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les montagnes qui les bornent, il y à tout le pays enfin, et toute o + sa lumineuse splendeur. Il Y à tout d’abord le grand mas avee
sa terrasse ombragée par les micocouliers, avec ses champs de blé, ses vergers d’oliviers, ses prairies de foin et de luzerne, ses
müûriers pour les vers À soie, ses grandes bergeries, mais au-delà -
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il y a les collines bleues de Fontvicille et des’ Baux, il y a l'im- . mense Crau, tous ses cailloux étalés sous le soleil large ouvert, il y a la Camargue, avec ses étangs et ses mirages et la plage … Célèbre où les Saintes abordèrent, il y a la Fontaine de Vauee cluse et son figuier merveilleux, le Ventoux dressé comme un
grand pâtre, le Rhône où lés villes viennent boire, la Durance, rapide comme une chèvre et les grandes cités glorieuses. Avignon avec Notre-Dame des Doms, Marseille avec ses, voiles, La Ciotat qui rit avec elle, Salon et ses amandes, Beaucaire et son pré, Martigues et ses barques, Saint-Remy et ses Antiques, Arles surtout, avec ses bœufs marins, ses chevaux sauvages, ses pêcheurs, ses blés, ses olives et ses filles. Et sur toutes les villes et sur tous les paysages une grande lumière, qui n’a rien de brutal, mais qui enveloppe et caresse toutes choses, une atmosphère noble et sobre, semblable à celle qui s'étend sur les paysages de l «Odyssée» et de 1 « Enéide ».
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Mir ù IV,
Car ce poème, disais-je, c’est aussi la Provence latine, ou plutôt, la Provence gréco-latine. Comme Dante jadis, l'ombre de Virgile guide les pas de Mistral, celle d'Homère aussi, dont il se dit, à son début, l'humble disciple.
=. … Enfant, il les avait aimés; au lycée d'Avignon, dans ses livres, … qui pour d’autres n'étaient qu'un lourd bagage scolaire, il retrou- vait les horizons de Maillane, les cyprès, les vignes, les moissons du pays natal: il y entendait passer les troupeaux et chan- | ter les laboureurs. Dès ses quinze ans, cet adolescent met en vers quelques .passages des « Eglogues », à dix-huit ans les quatre chants des Géorgiques lui inspirent les quatre chants des « Moissons ». « Ce n'est que chez les anciens, dit-il lui-même, Homère, Théocrite, Virgile, peu ou prou, que je peux retrouver les sour-
ces où, inconscient, je m’abreuvai. C’est la comparaison de la vié provençale ltelle que je la voyais autour de moi dans nos
tiquité que me donna l'idée de chanter dans notre langue la poésie de la Provence. »
Pourtant il est périlleux d’imiter l'antiquité. D'autres ont essayé, qui n'ont abouti qu'à la fadeur et au ridicule. Il ne s’agit point de.recommencer l'abbé Delille. Mistral osera-t-il revenir à E. l’art classique? À la vérité une telle question ne se pose pas pour lui : elle n'existe que pour la littérature française, vieille et toute encombrée de querelles littéraires. Celle de la Provence est jeune et ne connaît qu'une règle, chanter selon la nature. La nature à provençale vers le milieu du dix-neuvième siècle, c’est encore la nature antique. Les horizons sont les mêmes, les mœurs ne sont 3 point très différentes. De la campagne de Mantoue à celle de Maillane, malgré tant de siècles écoulés, l'âme de Virgile ne se : sent point dépaysée. |
Celle d'Homère non plus, et moins encore peut-être. Homère, * non point le poète de l’ «Illiade » aux combats sanglants, mais celui de 1’ « Odyssée », célébrant le divin porcher ou là jeuné % Nausicaa.. Nausicaa, Mireille, ne dirait-on point qu'elles sont sœurs? .
Ecoutons Homère : « Et quand elles furent parvenues au cours
limpide du fleuve, là où étaient les lavoirs pleins toute l’année, car une belle eau abondante y débordait, propre à laver toutes les choses souillées, elles délièrent les mulets du char et elles les menèrent vers le fleuve tourbillonnant afin qu'ils pussent manger
les douces herbes. Puis elles saisirent de leurs mains, dans le char, les vêtements, qu'elles plongèrent dans l’eau profonde, les foulant dans les lavoirs et disputant de promptitude. Et les ayant lavés et purifiés de toute soüillure, elles les étendirent en ordre sur les rochers du rivage que-la mer avait baignés. Et s'étant elles-mêmes baignées et parfumées d'huile luisante, elles prirent leur repas sur le bord du fleuve. Et les vêtements séchaient à la splendeur du soleil, Et après que Nausicaa et ses servantes eurent. DS
mangé elles jouèrent à la balle, ayant dénoué les bandelettes a leur têtes, » Ra
Et voici maintenant Mistral : « Ce matin-là la jeune vierge
49. Lettre inédite, du 6 janvier 1904. 5 Fi ee 5o. Odyssée, chant V.
était à la fontaine toute seule; elle avait retroussé ses manches ainsi que sa jupe et elle nettoyait ses éclisses avec la prêle polisseuse. Saintes de Dieu! Comme elle était belle, guéant ses petits pieds dans le ruisseau clair. Ourrias fit : « Bonjour, la belle! Eh! bien, vous rafraîchissez vos éclisses. Dans ce ruisseau clair, “si vous le vouliez bien, je ferais boire ma bête blanche. » « Oh! ce n'est pas l’eau qui manque ici, répondit-elle. Dans l’écluse, vous pouvez la faire boire autant qu'il vous plairaït, »
Là-bas c'est une jeune reine, ici une petite paysanne. Mais la ligne est la même et c'est le même geste sur un horizon toui semblable.
Les aèdes qui chantent au repas d'Homère, qu'ils soient Phémios ou Démodocos® n'ont pas un autre air en se levant au milieu des convives que maître Ambroise au souper des laboureurs, le soir, devant la mas de maître Ramon, chantant la chanson du bailli de Suffren%.
Et c’est une tradition grecque encore, qui d’Homère a passé à Virgile et de Virgile à Mistral; que le récit des jeux nationaux - jeux funéraires qu’Achille donne à la mort de Patrocle5, courses et luttes aux pays des Phéaciens5, jeux donnés par Enée en
mémoire du vertueux Anchise5%, courses des hommes à Nîimes®,
ce sont les mêmes gestes dans la même atmosphère et des poètes le long des siècles en transmettent la mémoire. Il n’y a point d'imitation; parfois, il esk vrai, certains noms mythologiques, tels- que Neptune, Bacchus®, certaines répétitions Ô voulues décèlent les souvenirs classiques de Mistral, mais c’est chose bien rare. Il n’y à point d'imitation, mais simplement devant des spectacles identiques une façon de voir, de peindre, analogue, une
- Br. Mirèio, chant IV. 3 B2. Odyssée, chant I et VIIL.