‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 153 sur 182 · V. Welter, p · texte numérisé non relu

V. Welter, p

kh. « La Miôugrano, écrivait plus tard Roumanille, incomparable bercail qu'a déserté notre poète. » (Lettre à Marie-Jeanne, R. Félibr., XII, 9:12, 1896.)

plus tard la dédaignera presque, tout entier à l’enivrement de ses nouvelles créations. Pour l'instant c’est la grande affaire de sa vie.

Cette vie jusque-là avait été toute simple. Né dans une vieille famille pieuse (les Aubanel avaient le titre d’imprimeurs de Sa Sainteté), Aubanel respire dans la maison paternelle le catholicisme et la tradition. Il se peut que la famille Seyssaud, dont sa mère était issue, prétendit descendre d’un capitaine grec, fixé à Monteux après une vie d’aventures, et dont le poète a évoqué plus tard le souvenir; ce capitaine grec, à la date où nous,sommes, grand pourfendeur de Turcs et ravisseur de Sarrazines, dort paisiblement dans le passé sans troubler les rêves d’Aubanel. Aubanel n’est point du tout Seyssaud à cette époque, il est Aubanel, tout simplement, le fils très-catholique des -imprimeurs du Saint-Père.

L'enfance la plus unie, l'éducation dans la maison paternelle,

l'instruction reçue chez les Frères Gris, aux environs d'Aix, ce pensionnat où le jeune Victor Gelu, on-s’en souvient, conimença ses-études, les vacances à Monteux, puis le travail nécessaire à

la direction de l’imprimerie, travail qui laisse bien des loisirs, .

ne cherchons point là d'événements extraordinaires. Aubanel eut lPenfance et la jeunesse de ses compatriotes; il fut Aubanel, parce qu'il était lui, comme eût dit Montaigne.

Toutefois qu'il ait été poète provençal et non français, cela peut s'expliquer par ses amitiés, et-cela ne semblait point tout d'abord s'imposer à lui. Roumanille, Mistral, Mathieu, Tavan, sont fils de paysans ou de propriétaires campagnards, mais les bourgeois d'Avignon vers 1850, s'ils employaient le provençal avec les gens du peuplé ou leurs serviteurs, parlaient couram-

ment entre eux le français; à peine si parfois quelque vieil ori-

ginal, comme dans la famille Aubanel un oncle chanoine, s’obstinait à parler le vieux langage.

Est-ce à dire, comme l’a fait un peu vite Daudet, que, somme toute, Aubanel faisait des vers provençaux, comme il eût fait des

vers latins“? C’est aller trop loin; car faire des vers latins, c'est

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