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C'est à ce double sentiment familial et religieux, que certains petits poèmes des Margarideto doivent leur grandeur, tel le sonnet qui ouvre le recueil, le célèbre sonnet, où Roumanille évoque le mas paternel; tel encore le petit poème5, où il imagine, à limitation d’'Hégésippe Moreau, que, pendant l’agonie du Christ, une fauvette est venue, pour soutenir son courage, se poser et chanter sur l’arbre de la Croix, tel le sonnet de la Glaneuseÿl, juste évocation, en quelques vers, des travaux de la moisson, terminée par un conseil de charité, tels les vers à une pauvre fille tombée®, qu'il convie au repentir de Madeleine, ou ceux qu'il écrit en souvenir de son frère mort, ou l’élégie de la jeune fille qui meurt d'amour, en attendant le retour de son amoureux, où celle de la jeune malade, que les Anges viennent chercher pour l’escorter, comme une sœur, au Paradis,
-enfin deux appels à la charité des riches en faveur des pauvres
dont l'hiver désole l’humble abri sans feu%. Dans tous ces poèmes, d’un ton juste, sans déclamation, vibre un sentiment sincère, même si parfois le thème en est banal et littéraire; le cœur de Roumanille le renouvelle en y jetant un flot de tendresse. C'est par ce noble sentiment chrétien que vaut surtout la poésie de Roumanille.
C'est par là aussi qu’elle est profondément populaire." A cette époque le peuple de Provence est tout entier catholique; l'incrédulité révolutionnaire, qui a pu soulever la bourgeoisie, ne l'a même pas effleuré; il est resté tout à fait en dehors du scepticisme parisien, œuvre de philosophes, qui ne pouvait avoir chez lui aucun retentissement. C’est de ce peuple que Roumanille est le représentant poétique, de ce peuple campagnard, où si l’on a dans une famille deux fils on en envoie un au séminaire, de ce peuple qui travaille toute la semaine aux champs ou à l'établi, qui le dimanche met ses beaux habits pour la messe, et ne
5o. Lis Oubreto, éd. 1860, p. 17.
5r-1bid: p.25 :
B5-Ibidi, p.738: 6