Hélas! hélas ! comme les ans, mon ami, filent vite
et parce qu'Horace, pour oublier la triste condition humaine, invite à boire ses amis, Crousillat termine son ode, en s’écriant :
« Beguèn uno rasadoŸ. »
Et encore, à l’imitation du poète de Tibur, Crousillat chante le retour du printemps, et parfois élevant le ton au-dessus des considérations épicuriennes, il compose des odes patriotiques, ainsi que l’ode qu'il écrit en l'honneur d'Adam de Craponne, constructeur du canal qui fertilisera le terroir de Salon.
D'autres fois c’est Anacréon qu'il imite, quand il chante la cigale, sur un rythme tout semblable.
Cigaletto cantarello,
Messagièro de l’estiéu,
Si que tu la passes bello,
Sies urouso coumo un diéul...i
ou bien c'est Catulle, et ses baisers à Lesbieÿ, ou c'est encore Virgile, qu’il adapte à la nature provençale, quand il étabkf un dialogue entre deux bergers des environs de Salon, qui chantent leurs amours. Ici ce n’est plus simple traduction; ses bergers ne s'appellent pas Tityre et Mélibée, ils se nomment Estève et Aläri, — Alàri, comme le pâtre mistralien. — La scène est située auprès de Salon, à la Vau-de-Cuech. Le Toulonnais Thouron avait déjà fait, nous l’avons vu, quelque chose de semblable pour le paysage toulonnais. Mistral a dû connaître ces essais, écrits entre 1840 et 1850. L’églogue dônt je parle est datée de 18/45. Elle est écrite selon le principe de Mirèio, traiter la nature provençale, semblable à celle de l'Ttalie et de la Grèce, comme les anciens avaient traité le paysage et les mœurs qu’ils avaient sous les yeux, avec une noble précision, mais le jeune Mistral, qui est un vrai poète, fera une adaptation originale et vivante, celle de Crousillat n’est qu’un exercice de rhétorique, une sorte d’amusement très distingué.