‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 135 sur 182 · La Farandoulo, p · texte numérisé non relu

La Farandoulo, p

pd. CNP ER

peut rêver d'amour“, et surtout. Aubanel en a chanté les jours brûlants et les nuits parfumées, Aubanel, qui mêle en son cœur le souvenir de Font-Ségugne à celui de Zani, puisque c’est là que pour la première fois il aperçut Jenny Manivet avec sa robe couleur grenat. De toutes les pages de la Miugrano s'élève ce chant passionné, où nous voyons le sourire mélancolique de la jeune fille encadré dans le beau paysage qui le complète et le précises.

Oui, ce furent sans doute des jours délicieux pour éeux qui les vécurent. Plus de trente ans après Mistral s’écriait6

« Oh! la fine jeunesse, la charmante jeunesse que nous avons

- passée ensemble, quelques amis que nous étions! Nous avions

vingt ans... Nous nous étions rencontrés un petit cercle de poè-

les, tous enfants du peuple, tous passionnés dans une inspira-

tion commune pour le-relèvement de notre langue populaire, et tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, nous nous réunissions le dimanche. et en avant de chanter et de dire des vers et de nous attirer vers l'idéal les uns les autres. »

Jours délicieux sans doute, mais qui devaient être tout aussi féconds.. Ce qui n'eût été peut-être qu’une réunion de bons amis à la campagne, l'été, parce qu'il y avait parmi ces amis

un Roumanille et un Mistral, cela devait devenir une véritable

conjuration pour la résurrection d'une langue et d’une littérature.

Et c’est ainsi que « lé 21 mai 1854, sept jeunes poètes, MM. Théodore Aubanel, Jean Brunet?7, Anselme Mathieu, Fré-

Amour e plour. Préface, p. x1v.” . Voir, particulièrement, pp. 164 et 9r.

Discours de réception à l’Académie de Marseille, 1887. . On avait cru assez longtemps que les Félibres avaient substitué le nom de on Brunet à celui d'Eugène Garein, à cause du livre Les Français du Nord et du Midi (Paris, Didier, 1868) où Caro accusait les Félibres de séparatisme. Le fait que Garcin est nommé dans l’invocation du Chant VI de Mirèio ne prouve pas qu'il ait été à Font-Ségugne, car Mistral y cite également Crousillat et Adolphe Dumas. D'ailleurs, la lumière a:été faite définitivement sur ce point par L’Aioli (27 février et 17 mars 1896). Voir, à ce sujet, Gaston Jourdanne : Histoire du Félibrige, p. 200.

Jean Brunet (1823-1894), vitrier et peintre d'Avignon, a signé quelques poëmes Lou Felibre de l’Arc-de-sedo (Le Félibre de l’Arc-en-ciel) dans les premières années de l’Armana. Il avait ramassé 14.000 proverbes; il en fit parai-

a D OX &

h46 L'ÉCOLE D'AVIGNON Ë,

déric Mistral, Joseph Roumanille, Alphonse Tavan et Paul Giéra, amphytrion, se réunirent au castel de Font-Ségugne... pour concerter dans un banquet d’amis la restauration de la littérature provençaleë. » j

Ces amis, Mistral les salua dans l’invocation qu'il plaça en tête du sixième chant de Mirèio. Nous tâcherons tout à l'heure de crayonner brièvement leurs figures. Pour l'instant voyons leurs moyens d'action.

Leurs moyens d'action, ce fut d’abord la constitution d’une société amicale de propagande provençale; mais il fallait lui trouver un nom. Celui de Troubadours avait quelque chose de désuet et d'archaïque qui ne convenait point à ces jeunes enthousiastes, celui de troubaires avait les mêmes inconvénients et plus encore, car il avait été déjà employé et déconsidéré somme toute par tous les rimeurs patoisants, et surtout par les Marseillais. Mistral proposa celui de Félibre qui devait avoir une si. belle fortune. :

Ce mot de Félibre pourtant, mystérieux au point qu'il était incompréhensible, d'où venait-il?... « On le trouva, dit Mistral, dans une poésie légendaire que M. Mistral avait recueilli à Maillane, poésie qui se récite encore en guise de prière dans certaines familles du peuple. »

C'est la Vierge qui parle à Jésus dans ce naïf cantique, énumérant ses douleurs, et elle dit entré autres choses

La quatrièmo doulour qu’ai souferto pèr vous, O moun fiéu tant precious, Es quand vous perdeguère, Que de très jour, très niue, iéu noun vous-rencountrère Que dins lou temple erias, Que vous disputavias Emé li tiroun de la lèi, Emé li set Felibre de la lèi...10

LA

tre un extrait; Etudes de mœurs provençales par les proverbes et dictons; Montpellier, Hamelin, 1884. Bachiquello et prouverbi sus la Luno; Avignon, Aubanel, 1876. V. Jules Cassini, « Eloge de Brunet », Revue Lou Felibrige, 1895.

Page 1