‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 101 sur 182 · V: Temps, 10 octobre · texte numérisé non relu

V: Temps, 10 octobre

46. Revue des deux Mondes, 1% mai 1837 et Portraits contemporains, t. Il.

h7. Revue des Deux-Mondes, 1°* décembre 1846.

h8. Ibid., 1°* juillet 1857.

treizième siècle, dont les monuments s'étaient comme perdus sous la gloire du français de Rouen et de Paris, du français de Corneille et de Molière“. »

Déjà, en 1842, Jasmin racontant son voyage à Paris s’écriait en parlant des gens de lettres parisiens, qui lui faisaient aecueil

Apelabon ma lengo une lengo roumano 50,

C'est ainsi que le public lettré, préparé par toutes les publications dont nous avons parlé, saluait tout naturellement Jasmin comme le dernier des Troubadours, en même temps qu’elle voyait en lui le plus populaire et le plus réussi des ouvrierspoètes. hi

Le plus populaire sans doute; et cette immense popularité fut, à n'en pas douter, un grand encouragement pour les poètes provençaux. Qu'était-ce que la petite célébrité locale de Pierre Bellot, auprès de cette gloire, à laquelle collaborait toute l'élite littéraire de l’époque en même temps que les foules méridionales? On se représente difficilement ce que fut la popularité de cet homme; tout y contribuait, l'atmosphère du temps chargée de poésie, d'idéalisme, de généreux enthousiasme, le renouveau des études romanes, la sincérité de sa poésie, son titre d’ouvrierpoète, enfin son talent de grand acteur, quelques-uns ont dit de cabotin. Qu'il y ait en Jasmin du Gascon, au mauvais sens de ce mot, un peu de hâblerie et de vanité, cela n’est point douteux, — mais ce n'est point ici la question, — et, somme toute on ne peut avoir prise sur une foule que par les moyens qui séduisent les foules. Nul ne les remua davantage; dès 1836, c'est un triomphe à Tonneins, puis en 1838 à Bordeaux, avec la récitation de l’Abuglo, en 1840, Jasmin fait connaître Françounelto à Toulouse, et Toulouse lui offre le rameau d’or; la même année il se fait entendre à Pau dans une fête en l'honneur de Despour-

‘rins, deux ans plus tard Auch lui offre la coupe d’or, en 1845 Villeneuve le cachet d’or; en 1843 il parcourt la Gascogne en

49. 20 août 1852. Journal des Débats du 22 août. S Bo, « Ils appelaient ma langue une langue romane ». T. IT, p. 189.

quêtant pour l'église de Vergt, en 1847 il va jusqu’à Nîmes5t, en 1848, jusqu’à Marseille, en 1849 il refuse la députation que ses compatriotes viennent lui offrir, puis la série de ses triomphes continue, c’est à Tarbes, à Plaisance, à Bayonne, à Albi, à Bordeaux et. Toulouse de nouveau; dans l'hiver de 1854 c'est une tournée de charité qui le mène à Saint-Girons, Pamiers, Lavaur, Rodez, Saint-Geniez, Saint-Flour; l’été il est à Cahors. Cette même année Aurillac lui offre la coupe d'Auvergne, deux ans après, Agen lui donne la couronne d’or”, c'était pour lui Ia récompense suprême... Quelques années après (1865) Agen lui faisait de magnifiques funérailles, en 1870 au pied de sa statue, Mistral venait déclamer un admirable poème‘.

Ce n’est point tout; il faudrait citer les études écrites sur lui par les prerhiers écrivains du temps, par Ch. Nodier, P. de Musset, Sainte-Beuve, Léonce de Lavergne, Ch. de Mazade, Villemain, les articles innombrables parus dans les journaux du Midi; il faudrait parler de ses voyages triomphaux à Paris, en 18/42, d'abord, puis en 1853 et 1859, de ses soirées chez les premiers personnages du temps, chez l'Archevêque de Paris, à la cour de Louis-Philippe qui lui donne une montre d'or, et plus tard chez Lamartine, qui lui fait déjà l'accueil enthousiaste qu'il fera plus tard à Mistral. Ne lui avait-il pas dédié en 1849 le Semano d'un fil, et Lamartine ne l’avait-il pas remercié en l'appelant « l'Homère sensible et pathétique des prolétaires 5 »?. De sorte que le jeune Maillanais, nous l'avons dit déjà, en allant frapper à la porte de Lamartine suivait le chemin que lui avait indiqué le célèbre perruquier d'Agen.

Il le suivait d'autant plus aisément que cet exemple et ce nom étaient loin de lui être inconnus. Le rayonnement de Jasmin fut tel, entre 1840 et 1860, dans toute la France et spécialement dans les contrées méridionales que la Provence ne pouvait pas l'ignorer. S'il a des émules à Toulouse, tel que Vestrepain®; à

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