‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 113 sur 182 · Voir Lis Oubreto, éd. 1860, p · texte numérisé non relu

Voir Lis Oubreto, éd. 1860, p

38. V. Ludovic Legré : Th. Aubanel, p. 44, et 1° éd. de Li Margarideto (1847). Roumanille nous dit avoir eu l’ambition de traduire ses Margarideto en vers français et il en donne quelques vers dans les notes.

étalon.

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il semble leur accorder une protection un peu hautaine, il leur dit en de bien mauvais vers

La fleur sur un front virginal

Brille aussi bien que la sardoine; Amis, chantez en provençal, Car l’habit ne fait pas le moines.

Et loin d'en être humilié, Roumanille, en 1860, place cet encouragement en tête de la première édition de ses Oubreto. D'ailleurs à cette époque il ne croit pas plus à la survivance du provençal que les autres poètes du temps; il écrit en 1847 : « Le doux parler de Provence meurt, malgré les efforts que font, pour en retarder le trépas, tant d’intelligences d'élite... Le temps n’est pas éloigné où il ne restera plus de lui: qu’un faible écho des soupirs de son agonie... Pauvre langue morte, sur la tombe de laquelle nous poserons bientôt une humble couronne de Margarideto#... » Victor Gelu, lui-même, ne se montre pas plus franchement pessimiste.

Donc Roumanille semble faire des vers provençaux ne pou-

vant mieux faire et s’excusant presque de ne pouvoir mieux

faire, et s’il en fait, c’est de la façon la plus simple, et pour un public capable de les comprendre, sans traduction et sans glossaire. :

Comme il a l'humilité de sa langue et celle de son ambition, il a celle aussi de son inspiration. Il a, plus que tout, le sentiment du délicat et du juste, il pense qu’il ne faut pas forcer sa voix ni dépasser l'intelligence de ses lecteurs. C'est par ce sens de la mesure qu'il reste poète, poéta minor, mais poète tout de même, alors qu'il eût été sans nul doute, d'autre façon, un versificateur français de province, imitateur et prétentieux, un autre Reboul. à

En ce sens sa culture classique lui fut sans dou très précieuse.

39. Lis Oubrelo, p. v. . ho. V. Li Margarideto, 1e éd., 1847; note V, extrait d’un article de La Gazette du Bas-Languedoc (8 avril 1847) £

C'est évidemment chez lui un trait de caractère, que ce tact parfait, ce sentiment juste de ce qu'il doit faire, mais il se peut qu’il ait été renforcé‘ par l’éfude des modèles antiques. Si limitation des anciens n'apparaît pas chez lui de façon aussi constante que chez Crousillat, c’est peut-être qu'il les imite mieux, le$ ayant mieux assimilés, qu'il ne se contente pas de les traduire ou de les adapter, mais qu'il veut faire dans son petit domaine ce qu’ils ont fait dans le leur, plus vaste, seule forme féconde de l’imitation.

Au reste il semble qu'il ait plus imité les Grecs que les Latins : il connaissait certainement les uns et les autres, ses fonctions même nous l’indiquent, mais si nous trouvons chez lui quelques traces de la littérature antique, c’est plutôt à Esope, à Lucien, à Théocrite qu'il nous fait songer qu'à Virgile ou bien Horace. à $

Je n’en veux pour preuve que le petit poème très significatif, intitulé « Li Patricoularello ». C’est une adaptation assez réussie, des Syracusaines de Théocrite. Evidemment nous ne Sommes plus à Syracuse, le jour de la fête d’Adonis; à travers les commérages des femmes, ce n’est pas le luxe oriental du culte, la procession splendide que nous évoquons; c’est une simple foire de Provence... Marguerite a traversé la bousculade pour

. venir voir Nanon. Le décor évoqué est une cuisine populaire, on y boit un coup de clairette. Les Syracusaines sont des bourgeoises, ce sont ici des femmes du peuple; leurs doléances contre leurs maris s’étalent de façon plus vulgaire, leurs plaintes ont des sujets plus bas, mais c’est le même accent, c’est le même mouvement dans le dialogue, une verve toute semblable. L'adaptation est ici plus complète encore que chez Crousillat; il n’y a pas une allusion à l'antiquité; si l’on ne connaissait Théocrite, — et le public de Roumanille ne le connaît pas“, — on pourrait croire que tout en ce poème est de l’invention de l’auteur. Pour nous il est la preuve très précieuse que

4x. Dans la première édition de son recueil, le morceau est précédé de deux ‘vers de Théocrite en épigraphe que Roumanille supprime dans l'édition de 1860. ae À :

Roumanille à subi l'influence des Alexandrins, et nous ne saurions mieux le définir, je pense, dès cette date, que par ces deux mots : un Alexandrin catholique.

Qu'est-ce en somme que l’Alexandrinisme Sicilien, si ce n’est la plus savoureuse poésie réaliste? Elle reste, malgré sa vérité, très distinguée, parce qu'elle est maniée par des lettrés; en passant de Sile en Provence elle devient un peu moins artiste à cause des poètes qui la manient, et du public auquel elle s'adresse, mais on yÿ retrouve la même vérité, la même verve limitée par un sûr instinct de la mesure, par la même ironie voilée, un peu attendrie.

Cettg verve discrète est surtout sensible dans les fables et les contes en vers, qui annoncent ce que seront plus -tard les contes en prose; chose rare à cette époque en Provence, on n’y sent guère l'imitation de La Fontaine, même dans les sujets qui lui sont empruntés, comme La Fille, le Loup et l'Agneau#, Les Deux Pigeons#, Le Chêne et le Roseau“*, Le Savetier et le Financier,. C'est surtout la langue qui fait la différence; ce provençal s'adapte très bien, sans effort à l'innocence tremblante de l'agneau, comme à la brutalité du loup. Roumanille, n'a pas. cherché à copier le tour littéraire du fabuliste français; il a fait parler sa fille dédaigneuse comme une commère d'Avignon, son agneau comme un pauvre enfant du peuple, le loup comme un brutal coureur de routes, ses pigeons comme deux amoureux d’un village contadin, le savetier, comme tel « pegot » de sa connaissance, mais il n’a jamais entendu parler un chêne ni un roseau, et là il se contente de copier La Fontaine; excel- lent observateur, conteur malicieux, Roumanille n’est pas du tout un imaginatif, et par là il est encore dans la tradition grecque, toute réaliste. Quand il invente deux contes, c'est peu de chose, une histoire de contrebande“, une histoire de Martégal!7, — chose banale à cette époque en Provence, — dont le

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