‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 161 sur 182 · LA CT EE · texte numérisé non relu

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Ge fut là le plus beau moment d'Adolphe Dumas, la fin de sa vie fut tourmentée par une bronchite tenace, qui devait l’emporter jeune encore; il alla dans un hameau de pêcheurs, près de Dieppe, pour respirer l'air de la mer, et c’est là qu’il mourut, le 15 août 1861. Son frère Charles le fit ensevelir à Rouen où il habitait; ainsi fut déçu le vœu que le poète exprimait à la fin de Provence, le vœu qu’un ami pieux rapportât quelque jour ses cendres dans le « vallon de Saint-Remy ».

On voit que Dumas n'eut sans doute pas une grande influence sur l'œuvre félibréenne, qui était commencée avant lui et qu'il ignorait avant! 1856, mais qu'à tout le moins eut-il le grand mérite de la comprendre, si mal préparé qu'il y fut.

Et même il la comprend si bien que ses poésies provençales sont loin d'être dépourvues de valeur.-Elles ne sont point très nombreuses, parce que Dumas ne cultiva guère la poésie provençale que-pendant quatre ans, mais elles ont une perfection littéraire, qu'il est rare de trouver dans les œuvres félibréennes, à part celles de Mistral, d’Aubanel ou de Roumanille. On sent, que Dumas a été formé à l'école de la poésie française, qu'il sait toutes les ressources du vers classique et romantique. Comme tel il est d’un excellent exemple technique aux jeunes gens d’Avi- -gnon. es

Il y a dans ses vers une certaine grâce mélancolique; Les regrets de son pays, qu'il avait exprimés déjà dans ses vers français, prennent en provençal un accent particulièrement touchant; il y a aussi un grand sentiment de foi catholique, d’une foi, qui est, aussi bien qu'une croyance, une tradition de famille, et à laquelle on a de la sorte une raison double de rester attaché; en même temps le sentiment de l'antiquité grecque, qui n'est pas en contradiction, mais bien plutôt en harmonie avec cette foi chrétienne, la culture antique s’unissant dans une âme méridionale à la tradition catholique sans aucune difficulté; de même que Mistral se proclame « l’humble écolier du grand Homère », Dumas appelle Homère « le Provençal de l'Asie »; et converti

.69. « Ei lou Prouvençau de l’Asios.. » Oumèro, v. Un liame de rasin.

5oo L'ÉCOLE D'AVIGNON

par Mistral, il a maintenant le vrai sentiment de la poésie populaire :

Dins lou pople ï’a rèn de bas, Ni cant ni festo, ni riboto…..

Despièi-li pan de l’Evangilo, Lou paure manjo ce que j'a, Lou la de cabro e lou caiat, E li castagno de Virgilo.

Aco’s per tu, bon Roumaniho,'

E, bon Mistrau, acd’s per tu,

E lou pople emé si vertu a Vous pagara voste engenio... 7

Enfin pourrions-nous oublier la strophe d'Adolphe Dumas que Mistral a rendue célèbre en l’inscrivant comme épigraphè à la première page de son Calendau : si

Li vagoun, dins de canestello Carrejon tout e lèu, lèu, lèu, Mai Carrejon pas lou soulèu, ù Mai carrejon pas lis estello...71

En somme Dumas n’aurait-il eu aucune sorte de valeur poétique, ce serait déjà pour lui une jolie gloire que d’avoir le premier révélé Mirèio à Lamartine, à tout le public lettré et que d’avoir fourni à Calendau une épigraphe très significative. :

Mais pour mériter un tel destin, il fallait être un poète, un vrai poète; Adolphe Dumas était ce vrai poète: malheureusement

70. © Dans le peuple il n°y a rien de bas — Ni chant, ni fêtes, ni ribote — Depuis les pains de l'Evangile — Le pauvre mange ce qu’il y a — Le lait de : chèvre et le caillet — Et les châtaignes de Virgile — Cela est pour toi, bon

Roumanille, et, bon Mistral, c'est pour toi — Et le peuple avec ses vertus — Vous payera votre génie. » | x La , 71: « Les wagons dans les corbeïlles —— Charrient tout et vite, vite, — Mais ils ne charrient pas le soleil — Mais ils ne eharrient pas les étoiles. » |

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M nr ben AA LES TEMPÉRAMENTS v. ee DOT |

‘pour lui et pour nous il fut égaré par le romantisme, qui le jeta vers le drame historique et le poème philosophique, lui qui pouvait et devait aborder seulement l’élégie et la géorgique, il fut trahi par le langage français, qui ne pouvait à cette date fournir un vocabulaire suffisant aux sentiments rustiques et méridionaux qui débordaient de son n grand cœur.

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