‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 165 sur 182 · Mémoires, p · texte numérisé non relu

Mémoires, p

A lire les pages où Mistral décrit cette solitude embaumée et mystique on comprend mieux le mysticisme lumineux de Mirèio. :« O arome! s'écrie-t-il, à clartési à délices! Ô mirage! Ô paix

de la nature douce! Quels espaces de bonheur vous avez ouverts

sur ma vie d'enfant. »

L'année suivante Mistral, après avoir lu une description de la Chartreuse de Valbone, s'échappe de son pensionnat d'Avignon avec l'intention d'aller frapper à la porte de la Chartreuse.

Car la pension Donnat avait croulé bien vite, Mistral n'y était resté que deux ans; alors on avait dû mettre l'enfant dans un pensionnat d'Avignon, que tenait M. Millet.

Cette fois c'était la ville et c'était la prison. Avignon était alors

une ville triste, encore déchirée par les passions politiques; rue Pétremale le vieux pensionnat avait un aspect presque miséra-

ble; on n'y mangeait que des carottes; et M. Millet était un

gros homme rude et crasseux. Pourtant, natif de Caderousse, il admirait l'abbé Favre et son poème et se laissait aller à de citations de son auteur favori; c'était là de quoi satisfaire le petit

Frédéric, qui d’ailleurs faisait en même temps connaissance avec

Virgile. Au fait l'atmosphère d'Avignon était tout imprégnée de poésie; tout à côté du pensionnat Millet se trouvait la chapelle Sainte-Claire où le 6 avril de l'an 1327 Pétrarque aperçut Laure pour la première fois.

La bonne chance de Mistral voulut mieux encore; après sa première communion on le mit chez M. Dupuy qui tenait un autre pensionnat, au quartier du Pont-Troué, et de là on le menait suivre avec ses camarades les cours du lycée d'Avignon. C’est chez M. Dupuy qu'arrivait de Nyons, à cette date, le jeune Joseph Roumanille, en qualité de professeur. Nous avons raconté®5 comment un dimanche, à vêpres dans l’église des Carmes, Roumanille saisit un papier que crayonnait en cachette le jcune écolier, traduction provençale des psaumes de la pénitence: on devine la joie du Maître et de l'élève, devenus dès lors deux amis, qui devaient bientôt se jurer de travailler ensemble à la grande œuvre qui les appelait; nous avons dit comment chez

LM

15. V. plus haut, IV* partie, ch. n, et Mistral, Mémoires, p. 115.

Pad nt ue, ML. sen.)

M. Dupuy arriva peu après de Château-Neuf un gamin de seize ans, Anselme Mathieu, qui devait prendre place parmi les Sept de Font-Ségugne.

En dépit de ce goût précoce pour la poésie provençale, Frédéric

Mistral ne fut pas un écolier révolté, résistant farouchement,

comme on l’a dit trop souvent, à la culture universitaire. Ce fut un bon élève qui remportait de très honorables succès. Luimême s'en est vanté; il a évoqué sa mère à la distribution des prix du lycée d'Avignon recueillant dans son tablier le trophée glorieux de ses couronnes. Les palmarèst6 confirment ces renseignements; il n’est point d'année où Mistral n'ait remporté prix ou accessits. Toutefois il est curieux de noter qu'il réussit mieux dans l'étude des langues anciennes que dans celles du français; il trionfphe spécialement en vers latins.

Le 18 août 1847 il est bachelier; écoutons son cri de joie; il écrit à Roumanillef? :

« Je suis content... Je vais travailler la terre », et il signe « Votre naïf F. Mistral. » |

Cri du petit paysan, qui a souffert dans les écoles, quel que soit son goût pour les choses de l'intelligence et qui d’abord, se

16. En 3m°, Mistral remporte le 1° accessit de thème latin et de vers latins; le 2° accessit de thème grec; le 3° de v. latine et de Récitation: le 22 prix de v. grecque. En seconde, le 1’prix de v. latine; le 1% accessit de th. latin; en rhétorique, le 1° accessit d'excellence, le 1° accessit de Discours latin, le 2° prix de v. latine et de vers latins. En philosophie, le 2° prix d'excellence, dissertation française et latine; le 2° accessit de physique et chimie.

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