È III
Théodore Aubanel.
Si pour le joindre au groupe amical de Font-Ségugne, je veux évoquer ici la figure d’Aubanel, ce sera de même son profil de la trentième année que je m'appliquerai à crayonner dans ces quelques pages. D’autres ont dit suffisamment les contrastes de sa riche nature, à la fois païenne et chrétienne, d’autres ont noté l'accent voluptueux et mystique de cette poésie, qui s’épanouit surtout dans Li fiho d’Avignoun; ce que je veux évoquer ici c'est simplement le jeune poète de la Miéugrano®.
Il est déjà lui-même dès cette date, mais il n’est pas entièrement lui-même. Cette inspiration païenne, cet accent brûlant, cette hantise de la chair, dont la vigoureuse expression émeut le cœur des poètes, mais qui devait scandaliser le public pieux d'Avignon, cela ne s'était point révélé encore dans la poésie d'Aubanel. Malgré l’indignation affectée alors par quelques bigots# il n’y a rien en somme dans la Midugrano qu’un lecteur
catholique ait dû lire avec horreur, rien qui ait scandalisé Rou-
manille, vite effarouché pourtant“. Cette Miôugrano Aubanel
hr. .… E tu, lou paure trenquejaire, Tavan umble cansounéjaire Emé li grihet brun qu'espinchon toun magau!
Mirèio, chant VI. « Et toi le pauvre paysan, — Tavan qui mèêles ton humble chanson — À celles des grillons bruns qui examinent ton hoyau. »
42. NV. Aubanel : La Miôugrano entreduberto; Avignon-Roumanille, 1860. F. Mistral : Préface à la Miôugrano et Discours de réception à l’Académie de Marseille, 13 février 1887. L. Legré : Le Poète Théodore Aubanel; Paris, 1894. Nicolas Welter : Théodore Aubanel, traduit par F. Charpin et J.-J. Waldner. Marseille, 1904. re -