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26. V. Roumanille, Oubreto : il y raconte qu'il dût son exemption de la conscription à M. de Sigoyer, sous-préfet d'Arles,
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des rires et des baisers, sur la grande route ou le long des petits sentiers.
Vaqui l’ouro que la jouinesso Cacalejo sus lou coutau, | L'ouro qu’un riro, uno caresso À l’auriho de la mestresso Adus mai lou même prépau...
Vaqui l’ouro qu'uno man sarro Emé bonur uno autro man;
Qu'un mot d'amour chanjo la caro, E que lis iue dison encaro
Ce que la bouco a dit bèn plan.
Vaqui l’ouro que la chatouno,
Qu’a dit cènt fes que voulié pa,
Se laisso prendre uno poutouno.….
Que se facho, — que... pièi pèrdouno, À soun galant que j'a rauba.
Mai iéu, soulet sout la génesto, Vese aquèu rire coume un dôu; Ploure i darrié rai d’uno festo, E la malancounié me resto,
Car deman quite Castèu-Noul...28
C'est là tout Tavan, la grâce un peu mignarde des amours de village, en face la grande douleur de la vie pauvre et soumise à toute la servitude sociale, cet accent-là, nul des autres
28. « Voici l’heure où la jeunesse — Bavarde sur -le coteau — L'heure où un rire, une caresse — À l'oreille de la maîtresse — Porte encore le même propos. À
« Voici l'heure où une main serre — Avec bonheur une autre main -— Où un mot d'amour change le visage — Où les yeux disent encore — Ce que la bouche a dit tout bas.
« Voici l'heure où la jeune fille — Qui a dit cent fois qu'elle ne voulait pas
. — Se laisse prendre un baiser — Se fâche... — Et puis po — À son at qui le lui a dérobé.
« Mais moi, tout seul, sous les genêts — Je vois ces rires comme un deuil — Je pleure aux derniers rayons d’une fête — Et la mélancolie me reste —
Car demain je quitte Château-Neuf! » ne, : 2
Félibres, petits bourgeois assez aisés, ne pouvait le donner à la poésie provençale.
Et ce sont les adieux à Marieto, la petite aux jolis frisons, aux cheveux blonds, si rares parmi les brunes filles de Provence, les adieux au vallon de Font-Ségugne, où l'on chantait en provençal, au soleil qui dore Camp-Cabèu, à tous. les champs, à tous les arbres, aux camarades qui feront la farandole, dans deux où trois semaines, ce printemps, le jour de saint Marc, alors qu'il sera, lui, sur la mer, en route pour la Crimée.
Pour peindre cette grande douleur, il trouve des accents simples, émouvants par cette simplicité, la veille du départ il dit à ses amis
Tenès vosto soupir, sounjas qu’ai uno maire; Deman, alor deman, coume me faudra faire, Se déjà coumènçan!?
£ RS D Et quand il va se trouver devant sa mère De courage, moun cor! ma maire vai veni, À tant ploura, pecaire, aquelo pauro femol Que nous trovo seren au moumen déu despart!
Nosti larmo rendrien soun segren mai amar... 30
Puis ce sont les chants du soldat exilé, du « Félibre de l’armée », comme il signe dès lors dans l’Armana, du soldat, qui a eu dans son malheur la bonne fortune encore de ne pas aller jusqu’en Crimée, mais d’être dirigé sur Rome, avec la garnison française pour y garder le pape. C’est une grande terre de poésie, mais le pauvre Tavan paraît incapable de le sentir; pour lui c’est le pays d’exil; comme le gentilhomme angevin du seizième siècle qui écrivit Les Regreis, ce paysan est plus sensible aux charmes du pays natal qu'aux splendéurs de la ville éternelle, et comme du Bellay il aspire à revoir fumer la che-
29. « Retenez vos soupirs, songez que j'ai une mère — Demain, alors, demain, comment faudra-t-il faire — Si nous commençons déjà! »
30. « Du courage, mon cœur! Ma mère va venir — Elle a tant pleuré,s la pauvre !... — Cette pauvre femme! — Qu'elle nous trouve serein au moment du départ — Nos larmes rendraient son chagrin plus amer | »
LES TEMPÉRAMENTS ; AS1x
minée de son petit village. Seulement comme ce n'est point un artiste de la Renaissance, sa mélancolie ne s'exprime point en des sonnets parfaits, mais en de simples vers, où reviennent sans cesse les noms de son pays, de sa mère, de ses amis, de la petite Mariette.
Or la petite Mariette a oublié son poète; quand deux ans après pour la Noël, le pauvre soldat revient en congé à Ghâteau-Neuf, il a la douleur d'apprendre qu’elle se marie. Alors dans cette âme claire et pure, ce ne sont point des cris de rage, mais une grande mélancolie, une grande bonté, des vœux de bonheur pour la cruelle enfant qui n’a pas été fidèle; on dirait un Suily- Prud’homme populaire
Se toun cor chanjo e se toun amo éublido, léu m'en souvène, e moun vers gardara
Un noum beni tout-de-long de ma vido, Un cant d'amour que sèmpre redira;
Que lou destin embelique ta vido!
Que lou destin te chausigue un bèu sort!
Que low destin, o ma touto poulido,
Fiéle ti jour emé la sedo e lors
Du moins il ne repartira plus pour Rome, il ne sera plus sol dat. Mais c’est la maladie qui le délivre : il est revenu de l'agro, grelottant des fièvres paludéennes, grâce à la protection de Giéra, et surtout de M" Joséphine®, on le réforme, il espère le bonheur retrouvé à Château-Neuf. Hélas! cette maladie qui le délivre d’une servitude va le soumettre à un autre esclavage, et pour toute sa vie. Il n’est plus assez fort pour le rude travail des champs, il va devenir employé des chemins de fer, et, après un début à Rognac, où il se marie, on l'envoie à Marseille,
31. « Si ton cœur change et si ton âme oublie — Moi, je me souviens, et mon vers gardera — Un nom béni tout le long de ma vie — Un chant d'amour qui toujours redira : « Que le destin embellisse ta vie Que le destin te choi-.
sisse un beau sort! — Que le destin, ô ma toute jolie — File tes jours avec la soie et l’orl » Cf. Sully Prud'homme : La Vie Intérieure. 32. V: p. 156.