‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 145 sur 182 · La Farandoulo. Préface · texte numérisé non relu

La Farandoulo. Préface

sur l'oreille, l’air un peu vieillot, avec un bout de cigare éteint dans la bouche, et les mains dans les poches de sa veste ronde, sans plus de façon que s’il eût été des nôtres.

« Eh! bien, dit-il, que faisons-nous? Voulez-vous que j'essaie

un peu, moi, les trois sauts? »

« Et aussitôt pas plus gêné que cela; il prend son élan, et léger

-comme un chat, il dépasse de trois pas peut-être la marque du

plus fort qui venait de sauter. Tous nous applaudiîmes et lui dîmes :

« Collègue, d’où sors-tu comme cela? »

« — Je sors, dit-il, de Château-Neuf, où il y a du si bon vin! Vous n’en avez jamais entendu parler, de Château-Neuf-des-

Papes? « — Oui, et comment t'appelles-tu?

« — Moi! Anselme Mathieul... »

« C’est ainsi que je ‘fis connaissance avec Mathieu, l’aimable auteur de « La Farandoulo », au pensionnat Dupuyë. »

C'était un élève bizarre que cet Anselme Mathieu. Nous ne savons pas comment il s’arrangeait, dit encore Mistral, mais nous ne le voyons qu’à l'heure des repas ou des récréations. Sous prétexte qu'il était en retard dans ses études, il s'était fait donner une chambre sous les toits, pour travailler plus librement. Ce travail consistait à rêver, fumer, faire des vers, regarder passer les gens dans la rue ou les passereaux apportant la becquée à leurs petits. Bref c'était le héros du pensionnat Dupuy, d'autant plus qu'il taquinait la chambrière, faisait les yeux doux à la fille du patron, et se vantait de posséder des quartiers de noblesse.

« Mes aïeux étaient marquis, disait-il d’une voix grave, marquis de Mont-Redon. A la Révolution, mon grand-père avait quitté son titre; et après, se trouvant ruiné, il ne voulut plus le reprendre, parce qu'il ne pouvait plus le porter convenablement. »

Dès ses seizé ans, c'était un grand coureur de filles, où du moins s'en vantait-il: il contait fleurette, en s’échappant par les

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