‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 20 sur 182 · Sainte-Beuve, article cité · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, article cité

16. La même année paraissent les Chants héroïques des Montagnards et Matelots grecs, traduits par Lemercier; 1824, Paris.

Les chants bretons devinrent bientôt l'entretien favori et comme le rendez-vous passionné des deux esprits venus de bords si différents. Fauriel savait les paroles, mais Laënnec savait les airs, les airs appris dès l'enfance et qu’on n'oublie pas; il apportait sa flûte (et il fayt avoir vu Laënnec pour se le figurer ainsi en Lycidas), et à mesure que l’autre lui rappelait les paroles, il essayait de les noter : « Numeros memini, si verba tenerem! » scène touchante, dont l’idée seule fait sourire et qui était digne de ces esprits, de ces cœurs vraiment antiques et simples... » . Une autre amitié devait être plus précieuse encore à Fauriel; ce fut celle d’Augustin Thierry. Thierry a rendu hommage à celui qu'il appelle «le savant, l’ingénieux M. Fauriel ». Il raconte comment dès 182r il l’avait pris comme confident de ses. travaux sur l’histoire de l'Angleterre: il a évoqué leurs longues. promenades le soir en été, le long des boulevards extérieurs, durant lesquelles il racontait « avec une abondance intarissable les détails les plus minutieux des chroniques et des légendes, toutes les misères nationales, toutes les souffrances individuellés de la population anglo-saxonne... » Et peut-être Fauriel en l’écoutant songeait-il aux massacres du Midi, à la féroce Croisade contre les Albigeois, qu'il devait flétrir dans ses derniers travaux, comme Thierry avait flétri le massacre des Saxons, à la suite de Walter Scott. | Les deux amis devaient dans leurs promenades dépasser les boulevards extérieurs et parcourir ensenible les terres du Midi, dans lesquelles leur œuvre allait avoir bientôt un si grand retentissement. Thierry avait terminé son histoire d'Angleterre; on lui avait conseillé le repos pour sa santé ébranlée et sa vue déjà très affaiblie; il alla d’abord en Suisse, puis en Provence où Fauriel vint bientôt le rejoindre. « Ce voyage, dit Thierry, avait pour lui un but scientifique; c'était le dernier complément de longues et patientes recherches sur l'histoire politique et littéraire de la France méridionale, travail digne, selon moi, des plus beaux temps de l’érudition historique. Condamné à l'oisiveté, je suivais, de ville en ville, mon laborieux compagnon de voyage, et je le regardais, non sans envie, scruter toutes les reliques du passé, fouiller les archives, les bibliothèques, pour mettre la dernière main à l'ouvrage qui devait combler un vide

immense dans cette histoire nationale. C’est ainsi que nous parcourûmes ensmble, durant plusieurs mois, la Provence et le Languedoc17. »

Et Thierry ajoutait en note

« Je ne puis me défendre d'un vif regret, en songeant que d’autres travaux, ceux de l’enseignement, sont venus ajourner, pour longtemps peut-être, une publication que la science réclame. »

Cette publication, ‘c'était l'Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains qui devait paraître en 1836.

Car en 1831, — et c'est à quoi fait allusion Thierry, — le gouvernement de Juillet avait offert à Fauriel une çhaire de littérature étrangère à la Faculté de Paris. Or, chose curieuse, le sujet choisi par Fauriel était l’histoire de la poésie provençale.

« Cette littérature, disait Fauriel en ouvrant son cours, est bien réellement pour nous une littérature étrangère. La contrée qui en fut le berceau ne faisait point alors partie de la monarchie française et la langue qui lui est propre diffère à peu près autant du français que l'italien ou l'espagnol, mais ce n’est point à raison de ces différences secondaires que je me suis déterminé à vous parler de cette littérature, c’est pour des motifs plus graves et que je crois plus digne de vous intéresser.

« L'ancienne littérature provençale. n’est pas seulement la première en date des littératures de l’Europe moderne, c’est celle qui a agi le plus tôt et le plus longtemps sur la plupart des autres, qui leur a donné le plus de son esprit et de ses formes et dont l’histoire tient le plus à la leur. À :

«… Et je me suis décidé pour ce parti d'autant plus volontiers que la littérature provençale est devenue depuis quelque temps en Europe un sujet. de réflexions et de recherches, En publiant son précieux recueil des poètes provençaux, M. Raynouard a comme rajeuni la renommée de ces poètes. Ses importants travaux sur leur langue et leur poétique ont provoqué partout des travaux analogues. »

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