Voici le texte de la lettre
HER See & « Hôtel Petit-Saint-Jean, Nismes, 18 août 1847.
-« Chantons Alleluia, Monsieur Roumanille, avec les volées des cloches nimoi-
. ses..-Je suis reçu bachelier. Adieu algèbre, mathématiques, Moyen âge; adieu
pour la dernière fois. Oh! si vous voyez comme je suis content !
« J'ai fait tout le tour de Nismes de la joie; c’est, ma foi, une belle ville que Nismes. Avignon n’est rien en comparaison. C'est égal, on n’a pas tort de dire que le bon Dieu est un brave homme. Oh! oh! oh! je suis reçu! Que je suis content! Je vais travailler la terre! Voyez-vous, je suis trop content, je ne puis pas vous écrire davantage; pardon.
« Je pars demain ou après-demain !
« Bonsoir, votre naïf F. Mistral, »
(Lettre communiquée par M. J.-Ch: Roux.) :
Voir, dans les Mémoires, le chapitre où Mistral raconte son voyage à Nîmes
pour son baccalauréat, p. 130.
sentant libre, songe à retourner aux champs. Néanmoins s’il y retourne, c'est muni de cette culture classique qui disciplinera son génie. Ce génie ne fut point étouffé par cette culture; il l'assimila, il en tira, nous le verrons, le meilleur profit. Pour l'instant constatons que Mistral est un lettré, comme Aubanel, Crousillat, Roumanille, Anselme Mathieu lui-même malgré son incorrigible paresse.
Cet Anselme, Mistral devait le retrouver à Aix, nous l'avons dit, prenant sa licence d'amour, non point sa licence en droit. Car, après une année passée à Maillane à faire peu de chose, et Surtout de la politique (c'était l'hiver de 1848), Frédéric fut envoyé à Aix par son père, un peu inquiet de le voir errer de la sorte, inoccupé. ;
Au fait ce séjour ne pouvait être désagréable au jeune homme et ne devait point nuire à sa vocation. L'étude du droit romain” était alors la forte base des études Juridiques; ce n'était point, je pense, pour déplaire au lauréat en version latine du lycée d'Avignon. D'ailleurs les loisirs étaient larges, et Mistral savait en user. - : 4
La ville d'Aix avec ses grands platanes, avec ses vieux hôtels, ses fontaines mélancoliques, ses églises dorées par le soleil, entretenait le jeune poète de Maillane d’un passé charmant et glorieux. Sous les platanes du Cours Mirabeau il pouvait évoquer le souvenir du grand orateur qui parlait en 1789 des droits de la nation provençale; au bout de cette noble promenade, rendez-vous habituel des Aixois, s'élevait la statue du roi René, dernier roi de Provence, protecteur des artistes et des poètes. L'Eglise Saint-Jean-de-Malte, d’un gothique charmant, éveillait dans la mémoire les souvenirs du Moyen âge mystique et guerrier;, dans la cathédrale de Saint-Sauveur, Frédéric entendait le jour des Rois jouer la marche célèbre si populaire dans toute la Provence et toutes sortes de Noëls provençaux; dans la vieille bibliothèque léguée à la ville par le Marquis de Méjanes il lisait avec attention l’histoire et les œuvres des Troubadours1?, il étu-