Buvons une rasade
4. Petite cigale chanteuse — Messagère de l'été — Comme tu la passes belle __ Tu es heureuse comme un Dieu. — La Bresco, p. 49.
5. V. La Bresco, p. 23. Imitation de « Mille bacia, Lesbia! »
Toutefois il y a des vers gracieux, où l’on peut même trouver ure sorte d'indication de la scène des müriers entre Mireille et Vincent. Estève raconte comment il a aperçu la petite paysanne qu'il aime, en train de cueillir des « agriotes »
. Vuei, l’ai visio en passant que cuié d’agrioto… Mioun dins lou fuiage avié l’èr de s’escoundre; Mai vesiéu proun seis iue de vers iéu luseja; Coumo li cride : Adiéu, alor, pèr me respoundre, Dou mitan dei brout verd elo a’n pau nasejaë,
Alàri lui répond par la description d’une scène, qui pourrait trouver sa place au chant second de Mirèio
Iéu li a déjà longtèmps; — vue jour! que noun l’ai visto. Entre l’ausi canta dedins un amourié
Laisse gardo à moun chin, li courre à l’improuvisto
Et de fueio li ajude empli lou pasturié.
Quand, pièi sus la saumeto ai bèn plaça la trousso,
Me dis, en nous quittant : « Gramàci, pastourèu! »
Oh! coumo en va disènt soun uiado èro douço,
E poulido sa rouito et soun rire perèu7.
Et tout cela est daté, — sans que nous ayons aucune raison de suspecter cette date, — du 25 juin 1845, soit dix ans avant que Mistral ait fait monter les deux amoureux dans le mûrier d’où ils tomberont enlacés. Ce n'est évidemment ici qu'une indication de la scène que le grand poète développera dans toute sa grâce et son ampleur, mais c’est une indication très précieuse, et qui nous montre tout de même en Crousillat le premier qui
6: Aujourd’hui je l'ai vue en passant qui cueillait des « agriotes ». — Mion dans le feuillage avait l'air de.se cacher... — Mais je voyais ses yeux luire de mon côté... — Comme je crie : « Adieu », alors pour me répondre, — Au milieu des rameaux verts elle a un peu montré son nez...
7. Moi, il y a déjà longtemps, huit jours, que je ne l'ai vue. — En l’entendant chanter dans un mûrier, — Je laisse la garde à mon chien, je cours à l’improviste — Et je lui aide à remplir de feuilles son panier. —- Quand ensuite sur l’ânesse j'ai bien placé la trousse, — Elle me dit, en me quittant : « Grand merci, pastoureau! » — Oh! comme en le disant son œillade était douce, —
Et jolie sa rougeur et son rire aussi! ».
ait compris ce que pouvait donner l'adaptation de la poésie antique à la nature provençale.
Avant Mistral, Crousillat sait indiquer les grandes lignes du paysage provençal, et je n'ai vu dans nul autre poète de ce temps, aucune notation, qui soit semblable à celle-ci, entre autres :
Regardo, vé! d’amount, l’anfitiatre dei couelo Emé sei bouquet d’èuse vert!
Sa raubo d’amendié, que tant lèu d’auro fouelo = Esparpaiaran dins leis èr!.….
Vé! lei terro de blad, lei pradarié fresqueto, Lei longuei tiero d’amourié, Lei canau trelusènt, lei bastido blanqueto, Semenado dins lou vergiél…. X Alin la plano Crau, désert de la Libio, Emé sei mas e sei troupèu...
Diriès pas qu’es un clar ounte trèmpo l’Aupiho. O jardin d’éulivié qu'azaigo la Durènço, . FER Fres valoun, fertile pendis, O champ resplendissènt de la basso Prouvènço.…$8
Sans doute il y a quelques défaillances dans la facture de ces vers, deux diminutifs à la rime, des rimes faibles, mais du moins la couleur est juste, et le tableau reste large, tel que nul des troubaires de ce temps n’était capable de le concevoir ni de le brosser, eux qui étaient avant tout des réalistes occupés du détail, non de l’ensemble, et trop souvent du détail grossier.
Mais plus encore que de la campagne salonnaiïse, le bon Crousillat est le poète des jeunes filles. Il en a laissé de délicieux
8. Regarde! vois! en haut, l’amphithéâtre des collines — Avec ses bouquets de ‘chênes verts, — Sa robe d’amandiers, que bien vite des brises folles — Eparpilleront dans les airs. — Vois! les terres de blés, les prairies fraîches, — Les longues lignes de müûriers, — Les canaux reluisants, les bastides blanches __ Semées dans les vergers!,— Au loin la Crau plate, désert de la Lybie, — Avec ses mas et ses troupeaux... — Ne dirait-on pas que c’est un étang où trempe l’Alpille.. — O' jardins d'oliviers qu’arrose la Durance, — Frais vallons, fertiles pentes, — © champs resplendissants de Ja basse Provence !…
portraits. Au fait ses modèles devaient être délicieux, En cette antique ville de Salon, que n’a pas gâtée à cette époque le commerce et sa vulgaire vanité, dans les vieilles familles, il y a des fleurs de grâce, de modestie et de délicatesse. La plupart de ces
jeunes filles portent le costume arlésien, dont l'empire s'étend
sur tout le terroir de Salon. Ce devait être un spectacle char-
mant qu'une sortie de messe, à Salon, aux environs de 1840.
L’excellent Crousillat se délecte à cette douce vision. Avant Misiral, avant Aubanel, avant Anselme Mathieu, Crousillat est le poète de la jeune fille de Provence.
IT en /a laissé des profils très purs, soit qu’il ait évoqué les petites ouvrières de Salon, soit qu'il ait peint dans leur grâce plus rustique les jeunes paysannes que l'on voit venir le dimanche, en habits de fête, pour la messe ou pour les vêpres, où que l’on rencontre aux champs, en se promenant, dans leur costume de travail. |
Voici justement une jeune fille de la campagne parmi celles de la ville « Je me souviens du temps, lui dit le poète, où petite
fille Légère, tu allais à l'école avec ton petit panier. Quand le
dimanche tu vas sous les verts platanes, te promenant simplette au milieu des filles des bastides, avec ton doux air de petit ange
il semble que des champs tu sois la nymphe modeste, elles, avec
leurs rubans, leurs fleurs d’or à la tête qu’elles sont les reines de Salon®. »
Il les peint, ces reines de Salon, quand elles vont à la messe du dimanche avec leur plus beau châle et leur coiffe la plus élégante et le soir se promenant sous les platanes, sous Îles regards des jeunes gens... Parmi elles il y en a une, qui, sur le Cours fait tourner toutes les têtes, et le poète l'appelle « la reino deis artisanotof® ».-En face de son allégresse coquette,
voici le profil mélancolique de Zétoft, qui est jolie, mais qui est
vraiment trop dépourvue, et que personne n’épouse et qui va devenir vieille fille, voici Agatouno, qui est tombée malade, fait