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75 C’est comme une œuvre catholique, qu'Adolphe Dumas annonçait Mirèio dans la Gazette de France (29 août 1858). « En vous priant de vouloir bien

annoncer une œuvre catholique, comme Sainte-Marthe et Sainte-Madeleine de

Provence..., je prends date. » Mistral écrivait à Reboul (r°" sept. 1858) Jui annonçant son « poème provençal, rural et catholique ». V. Pitollet, corresp. de Reboul et Mistral. Merc. de France, 1% sept. 1911.

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se dégage de ce poème. Tout entier, il est une leçon d'humilité et de résignation. Les orgueilleux sont abaissés, mais heureux ceux qui aiment simplement, sans souci de l'argent et qui ont confiance en Dieu. Heureux aussi, les doux et les résignés. Aucun accent de révolte dans ce dramé de l'amour contrarié par la pauvreté. Ecoutez ce que dit le pauvre Ambroise : « Mauvaise ou gaie, tous soumis, suivent leur route. Les cinq doigts de la main ne. sont pas tous égaux. Le Maître l'a fait lézard gris? Tiens-toi paisible dans ta crevasse nue, bois ton rayon de soleil et rends grâce #6! » Au reste, riches ou pauvres, tous portent leur fardeau de misère. Où as-tu rencontré le bonheur? disent les Saintes à Mireille. La jeune épouse pleurera un jour, la mère peut perdre son enfant, la richesse sera jugée par le Dieu des “pauvres. Car ici-bas le ver naît avec le fruit nouveau : « Heureux donc qui prend les peines, et qui, en faisant le bien, s’épuise, et qui pleure en voyant pleurer les autres, et qui jette le manteau de ses pee les sur la pauvreté nue et pâle, et qui, avec l'humble s’abäisse, et pour celui qui à froid fait briller son foyer! Et le grand mot que l’on oublie le voici : la mort, c'est la vie! Et les simples et les bons et les doux, bienheureux77! » Grave enseignement, dont rien ne-peut faire suspecter la sincérité chez le poète de la catholique Maillane. |

Non pas seulement copobaue mais encore mystique. En ce sens ce poème se rattache à la plus noble tradition du Moyen âge méridional : ici, comme chez les Troubadours, l’amour n’est point brutal ni charnel, il est tout de suite épuré par la soufffance et d'amour humain devenant divin, il ouvre le Paradis à la bienheureuse qui en meurt. Mireille a eu la foi, et malgré sa fuite du mas, puisqu'elle a contre l'autorité paternelle invoqué la paternelle miséricorde de Dieu, elle sera reçue au ciel. Dans ce simple drame rustique apparaît la grande pensée chrétienne que la volonté des époux suffit, à la rigueur, à légitimer l'union de deux êtres, sans que nulle autre volonté y puisse mettre obstacle, et cette autre grande pensée que le bonheur éternel s’achète au prix de la souffrance et du martyre.

-6. Chant VII. a PRET 77. Chant XI. |

LA JEUNESSE DE MISTRAL. — MIRÈIO 54x

+ “Et mystique ce poème l'est encore par les prophéties de la vieille Taven; un nuage les enveloppe, qui nous en laisse mal pénétrer le sens; mais elles semblent annoncer, comme les théologiens, une ère de mal et de misère où l’on croira l'Eglise perdue, - jusqu’au jour où le Christ reviendra sur la terre et le Pape en

Le Avignon, pour établir le règne définitif du Seigneur.

- Et mystique ce poème l’est enfin et surtout par l'apparition des Saintes-Marie. Le chant X et le chant XI, qui leur sont consacrés, se terminent par un signe de croix. Ce n’est point chez Mistral affectation littéraire; c’est la marque sincère de sa foi; qu'il ait cru possible l'apparition des Saintes, je ne dis point cela; en les montrant à Mireille, il a simplement rendu sensible aux yeux, parce quil pensait en poète, la protection divine qui s'étend sur sa martyre d'amour. Dans un long récit les Saintes racontent à la jeune fille en extase leur voyage miraculeux à

. travers les flots dans la barque sans rames ni voiles, leur arrivée

sur la plage déserte, leur entrée dans la Provence qu’elles converüssent. Est-ce simplement pour Mistral l'occasion d’ exploiter ” poétiquement une légende qui se prête aux beaux récits? Je ne le crois pas. Ce récit prépare Mireille à mourir, en lui montrant comment le bonheur des élus s’achète au prix des souffrances terrestres. En même temps il place le lecteur dans l’atmosphère miraculeuse, où le poète veut le transporter, pour faire de son héroïne une martyre d'amour. Et Mireille, sans que nul s’en étonne, peut alors, guidée par les Saintes, entrer en esprit dans la barque merveilleuse et s’en aller vers le Paradis, dont la porte s'ouvre aux confins du ciel et de la mer.

Ceux qui, avec Saint-René Taillandier #, ont considéré que ces derniers chants étaient des hors d'œuvres descriptifs, s'imaginant que Mireille était avant tout un poèine d'amour, n’ont pas saisi le vrai sens du poème, mais, si l’on a bien compris qu'avant tout peut-être le poème est catholique, on voit que ce’sont là les cloches même qui en font vibrer tous les échos.

Ainsi, au moment même où dans les cercles de la pensée et

de la poésie françaises la génération de Leconte de Lisle, de Louis

Ménard, de Taine, de Renan s’occupait à dresser le paganisme

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