Armana de 1855, p
C'est dire que l’on avait soigneusement écarté tous les patoisants qui avaient encombré les Roumavägi, et que somme toute la liste des premiers collaborateurs se réduisait aux Sept de Font- Ségugne, en y ajoutant peu après Crousillat, J.-B. Gaut, Adolphe Dumas, Denis Cassan, le docteur F. Poussel et quelques autres. Quant aux vieux rimeurs dont nous venons de parler, Mistral essayait de les rappeler à l’ordre sans aigreur. Il reprochait à l’Aixois Marius Décard ses gallicismes et son orthographe, il reprochait au Beaucairois Pierre Bonnet, de parler de « son pauvre patois ».
« Et d’abord, brave maître Bonnet, vous me laisserez faire une petite observation, pauvre mauvais disciple que je suis. En disant pauvre patois, vous devez vouloir parler sûrement de toute autre chose que de la langue provençale. Vous devez vouloir parler de ce jargon bâtard, entrelardé de barbarismes et de francihot, employé par Coye dans son Novi para et depuis par tant d’autres malheureusement. Mais si c'est le provençal que vous voulez dire, je proteste sur la pointe de mes ergots, car notre langue d’oc est peut-être la plus riche de toutes les langues?#. »
La tenue littéraire de l’'Armana est donc excellente; ce n’est pas à dire d’ailleurs que toute facétie en soit écartée. Roumanille, joyeux conteur, n’en est pas l'ennemi, et d’ailleurs il sait bien que la plaisanterie est nécessaire en une telle publication, du moment que l’on veut s'adresser au peuple, et les histoires drôles ne manquent point, signées, à partir de 1860 par lou Cascarelet, pseudonyme qui dissimule les divers collaborateurs, surtout Roumanille et Mistral. Ces histoires d’ailleurs n’ont rien de grossier; ce n’est point ici le réalisme sale des Marseillais, il ne s’agit ni de purges ni de crottins; c'est plutôt une malice paysanne, très aiguisée, rapide et vive, et souvent l’histoire plaisante cache une moralité profitable.
Avec cela des vers, beaucoup de vers. Ce sont des poètes qui rédigent l’Armana, et d’ailleurs ils n’ont point tort, le peuple bien souvent préfère les vers à la prose. N'est-ce pas là l’expres-