‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 170 sur 182 · ES PT · texte numérisé non relu

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De fait Mistral part pour Paris, Reboul parle de lui à Lamartine ai son retour il l’apprend et l'en rem S'il faut en croire Reboul lui-mé mettre en regard du texte pr

il ne voit pas Reboul, mais nsi qu'à Alexandre Dumas: à ercie. C'est alors que Reboul, me%, lui aurait conseillé de ovençal une traduction françaises, *, De fait, qu'on le remarque, Mirèio est; à ma connaissance, le premier livre provençal, qui porte en regard du texte une traduction française. Certains poètes avaient ajouté à

à leur volume un modeste glossaire, pour faciliter la compréhansion de cer-

tains termes; Mistral hardiment traduit son texte en français, ct le traduit d’une façon aussi littéraire que possible.

Saint-René Taillandier le faisait remarquer : « Cette traduction, si étrange qu’elle paraisse à première vue, a été composée avec beaucoup d'art pour frapper un public de lettrés: l'étrangeté même n’y nuit pas: c’est ainsi qu'en lisant une version littérale de quelque poème allemand ou anglais, nous sommes tentés de croire que les brusqueries de la forme, les tours forcés et bizarres altestent la vigueur du texte original, » :

La remarque est juste de façon générale, un peu amère dans ce cas particulier; tous ceux qui ont lu Mirèio dans le texte original concéderont que le poème perd tout de même à la tradue- : tion. Quoi qu'il en soit, cette traduction indiquait pour Mistral le dessein bien net de dépasser le-cercle de son pays; d’ailleurs dès cet instant lui et ses aïnis rêvent une renaissance, non pas seulement du dialecte provençal, au sens étroit du mot, mais de la langue provençale, ainsi qu'on l'entendait au Moyen âge, c'est-à-dire, de la langue d’oc. Pour Y parvenir il faut que son œuvre puisse se répandre à travers toutes les provinces méridionales; une traduction est donc indispensable, une traduction en français, langue communément comprise et écrite dans toutes les provinces d’oc où le dialecte local est parlé plutôt qu'écrit.

38. Il s’en vante dans une lettre à Roumanille (v. Correspondance, citée).

39. M. Pitollet, dans une note de cette lettre de Reboul à Roumanille (let- tre XXIV), dit que Gelu est le premier à avoir mis une traduction française en regard du texte provençal. C’est une erreur; Gelu a publié des Chansons provençales et françaises; Marseille, 1840, ce qui est bien différent, et dans l’édition de 1856 il y a seulement un glossaire et des notes.

4o. Revue des Deux-Mondes. Ibid.

Mistral d’ailleurs connaît trop bien l’état d'esprit de ses com-

patriotes pour ne pas comprendre qu'ils n’accueilleront son.

œuvre avec faveur que si Paris la consacre d’abord; cette consécration, selon l’exemple de Jasmin, il va la chercher auprès de Lamartine d’abord et de l'Académie ensuite. C'était une tactique littéraire qui s’imposait alors; qui donc oserait l'en blämer? Seulement cette traduction elle n’en dénonçait pas moins le point faible de l’œuvre entreprise; les lettrés ne pouvaient comprendre toute la langue, les paysans ne pouvaient comprendre tout l’art de cet admirable poème. L'étonnant est, malgré cela, que ce poème reste un chef-d'œuvre et qu il soit devenu populaire. | Mais quelles que soient les intentions postérieures de Mistral, sans doute il ne songe point à son public, quand il entreprend d'écrire Mirèio. Est-ce pour lui une œuvre littéraire? Non pas, c'est le chant spontané qui jaillit de sa jeunesse. « Quand je fus délivré, me dit-il, de mes souvenirs d'école, et que, dans le mas de mon père, complètement indépendant -de toute relation mondaine, je me fus pénétré de la pensée rustique, c'est alors

que, plein de Dieu, je commençai Mireille. . Sans avoir jamais

fait de plan! Mes personnages vivaient en moi et me déroulaient leur vie, comme si je les avais vus. »

Voilà le secret du chef-d'œuvre, le moment où le ee doit abdiquer, laisser de côté la vaine et froide analyse. Sans doute le terrain était préparé pour la germination d'une telle œuvre, mais le germe, d’où vint-il? Sur toute la terre du Midi, à cette époque, où les conditions de race, de langue, de climat, sont les mêmes, où les mêmes influences peuvent s'exercer de la même façon, il n’est qu'un Mistral. Et lui-même ne put jamais expliquer au juste comment il eut un jour l’audace d'entreprendre un poème en douze chants dans une langue dédaignée. Mais la production poétique défie toute prévision.

hx. Lettre inédite, du 6 janvier 1904.

DÉS Il

Sans expliquer plus longuement la genèse de ce poème, — car nous avons, je pense, épuisé l'analyse, — sans nous attarder à conter ce qu'il est, — car il est trop connu pour insis- MÈRE voyons simplement tout ce qu’il contient.

Pour écrire ces pages j'ai dû relire ce poème; j'ai tâché d’oublier que j'étais de ce pays, de cette race qu'il glorifiait, qu'à dix-huit ans sa beauté m'avait enivré, que sur les chemins qui vont à Maillane souvent j'avais fait vers le Maître des pèlerimages émus. J’ai voulu le relire froidement. Joie pure d’une telle épreuve; de mon enthousiasme juvénile je n'ai rien à renier.

Gette œuvre reste belle, en quelque temps qu'on y revienne. On sent quelque chose en elle qui plane au-dessus des ans écoulés; elle-a le son de l’immortalité.

C'est un poème en douze chants comme l’Enéide, divisé en strophes comme « la Jérusalem Délivrée », un poème qui a l’air de ne ressembler à rien de ce qui se publie alors dans les villes françaises, un poème dont l’auteur se déclare « l’humble écolier du grand Homère » et qui s'ouvre par une invocation au Christ, né parmi les pâtres, un poème grec et catholique, antique et moderne, semble-t-il, un poème où des bouviers et des moissonneurs parlent. de ns leur langue, où l’on pleure sur les amours d’un petit vannier.

- Simple histoire banale et tragique. Voici un « mas » avec ses laboureurs, ses pâtres, ses müriers, ses oliviers, ses champs de blé. La fille du Maître, Mireille, une enfant“?, aime un autre enfant, qui s'appelle Vincent... Vincent n’est qu’un pauvre tresseur de corbeilles, qui s’en va de ferme en ferme; et c'est le drame éternel; l’'amoureux sans argent, est durement repoussé par le père de l’amoureuse, et la jeune fille, désespérée après une

42. « Dans ses quinze ans était Mireille », chant I. 43. « Vincent n’avait pas encore seize ans », chant II.

terrible scène, court aux Saintes-Maries, y arrive après une. course folle sous le soleil de Crau et de Camargue, et meurt sur la terrasse de l’église devant la mer, entre les bras de ses parents, qui sont partis à sa recherche.

Deux enfants, dont l'amour naïf est traversé par des forces supérieures, et qui meurent de cet amour, cela peut n'être rien autre chose que « Paul et Virginie ». Mais non, l'ombre de Bernardin de Saint-Pierre ne s'étend point sur ces pages. Mireille n’est pas un poème d'amour, comme on l’a cru trop souvent, | peut-être à cause de l’Opéra-Comique, qui, pour les besoins du théâtre, pousse au premier plan l'intrigue sentimentale. Dans le poème l'amour tient peu de place; à part quelques strophes“ le poète ne s’attarde point à nous décrire les sentimerits de Mireille et de Vincent. :

Quand il les décrit, il les présente simples et naïfs, un charmant enfantillage, où perce déjà pourtant toute la sérieuse volonté de l'amour. Car l'amour tient sans doute sa place dan ce poème, sa place, mais non pas la première place, la première 2 place elle appartient à la Provence. Lamartine l'avait bien senti, quand il s'écriait : « C’est ce pays, qui a fait le poème. La Pro- S vence & passé tout entière dans l’âme de son poète. Un pays est : devenu un livre. » Mirèio, c'est la Provence de Maillane en- 1850, #3 c'est-à-dire la Provence rustique, latine et catholique.

C’est la Provence rustique

De nos jours de noirs bataillons de vignes ont envahi les plâines et les côteaux du Midi, mais au milieu du siècle dernier, la Provence donne, avant toute chose, l'huile et le blé. C'est un pays de grande culture, cette plaine large, qui du pied du Ventoux va jusqu’à la mer ou jusqu'aux collines aixoises. Des champs de blé, des clos d'oliviers, des allées de müûriers, des lignes | de cyprès qui protègent du mistral les « mas » et les vergers, tel est le décor; c’est ici le cœur même, la virginité de la Pro-

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