V. plus haut, 1° partie, ch. n
d'un poème provençal en douze chants), que je suis en train d'affiner.
Oh! ces bons Provençaux! Vous voilà bien toujours les mêmes, obstinés à garder votre langue en haillons, comme les ânes qui-s'entêtent à longer le bord des rôutes pour, y brouter quelque chardon. C'est en français, mon cher ami, c’est dans la langue de Paris que nous devons aujourd’hui, si nous voulons être entendus, chanter notre Provence, écoutez ceci. »
Et Dumas cite à Mistral quelques pauvres vers de sa composition, Mistral à son tour lit quelques passages de son poème; Dumas est conquis.
« Ah! si vous parlez comme cela, dit-il, je vous tire mon chapeau. » * L
Et Dumas fut si bien conquis que deux ans après, le poème achevé, il se chargéait de < RER l'œuvre et son auteur à Lamartine. .
« Au soleil couchant, dit le grand poète, dans un petit jardin grand comme le mouchoir de Mireille, je vis entrer Adolphe Dumas, suivi d’un beau et modeste jeune homme, vêtu avec une sobre élégance, comme l’amant de Laure, quand il brossait sa tunique noire et qu'il peignait sa lisse hichre dans les rues d'Avignon. C'était Frédéric Mistral, le jeune poète villageois, destiné à devenir, comme Burns, le laboureur écossais, l'Homère de la Provence. » : Se RUE
Dumas ne se contentait point de mettre Mistral en rapports avec Lamartine; il écrivait dans la Gazette de France (26 août 1858) ;
« Je veux être le premier qui aura découvert ce qu'on peut appeler dès aujourd'hui le Virgile de la Provence, le pâtre de Mantoue, arrivant à Rome, avec des chants dignes de Gallus et de Scipion. On a souvent demandé pour notre beau pays du Midi deux fois romain, romain-latin et romain- -catholique, le poème de sa langue éternelle, de ses croyances saintes et de ses mœurs pures. J'ai le poème dans les mains, il est signé Frédéric Mistral, du village de Maillane, et je le contresigne de ma parole d’honneur que je n'ai jamais engagée à faux. »