V. F. Mistral : Mémoires
34. Li Margaridelo, poésies provençales par J. Roumanille de Saint-Remy: Paris, Techener, 1847. 2° éd. dans le recueil Lis Oubreto; Avignon-Roumanille, 1860. SA a ne de 35. « Quand les agrenas fleurissaient » — « Quand les blés mâûrissaient » — « Quand les feuilles tombaient » — « Au coin du feu ».
D'ailleurs à cette époque, — et toute sa vie peut-être, — ïl ne paraît pas très convaincu que le provençal ne soit pas une langue inférieure, langue du peuple, dont il faut se servir quand on est peuple et pour parler au peuple, langue qui convient à merveille à l'expression de certains sentiments populaires, joyeux ou touchants, au conte, à la fable, à une certaine élégie familiale, à la poésie religieuse et rustique, mais somme toute à de petites œuvres, à des Oubreto, comme il dira plus tard: même après Mirèio, en 1860, il mettra comme épigraphe à ces Oubreto ces deux vers bien humbles :
D'abord que Diéu, m'a fa bouscarlo Fuguen bouscarls, et rèu-piéu-piéu!... 36
Ce n’est qu'un gazouillement de fauvetie à son sens, cette poésie populaire, cela ne saurait se comparer au chant du rossighol lamartinien. La fauvette, comme il le dt lui-même;woulant imiter le rossignol, parut ridicule à tout le monde des oiseaux, dès lors elle se résigna à chanter comme une fauvette: l’allégorie est assez claire. Roumanille semble avouer qu'il a fait des vers provençaux, ne pouvant faire des vers français.
Des vers français, pourtant il a essayé d’en faire, il en fait encore en 1850, dans le style lamartinien le plus conventionnel; il semble n’abandonner què lentement sa première ambition. De là peut-être l'humilité de toute sa poésie; elle est simples parce qu'elle parle une langue, dont la simplicité est la seule raison; c’est là ce qui fait pour nous son vrai charme; il n’est pas sûr que pour Roumanille ce n’ait pas été d’abord une petite souffrance.
Autour de lui c'est un sentiment tout semblable; quand Reboul, en 1853, encourage les poètes provençaux à leur tâche,
36. « Puisque Dieu m'a fait fauvette » — Soyons fauvette, et rèu-pu-pièu ».