Et ne tarda
4. Dans une prochaine notice, nous reviendrons sur la fa- | lorsqu'il défigura les Tuileries. Les guichets du Carrousel
mille des Du Cerceau, et nous établirons qu’au lieu d’un ou de deux Du Cerceau célèbres, il y en a eu quatre, qu’on a confondus ensemble de la façon la plus déplorable,
2. « Ce qu'Henry IV y fit bâtir pour le joindre (le palais des Tuileries) au Louvre, par sa grande galerie, a été ordonné par Du Cerceau », t, II, p. 53.