‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 130 sur 182 · Ami de Gelu · texte numérisé non relu

Ami de Gelu

Surtout — ne se souciait-il point de se commettre avec tant de médiocres poètes, et d’ailleurs, nous l'avons vu, il n'avait aucune foi dans l’avenir de la poésie provençale,

J.-B. Gaut, — organisateur du Congrès, — et naturellement plus optimiste.

« Ge Congrès d'Arles, écrit-il®, fut une véritable réunion de famille. Ce premier rapprochement des poètes provençaux mit directement en contact des hommes dont les goûts et les études étaient les mêmes, mais qui ne se connaissaient jusqu’à ce jour que de réputation et par des rapports littéraires.

« Un grand nombre de compositions inédites, d’un mérite peu ordinaire, firent épanouir leurs gerbes de fleurs sur les rives ‘du Rhône. Le banquet, qui réunit, le soir, les poètes provençaux, resserra encore les liens d'amitié cordiale qui venaient de se former sous l'inspiration de la Muse méridionale. On se sépara à regret, enchantés les uns des autres, en promettant de se réunir de nouveau l’année suivante, et emportant un souvenir durable de l'hospitalité arlésienne. »

L'hospitalité arlésienne pourtant, nous en avons mesuré, avec Gelu, la cordialité; la poésie sacrifiée au Comice agricole, les poètes exclus de l'Hôtel-de-Ville demandant asile à l’archevêché, une salle humide et étroite à l'Hôtel du Forum. Mais qu'importait à ces enthousiastes? Ils avaient eu l’occasion de dire des vers, de se faire connaître, applaudir : un théâtre était enfin ouvert à la poésie provençale. Ce premier banquet à l'Hôtel du Forum, il était l'essai de ce que devait être plus tard le banquet annuel de la Sainte Estelle. De la publication des Prouvençalo, du Congrès d'Arles, date le mouvement collectif, qui devait s'appeler quelques années plus tard le Félibrige.

D'ailleurs il ne faut point se dissimuler que le clairvoyant Gelu, sur la plupart des points, dut avoir raison : les médiocres affluèrent certainement et jouèrent sans doute le premier rôle: nul ne dut deviner Mistral ce jour-là, pas plus qu'on ne le devina au Congrès d'Aix, l'année suivante. Les vieux poètes fixaient encore l'attention, on vénérait Pierre Bellot, c'était encore lui le grand

20, Roumavägi, Préface.

homme de l’époque, et si Gelu était admiré, c'était comme un terrible original, non pas comme un chef. Du reste aucun désir d'épuration littéraire, aucun souci d'orthographe ou de grammaire, tout au plus peut-on croire que l’étalage de tant de médiocrités incorrectes dût être pour beaucoup dans le désir qui exalta dès lors les jeunes gens d'Avignon de mettre un peu d'ordre en ce chaos versifié.

Ce Congrès d'Arles, somme toute, quels que fussent ses défauts, soulignés par la verve acerbe de Victor Gelu, il avait montré l’importance des forces méridionales et combien l'union pouvait leur être profitable?1. En sa ville, en son village, chaque rimeur désormais allait se sentir moins isolé, travailler avec une foi plus vive en une cause difficile, préparer sa verve en vue d’une future réunion. Cette réunion, tous la désiraient, tant pour fraterniser que pour avoir une occasion de se produire, Roumanille et ses amis d'Avignon, Jean-Baptiste Gaut d'Aix, vrais tempéraments de propagandistes, se mirent à l’organiser pour l’année suivante, mais pour n'avoir pas l’air d’accaparer le mouvement au profit de la seule Provence rhodanienne, pour donner satisfaction à tous les Troubaires, on choisit d'un commun accord l'ancienne capitale-de la Provence pour le futur Roumavàgi.

« Le Roumavägi des Troubaïres, proclamait J.-B. Gaut, est la fête annuelle des poètes provençaux; il représente, pour les amis de la langue romano-provençale, les Cours d'Amour du Moyen âge et les Jeux Floraux établis par Clémence Isaure à Toulouse2?. »

La convocation #%, lancée d'Aix le 26 juin 1853, invitait tous les poètes qui maniaient alors le provençal à se réunir, le diman-

21. L'illustralion du 18 septembre 1852 avait publié les portraits des principaux membres du Congrès, dûs au crayon de Laurens de Carpentras.

22. Notons encore dans ces expressions l'influence du mouvement savant.

23. Voici le texte provençal, avec l'orthographe du temps: « Voudriam acampar, dins aquelo festo, leis Poètos esparpaillats que trobount et cantount dins la lenguo roumano-prouvençalo, per que leis ingiens et leis paroulits de chaque endrech venguessount l’y ramajar ensèn... Aven escrich sur la bandiero dou Roumavägi : Liberta per cadun de l'y parlar, coumo li. plait, car saben qu’en chaque aucèu soun nis es bèu et noucstre langagi, coumo aquèu deis aucelouns ct dcis gregous, a de ramagis de touto marqo ».

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