‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 175 sur 182 · Géorg., chant II, vers · texte numérisé non relu

Géorg., chant II, vers

q1. Mirèio, chant III, str. 2.

72. Notamment comparez Egl. IV, 20, et Mirèio, VIII. str. 6; Rome et = Arles. — Egl., I, v. 39, et Mirèio, IX, v. 1: — Egl., Il, v. 21, et Mirèio, IV, >

str. 4. — Egl., IV, v! 35, et Mirèio, VI, str. 91. — Egl., NI, v. 15-°b, ct

Mirèio, str. 25. — Géorg., V, 2071, et Calendau, chant- IV : « Une soirée d’hi-

le chant vr de Mireille au chant vr de L « Enéïde »? Ici Ja mytho- 4 logie païenne, là les légendes locales, — et c’est l'intelligence 74 de limitation de Mistral, — mais la même allure, le même mou- É vement, le même transport prophétique qui déroule d'un côté = la suite des temps romains et l’apothéose de la grandeur impéïriale, de l’autre la renaissance chrétienne, le renouveau de la Provence régénérée aux vieilles fois.

Voilà ce que Mistral dut à son Virgile, mais ce Virgile ne fut pas le vrai, et nous devrions protester, si quelqu'un qualifiait Mistral, pour le louer, de Virgile provençal. Virgile n’a rien d'un paysan. Cela tout de suite nous apparaît par le détail exact des « Géorgiques ». Un homme qui connaît les travaux des champs par un manuel d'agriculture ne nous tient quitte d'aucune description; il nous accable, voulant donner l'illusion du vrai, d'une artificielle érudition. Ainsi Zola, d’information hâtive, qui s’est dispersé sur des sujets divers, écrit des pages d’une implacable exaclitude; ainsi font la plupart des romanciers naturalistes. Mais un homme, dont c’est le milieu naturel que l’objet de son poème, ne craint point de tels reproches. Il sait bien qu'il est véritable, __ qu’il n’a qu’à chanter. D'ailleurs tel détail ne le frappe pas comme - quelqu'un qui le voit de l'extérieur. Il vit cette vie, il la met dans son œuvre spontanément, elle est pour lui le cadre d’une action dramatique, il ne la décrit pas pour la décrire; celui-ci, c’est Mistral. L'autre méthode est celle de Virgile. Au reste la vie des champs semble avoir été pour Virgile plutôt - un regret qu'une habitude; il a des paysages exquis et touchants, mais leur émotion même nous les présente à l'état de souvenirs, bien plus que de réalité. Ces vers ont de la sorte — et c’est là - ce qui les rend chers aux modernes -— je ne sais quoi de nostali gique et de souffrant. » Ah! retourner aux champs! Se renoser - enfin! O trop heureux les laboureurs », cris d’un raffiné, d’un sentimental blasé. Ainsi Virgile semble, toutes proportions gardées, avoir été le Brizeux du pays Mantouan. Mistral, qui écrit

HSNer. » == Géorg., I, la fin, et Mirèio; VIII : « Les constellations. » — Géorg., 3 Il, 211, et Mirèio, V, str. 34 : « Les taureaux amoureux. » — Géorg., IV : « Les Abeilles », et Cal., chant VIT : « Les Abeïlles dela Nesque. »

le ton de l’élégie; son amour de la terre n’est point une nostalgie, c'est la robuste tendresse qui possède le bien de son amour.

De plus on sent Auguste derrière Virgile, la commande officielle, l’effroi du politique devant la désertion des campagnes, de l'administrateur prévoyant qui veut combattre l'attraction des « villes tentaculaires ». Le patriotisme de Virgile est de la sorte un patriotisme de décadence, consciencieux, mais peu convaincu, qui remplit sa tâche comme un devoir, un devoir peut-être inutile; chez Mistral c’est le sentiment spontané du fils de la Terre devant la splendeur de la Terre.

De la sorte poète antique, plus antique que les antiques, il est cependant de tous les temps. Mais surtout il est de son temps, de son pays, et son poème est catholique.

Catholique, non pas superficiellement, parce qu'il met en œuvre le merveilleux chrétien qu'avait proscrit Boileau et restauré Chateaubriand, parce que les saints et les saintes-remplacent chez lui les dieux et les déesses de la mythologie, mais profondément, intimément catholique, et peut-être avant toute autre chose, par son décor, par les sentiments de ses personnages, par sa morale, par son tour mystique. = à

Plus encore peut-être que de Virgile ou d'Homère, c'est de l'Alighieri® ou du Tasse qu’il faudrait rapprocher Mistral. Dante au reste l’a inspiré à plusieurs reprises : tels passages comme l’évocation des esprits par la sorcière Taven, comme la nuit de Saint- Médard sur le Rhône avec ses processions de fantômes, semblent

procéder à la fois du sixième chant de l’Enéide et de la Divine 4 Comédie. Mais à vrai dire Mistral n'avait pas besoin de guide; il n'avait qu'à laisser chanter en lui tout son pays et toute sa race, x

73. Notons que Mistral cite plusieurs vers du Purgatoire dans les notes de Mirèio. Notamment chant V, note 4.

Qui en cet instant sont profondément catholiques. Le souffle révo-

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lutionnaire n’a point troublé ces calmes régions. À Marseille, un Victor Gelu est la voix des vieux quartiers où gronde l'émeute, mais cette voix n'arrive pas jusqu'aux paisibles villages de Mail-

Lane ou de Saint-Remy. Maillane à dans ses armes le monogramme du Christ et les clous de la Passion. Les villes les plus M — : Ke ; ] . ;

proches, c'est Arles, chrétienne plus encore que romaine, et c’est

Avignon, la ville des Papes, où Pétrarque a chanté Laure, où

- Gatherine de Sienne s’est agenouillée devant le Saint-Père, et

qui, serrée entre ses remparts, garde un parfum de dévotion. Les amis de Mistral, Roumanille, qui défend le clergé dans les petits journaux du crû7, Aubanel, imprimeur de Sa Sainteté, mystique et,dévot à la Vierge, sont des catholiques fervents. Comme ses amis, Mistral accepte du catholicisme tout le dogme, tout l'enseignement moral et les belles légendes qui ornent les premiers siècles chrétiens dé la Provence #.

C'est la Provence catholique... Voyez comme le poème s'ouvre par-une invocation au Christ, au Dieu des pauvres gens, nés parmi les pâtres, protecteur du peuple des campagnes, ‘que l’on célèbre à la Noël, la grande fête religieuse du Midi. Voyez ensuite que de candeur et de pureté dans les amours de ces enfants. C'est à peine si un jour Vincent ose essayer un baiser, et Mireille s'enfuit. Tout de suite ils songent au mariage. Quand tout espoir est perdu, Mireille espère encore en Dieu; elle meurt, martyre de son amour et de sa foi, sur la terrasse de l'église des Saintes et monte au Paradis, guidée par ses divines protectrices. Quant à la punition des coupables, le ciel lui-même s'en charge; Ourrias après avoir frappé Vincent, est englouti par le Rhône, une nuit où les noyés reviennent, les parents de Mireille ne sont que trop châtiés de leur dur entêtement par la mort de leur fille.

C'est la Provence catholique... Voyez quel grave enseignement

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