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un ilot de publications disparates, les idées les plus diverses, les auteurs les plus différents et qui pourtant d’une certaine façon semblent dire parfois les mêmes choses, une grande fermentation dans les pensées en même temps qu’une grande indolence dans les caractères, bref tous les signes les plus contradictoires d’un monde qui s'organise ou qui s’effrite, les lueurs pâles et rouges d'une aurore ou d'un crépuscule, quel guide invoquer en cet embarras ?
Les guides ne manquent point; ils sont même trop nombreux. À défaut d'ouvrages d'ensemble, — rares et peu réussis d’ailleurs — les brochures, les articles, les notiees sont innombrables qui. traitent de telles ou telles idées inspiratrices du mouvement provençal au dix-neuvième siècle, de tels ou tels poètes, ou qui répètent inlassablement les mêmes considérations, trop souvent superficielles et d’ailleurs devenues banales. A la grande tâche que j'ai tentée les ouvriers n’ont jamais manqué, mais plût au ciel que ces ouvriers ‘eussent été moins nombreux, car trop souvent, érudits de province ou journalistes parisiens, ils ont ajouté à la confusion de ce chaos la confusion de leur propre esprit, si bien qu’essayer de les suivre c'est être trop souvent plus sûr encore de s’égarer. Autant que possible, et lorsqu'ils n’apportaient point de renseignements inédits, mais leurs simples commentaires à des faits connus, j’ai dû les écarter, pour me remettre en face des vrais textes originaux, les seuls qui soient importants à considérer. te
Aussi, sur le seuil de cette histoire, ne puis-je établir, selon l'usage, un répertoire bibliographique. Si j'avais voulu énumérer toutes les œuvres dont je dois parler avec les commentaires qu’elles ont inspirés, deux cents pages sans doute n'y eussent point suffi. D’autres d’ailleurs m'ont précédé dans ce travail de catalogues et leurs efforts m'ont été infiniment utiles. Plutôt que d’allonger leurs listes, il. faudrait les diminuer, pour éviter aux travailleurs de s’égarer à parcourir des brochures ou des articles, qui trop souvent se répètent et s’annulent les uns les autres.
3. Voir à Ja fin du volume la note bibliographique. J’y cite les ouvrages d’ensemble à consulter. Pour le détail, je donne en note, À mesure, toutes mes réfe-
rences.
Cependant de cette grande confusion, à mesure que l'on poursuit ses recherches, certaines idées directrices finissent par sc dégager, et, sans entrer dans le détail des tâtonnements inévitables, où nous entraîne tout travail de longue haleine, voici comment m'apparut le plan que je devais suivre, si je voulais présenter d’une façon assez large tout en restant nette, l’histoire de la littérature provençale entre 1800 et 1899, c'est-à-dire, depuis l'époque où la Révolution secoue la Provence assoupie jusqu’au moment où cette Provence peut se voir, éveillée et radieuse, dans ce grand poème, le plus beau miroir, disait le poète Reboul, où elle se fût mirée.
Mais dire littérature provençale, ce n’est pas assez dire, car ce ne sont point seulement des raisons littéraires qui ont fait la valeur et le succès de Mirèio et de Mistral. C'est aussi-et surtout l'amour d’un peuple pour sa langue, la fierté de ce peuple au souvenir d’un passé de gloire et d'indépendance, le désir général de ce peuple d’avoir une poésie écrite pour lui. Je me trouvais, donc dans la nécessité d'analyser toutes les forces, qui, pendant la première moitié du dix-neuvième siècle, avaient, si diverses qu'elles fussent, agi dans ce même sens : déterminer la naissance et le succès d’un grand chef-d'œuvre de poésie populaire et dialectale. Il s'agissait en un mot d'examiner les ressources, les ouvriers, les étapes de ce grand mouvement social, patriotique et littéraire. En
Or cette force qui soulève, de 1800 à 1859, l'âme provençale, on peut la décomposer en trois forces, trois courants, pour ainsi dire, qui cheminent d’abord de façon presque parallèle, qui convergent enfin vers 1850 et grossis par cette réunion s'imposent à l'attention générale.
La première de ces forces c’est l’érudition mise au service du patriotisme local; les érudits retrouvent peu à peu dans les bibliothèques les titres oubliés de la vieille langue d’oc. Cette curiosité du Moyen âge méridional, elle apparaît, nous le verrons, dès la seconde moitié du dix-huitième siècle, mais c'est seulement. après la Révolution que cette science, encore balbutiante et confinée dans un tout petit cercle, parle à voix haute et se fait entendre de tous. Maintenant les Rochegude, les Raynouard, les Fauriel vont indiquer à tous quelle fut la gloire des Troubadours,
la splendeur de leur langue parlée jadis par des rois et des princes, l'éclat de leur poésie qui fut linspiratrice de toutes les nations latines; ils vont montrer que cette langue vit encore, qu'elle est encore parlée par tout le peuple du Midi, que ce patois longtemps méprisé est semblable à un seigneur déchu ei dépouillé par un avide voisin. Get avide voisin, les historiens le montrent à l'œuvre, se jetant sur les villes libres du Languedoe, les pillant, les brülant, réduisänt par le fer et le feu toute résistance, étouffant en sa fleur une civilisation qui eût fait la gloire des terres méridionales.
Ce n’est point tout; grâce aux communications plus faciles, on se déplace plus aisément; les érudits en voyage s'intéressent au peuple du Midi, à ses traditions, à ses coutumes, à son patois. Les romantiques, fervents du Moyen âge et des littératures primitives, recherchent ses légendes, écoutent ses vieilles chansons. Les étrangers eux-mêmes s’en mêlent; en remontant à l’origine de leur littérature, les Italiens, les Allemands trouvent les Troubadours. Tant de témoignages inspirent un noble orgueil aux gens de Provence qui entreprennent de dresser le répertoire de leurs richesses linguistiques et qui désormais comprennent la valeur, l’autorité, la beauté de leur vieux langage. Enfin de tous ces travaux patients se dégage peu à peu la figure de la Provence, dépouillée des brumes de l'ignorance et de la calomnie, radieuse au milieu du sombre Moyen âge.
Tout ce travail de l’érudition, dont on voit l'importance et qui sans doute a donné aux jeunes poètes provençaux des raisons précises de fierté et de confiance, je l’ai patiemment analysé; je ne me suis point contenté d'en donner les conclusions, j'ai voulu suivre pas à pas le cours de ces découvertes pour montrer de façon plus dramatique comment à chaque année nouvelle cette œuvre de restauration s'affirme et comment d’une main süre, attentive, pieuse parfois, les érudits restaurent, pour l'offrir aux jeunes regards enthousiastes, la statue mutilée de la Provence antique.
À l'opposé de ce drame de bibliothèque grondent, depuis la Révolution, les passions populaires, mal disciplinées par l’Empire. Le peuple, que le régime nouveau prétend appeler au pouvoir par le suffrage universel, demande l'instruction qui lui est
nécessaire pour exercer sa souveraineté; à mesure qu'il la reçoit, il veut lui aussi exprimer ses idées et ses sentiments; des vocations s’éveillent, qui se seraient ignorées, et la première idée de ces jeunes gens qui sentent en eux le désir de faire -œuvre littéraire, c’est de faire cette œuvre dans la langue des grands poètes qu'on leur fit connaître à l’école, dans la langue française. De 1820 à 1848 les poètes-ouvriers se lèvent de tous côtés sur le sol français et spécialement sur les terres du Midi. Le parti libé-
ral s'empare d’eux; il dit au pouvoir : « Voilà ce peuple que vous voulez priver du droit de vote; il est intelligent, il sait parler, il sait écrire Aux approches de 1848 cette
effervescence grandit; George Sand. Lamartine ne dédaignent point de tendre la main à ces frères obscurs.
. Mais que de mécomptes! Je ne parle point seulement des revers politiques, de l'effondrement du parti démocratique aux environs de 1850, mais au seul point de vue de l'expression littéraire, que de déceptions après ces grands espoirs! Pour ces libres tempéraments, dont la langue naturelle est le provençal. Ja langue française ne vaut rien; elle est trop pompeuse, trop abstraite, trop littéraire pour eux; ils la connaissent mal et la manient en imitaieurs. Alors, déçus, les Yeux ouverts, ils prennent le parti d'écrire en provençal; les médiocres se taisent; les meilleurs se rallient au Félibrige naissant, lui apportant ces nouvelles forces qui jusque-là s'étaient égarées.
Car, parallèlement à cette: eee ouvrière, se poursuit un mouvement dialectal. À vrai dire c’est le plus ancien, c’est le seul qui parte de très loin, du fond même du Moyen âge, du cœur même de la race. Cette langue d’oc, diminuée par la Croisade contre les Albigeois, étouffée peu à peu par la centralisation française, toutefois elle n’a jamais cessé d’être parlée sur les terres du Midi. Le ciel était voilé sur la Provence, mais derrière le voile des nuages on sentait toujours la lumière présente, et, de temps en temps, par une déchirure des vapeurs, on apercevait un rayon. Queue poète çà et là chantait, et c'était à Toulouse Goudouli, à Marseille Bellaud de la Bellaudière, à Aix Gaspard Zerbin, en ns Saboly, bien d’autres encore un peu partout. Vienne le grand orage de la Révolution: les nuages de toutes parts sont entraînés; alors les rayons de plus en plus vifs percent les
INTRONUCTION 19 brumes et c’est une grande clarté, tout à coup, la splendeur éblouissante d’un soleil levant ou couchant.
Oui, ce peuple d’oc, le plus vif, le plus ingénieux, le plus jeune qui fût, il a été le premier à organiser sa langue, sa littérature, ses arts; il a été comme ces jeunes poètes qui trouvent tout de suite la forme de leurs sentiments, qui donnent toute leur œuvre de leur vingtième à leur trentième année et qui languissent ensuite. Sitôt que le malheur l'a touché, ce peuple ne lui résiste point; attaqué, opprimé, s’il se défend, c'est par son obstination passive, non par son activité; il reste fidèle à sa vieille langue, sans protester de façon plus nette que par son entêtement:à la parler. Elle somnole; dans la liberté des campagnes, dans la nonchalance des ports de mer elle s’affale voluptueusement, on ne la combat même pas, elle ne réclame point hautement contre son sort diminué; c’est à peine si le long des siècles quelque voix s'élève, qui prouve encore au loin sa vitalité. Mais voici qu'un grand événement bouleverse la vieille France; les peuples se mêlent dans l’émeute et dans la guerre; on s’attire à la fois et l’on se repousse; le peuple du Midi est enfin contraint d’apprendre le français; à ce choc il se réveille; au moment même où l’on prétend lui imposer une langue qui n’est pas la sienne, il proteste violemment par la voix des meilleurs de ses enfants.
Il proteste, et cette protestation s'appuie sur les titres-de la langue d’oc retrouvés par les savants, sur les droits du peuple soutenus par les poètes-ouvriers et leurs partisans; ainsi se mêlent en un seul courant les trois courants dont nous avons indiqué le sens, et désormais le fleuve formé par ces trois rivières venues de points très différents s'appelle le Félibrige.
À l’origine de ce Félibrige il y a des hommes, car il est juste de parler des forces collectives, mais ces forces n’aboutissent à rien, s’il w’y a personne pour les organiser; ces hommes sont encouragés par l’exemple des poètes qui, en d’autres provinces, ont précédé leur effort,-un Brizeux en Bretagne, un Jasmin en Gascogne; ces hommes s'appellent surtout Roumanille, Mistral, “Reboul, mais ils s'appellent aussi Crousillat, Ad. Dumas, Anselme Mathieu, Alphonse Tavan; de chacun j'ai tâehé de montrer le rôle, ie tempérament, la valeur.
: Après avoir tâtonné, ils sentent le: prix de l’union; ils veulent
grouper leurs efforts, ils essaient de le faire de façon timide d’abord, à Arles, à Aix, puis, de façon plus nette et définitive, à Font-Ségugne, et du pacte qui s’y trouve conclu, un petit livre est sorti, qui dure encore, et qui propage chaque année les mêmes idées. ( |
Dès lors le terrain est préparé; l'union est faite; pour la maintenir un organe est créé; un public est constitué, non pas très nombreux, mais intelligent et suffisamment averti; l'opinion, tant à Paris qu’en Provence, est toute prête à saluer un grand poète populaire et dialectal. C'est alors que le jeune Frédéric Mistral, de Maillane, qui dès son enfance a respiré cette atmosphère toute chargée des éléments convenables à son développement poétique, a le courage d'écrire une épopée rustique en douze chants, et cette épopée, parce qu'elle est un chef-d'œuvre, mais aussi parce qu'elle est le chef-d'œuvre que bien des gens attendent pour des raisons différentes, parce qu’elle vient à son heure, cette épopée trouve le chemin de tous les cœurs, et d'un seul coup entre dans la gloire où depuis elle est restée.
Oui, pour que ce jeuné homme de Maillane en 1852 fût à même de commencer une telle œuvre, il fallait tout l'effort parfois médiocre, parfois admirable, très dispersé, très ondoyant, difficile à suivre, mais réel pourtant, sans lequel l'œuvre de ce jeune poète n’était point possible. Des obscurs ouvriers de cette grande gloire, l’histoire ne retiendra point les noms, pas plus qu’elle n’a retenu ceux des soldats de la Grande Armée. Un nom, vaste et commode, symbolise pour le gros public tout un mouvement. À tout le moins cette étude pourra-t-elle indiquer comment une gloire se prépare. Ce n’est point la diminuer que s’en rendre compte, mais lui donnér le fort appui d’une aspiration commune à toute une race. Qu'un poète ait réussi à tirer de son fonds propre une œuvre vivante par un prodige de volonté, malgré ses contemporains, il est admirable, mais n'est-il pas plus admirable encore, s’il est l'aboutissement d’une série d’efforts incertains, de désirs confus qui s'expriment tout d’un coup, splendidement, dans son œuvre? Quand nous aurons expliqué que Mistral à été souhaité, désiré, préparé par bien des esprits, troubles à la vérité et médiocres le plus souvent, mais qui représentaient tout de même un village, une ville, une ‘province, nous
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INTRODUCTION &y
ne l’aurons point rabaissé, et nous aurons fait comprendre tout de suite les raisons de sa popularité.
Une telle tâche, je l'ai dit, est ingrate, souvent rebutante, mais, si j'ai pu être utile, je ne veux point m'en plaindre, Ce qui est plus grave, c’est qu'une telle œuvre est impossible à faire de
façon exacte : la difficulté était insurmontable de recueillir tout
ce qui, çà et là, de façon consciente ou inconsciente, a pu préparer l’œuvre mistralienne. Ce n’était pas tout que de se pencher sur des livres mal imprimés, à l’aspect provincial, aux pauvres typographies et que l’on devinait si peu lus, il fallait trouver à certains une importance qu'ils avaient eue sans doute, mais que leurs auteurs n'avaient jamais soupçonnée; il fallait aussi
grouper en quelques centaines de pages des manifestations litté.
raires, distantes et dispersées, et leur donner ainsi plus de force qu’elles n’en avaient eue en réalité, diluées dans un long espace de temps et de pays. J'ai dramatisé cette histoire, je le sens, par ci par là, et sans doute toute histoire est dramatisée, car l’historien isole les grands faits qui sont noyés d'ordinaire dans la masse des faits quotidiens ou plutôt il les crée, ces grands faits, en les isolant, mais à cette nécessité des sciences historiques il fallait ici sacrifier plus que jamais, car de toutes ces publications dont nous aurons à parler, aucune, somme toute, ne fit ju avant Mirèio, beaucoup de bruit, et c’est bien plutôt un ensemble insaisissable, un état d'esprit, une mode qu'il s'agissait de définir, mais cela ne se définit guère. J’ai dû aboutir à des for-
mules trop tranchantes sans doute et presque grossières.
N'importe, quel que soit l’à peu près auquel j'ai dû me tenir, je ne regrette ni mon temps ni mon effort, ni les imperfections inévitables de cette œuvre, si telle qu’elle se présente elle peut être de quelque utilité à ceux qui s'intéressent à la littérature moderne de la Provence, et surtout à mes compatriotes qui ne sont pas toujours sur elle les mieux informés.
Sans doute j'aurais pu me ménager une tâche plus facile en laissant dans l'ombre, comme on l’a fait trop souvent jusqu’à ce jour, les débuts de cette littérature en mal d'organisation, pour saluer de faciles couplets les grands chefs-d'œuvre mistraliens,
- mais quand même j'aurais suivi Mistral, sur les chemins où la
gloire l’a conduit iusqu'à se voir debout, immortel, sur une place
d'Arles, quand même j'aurais déroulé le cours de son admirable carrière jusqu'à la mort sereine qui marqua pour lui l'heure d'une dernière apothéose, j'aurais eu moins de joie qu'à voir patiemment et lentement sortir des voiles qui l’enveloppaient l'âme provençale épanouie en Mirèio. Les efforts de cette âme qui s'éveille après des siècles d’assoupissement pour se retrouver ellemême, pour prendre conscience de sa beauté, de sa valeur, de ses droits, voilà somme toute le sujet dramatique de ce livre. Ahi quel que soit le résultat de cet élan, que cette âme un instant éveillée doive retomber dans une léthargie définitive ou qu'elle doive créer de nouveaux chefs-d'œuvre, ce n’est pas ici la question; l'effort qu'elle a fait au dix-neuvième siècle est assez beau pour retenir, longuement, à lui seul, nos regards émus.
Je ne saurais terminer ces quelques pages d'introduction sans adresser au Maître, dont la grande figure domine toute cette étude, le salut le plus respectueux. Avec sa grande indulgence ilk.avait bien voulu m’encourager dans mon dessein d'écrire cette histoire; peu de temps avant sa mort il m’adressait encore des renseignements précieux. Ce livre, né sous son inspiration, j’espérais quelque jour l’apporter moi-même à Maillane.… Hélas! au moment même où j'en achevais la rédaction, la mort avait couché le grand poète dans la tombe qu'il avait fait élever au pied de ces belles collines bleuâtres, dont il disait que la vue avait « rasséréné ses vers et reposé son âme ».
Cependant, de celui qui était entré vivant dans l’immortalité, : la mort n’a pu ni augmenter ni diminuer la gloire, et cette gloire il convenait de l’évoquer en commençant cette histoire ,.puisqu'elle enveloppe dans son rayonnement toute la Renaissance provençale. ue
Depuis cette mort plus de trois années se sont écoulées, trois années chargées de tant d'événements que tout ce qui les à précédées s'est enfoncé dans le recul d’un passé qui semble déjà lointain. La guerre, commencée en 1914, a clos définitivement le dix-neuvième siècle; ainsi la littérature, qui s’est épanouie dans : ce siècle, a pris l’aspect d’une littérature nettement fixée, et déjà
classique. Mais en revoyant le texte de cet ouvrage, dont les événements m'ont forcé de retarder la publication, je ne trouve rien à retrancher des phrases par lesquelles je saluais l’éclosion de l'œuvre mistralienne. Bien plus : à la lumière de ces terribles événements, cette œuvre apparaît de mieux en mieux comme une
œuvre prophétique, où se trouve annoncée et encouragée l’union
des peuples latins et la victoire de la raison sur la force brutale. En même temps la Renaissance provençale se montre à nous plus clairement encore comme un des épisodes du grand mouvement des nationalités, qui a travaillé l'Europe pendant tout le dix-neuvième siècle et dont la guerre actuelle est l’aboutissement naturel.
Aussi je crois pouvoir livrer maintenant au public ces pages qui ne sont pas seulement l’histoire d’un passé digne d’une étude attentive, mais qui présentent, me semble-t-il, un intérêt certain d'actualité, s’il est vrai que la civilisation latine doive sortir de la grande guerre plus radieuse que jamais.
Novembre 1917.
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