La Bresco, p
10. P. 189. Cette poésie avait paru à Avignon en brochure dès 1854.
Tr. PP 103:
une belle mort chrétienne, et dont le convoi funèbre est suivi par toutes les filles du pays
E per enjusqu’au bout li rèndre ounour, de vièrgi, Sei piouso sor, davans jour,
La.soun anado querre, à la clarta dei cièrgi, De coumpagno emé soun pastour,
Que pourtant lou rampau, qu'uno blanco ,courouno, Que de brou d'ièli e de ciprès... 1?
C’est ainsi qu'une grave religion se mêle toujours à cette ÉVOcation gracieuse de la jeunesse et de l'amour, et c'est tout justement ce qui fera le charme de Mirèio, charme, on le voit, qui n'est point particulier à Mistral, — qui s’exhale de la vie familiale elle-même en cé milieu du dix-neuvième siècle, où le catholicisme le plus gracieux imprègne les mœurs, — et que Crousillat a tenté d'exprimer avant Mistral, mais-que Mistraka su traduire avec ce rythme souverain, qui fait oublier tous ses devanciers.
La nature sy mêle aussi. La jeune fille que Crousillat aime surtout à chanter, c’est quelque fille des champs, non point fière et païenne, mais douce, modeste, un peu craintive, enfant encore, déjà jeune fille, les olivarelles au travail, qui annoncent les magnanarelles de Mirèio, Néno, qui, à douze ans, ne veut plus aller à l’école, travaille aux champs toute la semaine; êt le dimanche va à la messe, mais non pas aux vêpres, car elle fait sa petite promenade sur le Cours, pour se faire voir, et le soir va danser, et Leleto, que le poète rencontre aux champs,
à l'heure où le soleil disparaît derrière les Baux et où le laboureur détache ses mules de la charrue. C’est entre le poète et l'enfant un dialogue charmant annonçant le fameux poème d’Au-
12. «... Et pour lui rendre honneur jusqu'au bout, des vierges — Ses pieuses sœurs, avant le jour, — Sont allées la chercher, à la clarté des cierges, — en même temps que leur pasteur, — l’une ne la TE se une blanche couronne, — Une autre des touffes de lys et de cyprès... »
banel, qui commence ainsi : « N’èro pas une rèino... » Que l’on en juge par cette courte citation :
Pichouno, mounte vas (li dise) d’aquesto ouroP Te perdre dins quauque valat?..
— Oh! noun, vèse d’eicit moun paire que lavouro; Tenèts, la bastido es eilat!
— De mounte vènes dounc, ansin, touto souleto?
— De l’esco!lo: — Quand as de tèms?
— Ai sièis an. — (Bel anjoun) — E te disoun Leletto. Sabes légip — Oh! ï’a lontèms!
—— L'i a pas dès ans, pa’rai? — Oh! noun : siéu trop pichouno, Zesino es pu grande que iéu.
— Que Zesino? — Ma sor. — Ahl siegues bèn bravouüno:;
Toujour amo bèn lou Bon-Diéu, Leletto; e souvèn-te de iéu dins ta prièro...13
Ce petit poème fut lu au Congrès d'Aix de 1858, î figure dans le Roumavägi, Aubanel assistait à ce Congrès, il eut en mains ce volume, — ici donc il s’agit de bien plus que d’une inspiration semblable, il y a presque sûrement imitation, — et d’ailleurs Aubanel imite très bien, en ce sens qu'il refait de façon bien plus artistique le petit poème de Crousillat, encombré au début et à la fin de détails oiseux, de vers faibles, il imite très bien, mais il imite, et c'est un honneur pour Crousillat que d'avoir montré la voie à Mistral et d’avoir été eût, -être imité par Aubanel“.
13. « Petite, où t’en vas-tu, lui dis-je, à cette heure ? — Te perdre dans quel-
que vallon — Oh! non, je vois d’iei mon père qui laboure — Tenez la’bastide est là — D'où viens-tu donc ainsi, toute seule? — De l’école — Quel âge as-tu? — J'ai six ans. (Beau petit ange) et on t’appelle? — Leletto. — Tu sais lire? — Oh! il y a longtemps. — Il n'y a-pas dix ans, pas vrai? — Oh ! non, je suis trop petite. — Zézine est plus grande que moi. — Qui, Zézine? — Ma sœur. — Ah! sois bien sage, aime toujours le bon Dieu, Leletto, — et
souviens-toi de moi dans ta prière... »