‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 123 sur 182 · Quand devès fau paga · texte numérisé non relu

Quand devès fau paga

suivre le raisonnement que l’on fait devant eux, si l'on prend soin qu'ils n’en perdent le fil à aucun moment.

La question est celle-ci : le conseil municipal de 1849, préoccupé de remettre de l’ordre dans les finances de la ville, a élevé les droits d'octroi pour payer les dettes contractées par la municipalité précédente. D’où rumeurs populaires, réclamations, récriminations. Roumanille met en présence un conseiller municipal et.un bon Avignonnais, très monté contre le conseil. Le con-

sciller veut le convaincre. Voici comment il procède : « N’as-tu Jamais rien pris à crédit? — Oui. — Pourquoi as-tu crédit? — Parce que je paie ce que je dois. — Donc il faut payer ce que l’on doit (Quand devès, fau paga). — Naturellement. — Alors

supposons que ton père ait laissé des dettes. Dois-tu les payer?

— Oui, je les paierai. — Eh! bien, il en est de même de la ville.

Elle à des dettes, laissées par l’ancien conseil. Il faut les payer; pour les payer il faut de l'argent. Pour avoir de l'argent il faut augmenter les droits d'octroi... La démonstration est faite, notre homme est convaincu, l'opinion publique est éclairée.

Tout cela est rapide, d'une langue savoureuse, familière et forte, entrelardée de beaux proverbes, et qui, par son ton de bonhomie et de sincérité, emporte la conviction.

Le succès de tous ces petits dialogues fut grand. Roumanille en eut conscience et désireux de frapper un plus grand coup, il compose en 1850 et r185r, deux grands dialogues, dont le dernier a tout à fait l’ampleur et l'allure d’un dialogue platonicien, La Farigoulo et Li Capelan®!.

Il faut savoir qu'en Provence, dans ces années de trouble, la farigoule, c’est-à-dire, le thym, était l’emblême de la montagne; par-un jeu de mots facile à comprendre. On avait fait à ce sujet une chanson populaire, sur l'air de la Carmagnole, dont le refrain était celui-ci : î

Planten Ja farigoulo, Arapara; Fasen la farandoulo . Et. la Mountagno flourira!l®

g1. 8 août 1850 et 0 juin a 92. « Plantons la farigoule — Elle prendra — Faisons la farandole — Et Ja montagne fleurira ». Er

Et chaque démocrate cultivait soigneusement su1 sa fenêtre quelques plants de farigoule, en arborait quelques brins à son chapeau ou à sa boutonnière#, |

Le procédé de Roumanille est le même que dans Li Clube. J1 met en scène tout d'abord deux femmes, dont l’une est mariée à un rouge, enragé partisan de la farigoule. Il en a un pot sur sa fenêtre que sa femme doit arroser par ordre; elle l'arrose, mais avec de l’eau bouillante, pendant que son mari est en prison, arrêté comme suspect, à son grand contentement. On croirait entendre les femmes d’Aristophane se moquant de leurs maris : « Ton homme, dit-elle, à sa voisine, est un homme qui a du bon sens; il n’a pas planté l'arbre de la Liberté: il n’espère pas la Bonne, il ne s’est pas fait d’ennemis, personne ne le monte, personne ne le fait aller; il ne boit pas tout le jour; il ne t’assomme pas et ne te fait pas bouillir. Ton homme va à la messe de neuf heures tous les dimanche: il prend une chaise et ne lève pas son nez de ses Heures, il ne parle pas mal des” prètres, il semble le grand saint Joseph, il ne lui nanque que le brin de Iys! Il est posé comme l’eau de-notre puits, il n’est pas joie de rue et douleur de maison, il ne couche pas avec un laid bonnet rouge, dont on pourrait racler la crasse avec un couteau; il ne cherche pas querelle à sa femme, il ne gifle pas ses filles, il ne se peigne avec personne, ton homme, il se met à la paille de bonne heure, il est sur ses jambes dès que le coq chante. [l n’a jamais porté le drapeau des retraites aux flambeaux, il ne court pas, il ne bafre pas, il ne t'envoie pas des coups de poing, il ne s'est pas laissé pousser la barbe, il ne conserve pas comme une relique, dans le tiroir de sa garde-robe, un drapeau rouge sale, grand comme un drap de lit, et il ne le baise pas avant de se coucher et quand il sort de son lit... Je vous demande un peu s'il ne ferait pas mieux d’embrasser sa femme que son drapeau! » |

Le second tableau nous transporte dans une ferme : Jeloun, le montagnard, à sa sortie de prison, enragé toujours, mais l'oreille basse et cachant ses opinions, vient proposer ses servi- | ces à Maître Blàsi, marché conclu, il travaillera à la moisson. Cependant Maître Blàsi qui est un sage, à l'aide d’un petit doigt

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