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À partir de ce moment son histoire se confond avec celle de ces manifestations collectives que nous avons vu se dérouler publication de « Li Prouvençalo », Congrès d’Arles et d'Aix, fondation du Félibrige à Font-Ségugne, édition annuelle de l’« Armana ».
Cependant si son activité se répand au grand jour, son travail poétique est encore solitaire : dès sa sortie du lycée il a esquissé un poème en quatre chants qui s'appelle « les Moissons »; c'était trouver du premier coup le vrai thème de sa poésie. Mais ce poème ne le satisfait point encore; nous n’en connaissons quant à nous que le lai de Margaï, publié dans lés « Iles d'Or », et quelques vers cités dans les « Mémoires® »; ces vers sont de dix syllabes et ne manquent point d’un certain accent. Mais sans doute l'imitation scolaire était trop sensible; quatre chants évidemment, correspondant aux quatre chants des Géorgiques. Mistral y invoquait la Muse. Un second essai, la « Mort du Moissonneur » paru dans le Roumavägi deis Troubarres avail déjà l'accent juste de Mirèio; mais la forme et la prosodie laissaient encore à désirer.
Quelques années plus tard il est dans le vrai chemin; il comprend qu’il faut, en dépit de Boileau, adapter à une pièce rustique et: moderne le merveilleux “chrétien et laisser de côté les dieux d'un Olympe auquel depuis longtemps les paysans latins ont cessé de croire, et c’est alors l’histoire de Mireille qu'il va dérouler en douze chants.
Nous avons un portrait de Mistral à cette date de 1852; c'est un jeune villageois gêné dans la redingote dont il s’est affublé, mais c’est un villageois dont la physionomie est singulièrement expressive; la chevelure abondante dessine une tête solide, au front élevé: l'œil enfoncé sous l'arcade sourcilière lance vers un but invisible un regard plein de volonté: cette volonté tout l'affirme, le nez fortement indiqué, le menton fermement dessiné, où pointe déjà J'impériale, la pose tendue jusqu'à la raideur #.
Poète sans doute, ‘mais poète volontaire, qui sera tout aussi
:6. Ce portrait fut crayonné par pour l'Illustration (18 septembre x
le peintre J. B. Laurens, de Carpentras, 85), qui reproduisit la physionomie des
bien un homme d'action, tel en ce portrait de jeunesse nous apparaît ce Frédéric Mistral, qui se met à écrire un grand poème rustique, « un soir de semailles, à la vue des laboureurs qui suivaient en chantant la charrue dans la raie? ».
Ce poème qu'il entreprend d'écrire, pour qui Mistral va-t-il l'écrire? Quels lecteurs peut-il r&isonnablement espérer ? Au début de Mirèio, il s'écrie, dans un vers fameux :
Car cantan que per vautre, a pastre e gèni di mas
Ge cri suflit-il à nous donner la mesure de l'ambition de Mistral? = "=
On en a souvent douté; de nombreux critiques ont reproché à Mistral d’avoir écrit une œuvre que le peuple des campagnes était impuissant à comprendre: Saint-René Taillandier, malgré l’amitié qui le liait au jeune poète, rendit ce reproche public dans la Revue des Deux-Mondes. « Il n’écrit pas pour les pâtres, disait-il de lui, mais pour les artistes. La traduction a vivement saisi
les critiques, le texte provençal n’est pas toujours compris, je
ne dis pas des gens du peuple, je dis des hommes même les plus habiles à manier ce langage. Voilà pourquoi le succès de Mirèio au lieu d'être signalé à Paris par la Provence, a été, non pas imposé assurément, mais recommandé à la Provence par les suffrages de Paris. N'était-ce pas le résultat contraire qu'aurait dû ambitionner le jeune poète? »
Sans doute il y a du vrai dans ce reproche, mais est-ce à
principaux poètes réunis au Roumavägi d’Aries. Il se trouve aujourd’hui à Ja
bibliothèque de Carpentras. V. sur Laurens, art. de Roumanille, Armana, 1856, p- 54.