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é LA JEUNESSE DE MISTRAL. — MIRÈIO 519
diait les origines et la grammaire des dialectes du Midi. Il appre-
nait avec joie que le docteur d’Astros faisait des vers provençaux, que le comte Portalis en avait fait, que le bibliothécaire Diouloufet avait composé un poème sur les vers à soie. Enfin, une année, le jour de la Fête-Dieu il voyait se dérouler la vieille
-procéssion instituée par le roi René, avec le Roi de la Baso- £s , Lé . .
- che, l’abbé de la Jeunesse, la Reine de Saba et les Chivaux-Frus.
Ce spectacle devait rester longtemps vivant dans son espritÿ.et quinze ans après lui inspirer le Chant dixième de Calendau.
Ainsi dans le noble silence de la ville d'Aix, ancienne capitale de la Provence, le jeune villageois de Maillane, sentait se former en lui, peu à peu, la vision historique de la Provence; que les champs de son pays n'auraient pu lui restituer.
C’est alors qu'il compose quelques-uns de ses premiers poèmes, qui paraissent dans le feuilleton de « La Commune », ce journal d'Avignon où Roumanille menait en provençal la bataille politique. ‘
Toutefois, s’il faut en croire Eugène Garcin°t, Mistral hésitait encore à cette date entre la forme française et A Lire provençale. « Le Mistral d'autrefois, dit-il, avait si peu juré haine à la langue française que les premiers vers qu’il publia, tandis qu'il étudiait le droit à la Faculté d'Aix, ce furent des vers français. Il en parut à diverses reprises, en 1849 et 1850, dans un journal de sa localité; ces vers français, je les ai vus, de mes propres yeux vus. »
Mistral n'a jamais nié le fait et semble même l'avoir confirmé, en avouant la publication d’un chant républicain en vers français qu'il avait écrit lors des événements de 18482. D'ailleurs Roumanille lui-même à ectte date fait parfois encore des vers français%; nous avons déjà noté son évolution; Roumanille,
.çaux et aquitains jusqu’en 1789 et si tu en tfouves un qui n'ait pas écrit aucèu où auzel, je te paie un merle rouge. »
(Lettre communiquée par M" de Chevigné-Croisset.) 0. V. J. B. Gaut : Etude sur la littérature et la poésie provençales; Aix, 1867. o1. V. Les Français du Nord G: du Midi, p. 30.
J9E Mémoires, p. 157.
© 23. V. Ludovic Legré : Th. Aubanel, p. 44, et C. Pitollet. Correspondance
de Reboul et Roumanille. R. des langues romanes, 1912.
comme les poètes-ouvriers, débute ainsi qu’un disciple de Reboul, et l'on dirait aussi que ces jeunes poètes veulent prouver de temps en temps qu'ils pourraient, s'ils le voulaient, écrire dans la langue officielle, cela pour donner plus de valeur au choix qu'ils veulent faire du langage rustique.
Non, il ne s'agit point d’une haine contre le français, d’une farouche guerre d'indépendance; si peut-être quelque idée de fédéralisme entre dans l'esprit de Mistral, ce sera plus tard, à l'époque de Calendau et de la Coumtesso. Pour le moment il s’agit seulement pour lui comme pour Roumanille de réstaurer les droits du provençal et de l'appliquer à son véritable objet, la poésie du peuple, cette poésie qui depuis vingt ans se chérchait sans pouvoir se trouver, parce qu'elle était trahie par une langue trop littéraire, cette poésie que seul Jasmin avait rencontrée, pour avoir employé la vieille langue. <
Jasmin?, ce fut un grand exemple pour ce jeune homme, mais, nous l'avons dit, nül encouragement personnel ne lui vint du poète gascon. Quand il est encore en pension, le petit Frédéric adresse au fameux perruquier « une piécette admirative ». Point de réponse. Quand Jasmin plus tard vient donner en Avignon une séance littéraire, il toise, on le sait, assez dédaigneusement le jeune Roumanille. Mais sa glorieuse carrièré, ses succès à Paris, son action sur les foules méridionales, tout cela ne pouvait manquer d'impressionner à à cette époque-là ce jeune Frédéric Mistral dont nous connaissons maintenant les origines cl l’ambition. Si
Licencié en droit, le voilà qui retourne au mas paternel, où Maître François Mistral lui dit noblement : « Maintenant, mon beau gars, moi j'ai fait mon devoir, tu en sais becs plus que ce qu'on m'en a appris, c’est à toi de choisir la voie qui te convient, je te laisse libre. » Et libre, Frédéric, « le pied sur le seuil du mas paternel, les yeux sur les Alpilles », jure de relever le sentiment de la race, de provoquer la résurrection : de la
vieille Jangue, et de réhabiliter cette langue par le prestige de la poésie.
24. Sur les rapports de Jasmin avec les Félibres et Mistral. V. plus haut, IV® partie, ch. 1
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