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CHAPITRE IV

Les Curieux et les Érudits.

Voyageurs : Millin, Mérimée, Xavier Marmier.

En même temps que le développement des études romanes, des études historiques, des travaux 'sur les dialectes locaux, ce qui devait attirer l’attention générale sur les contrées du Midi, c'élaient les récits de voyage. Déjà Chapelle et Bachaumont, déjà M”° de Sévigné au dix-septième siècle, le président de Brosses au dix-huitième siècle avaient visité la Provence, en avaient donné quelques descriptions. Mais ce n'étaient que les notations plaisantes, au jour le jour, de voyageurs amusés, qui songeaient seulement à être spirituels en écrivant à leurs amis sans s'inquiéter de bien voir et de bien comprendre les pays qu'ils traversaient. Au reste pour un lettré comme le président de Brosses la Provence n’est guère que la première étape de l'Italie qu'il brûle de visiter, pour M®° de Sévigné ce n’est que l'exil passager de sa fille, pour Chapelle et Bachaumont qu’un motif à versiculets et à facéties!.

Au début du dix-neuvième siècle voici que des voyageurs plus consciencieux vont apprendre à visiter, à aimer, à compren-

“1. I] faut pourtant citer, en 1782, le volume très documenté de l’abbé Papon : Voyage littéraire de Provence, mais qui fut plus connu en Provence qu’à Paris. Voir I partie, ch. 1. Ce terme de « voyage » est d’ailleurs pris ici plutôt au figuré qu'en son sens propre.

dre mieux et par là à faire mieux connaître les terres méridionales. Il y a dans toutes les classes sociales plus de sérieux et de bonne volonté que dans la frivole société qui vient de disparaître; la Révolution, bouleversant la France, a mêlé les types provinciaux-et rapproché les diverses races qui occupaient le sol de la France: on commence à voisiner, à se connaître mieux, et, les études historiques et archéologiques peu à peu remises en honneur, on s'inquiète du passé des provinces, de leurs traditions, des mœurs et de la littérature du peuple.

C'est ainsi qu'Aubin-Louis Millin parcourt la France en savant convaincu et consacre à la Provence les tomes IE et IT de son récit de voyage, qui paraît en 1807?. Comme tous les voyageurs qui l'ont précédé et tous ceux qui viendront après lui, il a suivi depuis Lyon la vallée du Rhône, il a salué les monuments d'Orange, il à gagné Avignon où il a admiré le palais des Papes et les collections du docteur Calvet: il est arrivé. à Aïx, où il a vu avec beaucoup de plaisir « les Jeux de la-Fête-Dieu » Il s’est intéressé à cette antique procession, instituée par le roi René et dont le pompeux cortège symbolise le triomphe du christianisme sur l'idolâtrie; il en donne longuement le programme-et la description, il n'oublie ni la « passado », ni le & gué », hi «le Prince d'Amour », ni « le Roi de la Basoche », ni « l'abbé de la Jeunesse ». On sent que, désormais les manifestations de. la vie populaire, loin d’être méprisées et parfois ridiculisées d’un mot léger comme au siècle passé, sont regardées par les lettrés et les savants comme un motif de réflexions, un sujet de dissertations. C’est en effet avec le même intérêt que Millin nous parle de la procession de Saint-Ferréol, qu'il a pu voir à Marseille, et qu'il revoit à Toulon. Ces deux volumes sur la Provence sont pleins de détails archéologiques, historiques et littéraires qui témoignent du même souci de la tradition, de

2. Voyage dans le Midi de la France; Paris, 1807-1811, 5 vol. in-8°. Millin compose, en outre, 5 vol. intitulés Antiquités Nationales, ainsi qu'un Voyage en Savoie, au Piémont, dans le Milanais;. Paris, 1816-17, 4 vol. in-8°. Attaché au Cabinet des Médailles, directeur du Magæin encyclopédique, c'est un érudit très intéressant, H fait partie de l’Académie celtique, devenue Société des Antiquaires de France. V. chapitre précédent. < : S

la vraie curiosité, d'autant plus méritoire qu’elle prétend: s'intéresser à tout ce que le dix-huitième siècle a dédaigné.

Millin fut pris au charme de ce Midi quil avait visité de la sorte ville par ville, en s’en faisant raconter l’histoire et les légendes. Il se rendait compte qu'il y avait là une terre ori-

-ginale, qui possédait ses traditions et sa culture propres, dont

la langue et la littérature avaient eu des siècles de splendeur, et, dès avant que Rochegude ou Raynouard eussent publié aucun de leurs travaux, il faisait paraître en 1812 un « Essai sur la langue et la littérature provençaies ». Il y parlait des origines de la langue provençale, y citait des textes du douzième et du treizième siècles, tirés pour la plupart des statuts de la ville d’Arles; il mentionnait les travaux de Papon, de Lacurne de Sainte- Palaye, du Père Pellas, d’Achard; il faisait une histoire sommaire des principaux Troubadours, dont il avait déjà cité un certain nombre au cours de ses relations de voyage. Il ne limitait point d’ailleurs à la floraison du Moyen âge la littérature provençale, il avait conscience qu’elle continuait, diminuée, mais vivante encore, dans les œuvres des poètes du seizième, du dix-septième, du dix-huitième siècles, Pierre-Paul, Bellaud de la Bellaudière, Claude Brueys, Gaspard Zerbin, Saboly, Peyrol, Coye, Pélabon, Toussaint Gros. Même il se vantait de dresser de ces ppètes inconnus ou méconnus un catalogue aussi complet que possible, et il y apportait beaucoup de conscience, car on voit défiler sous sa plume bien des noms qui ne disent plus rien aujourd’hui, même aux mieux informés des provençalistes. Il ne s’en tenait pas seulement aux noms, il donnait des extraits de plus d’un poète avec des essais de traduction française. Il était de la sorte un des premiers à s'intéresser, non pas seulement à la poésie des Troubadours, mais à la poésie populaire de la Provence que tous avaient jusqu'alors totalement ignorée ou tenue pour méprisable.

Il faisait preuve de la même intelligente or quand il parlait de la langue des Provençaux et des incorrections qu'ils commettaient fréquemment en parlant le français : « Ces locutions, dit-il, ne sont pas une suite de l'ignorance des règles de la langue française; elles viennent de l’habitude de parler la

Jangue du pays. Les expressions incorrectes qui échappent aux

DE

Provençaux, lorsqu'ils parlent le français ne sont donc que des traductions littérales d'expressions analogues, consacrées , dans leur propre dialecte; c’est ainsi qu’un Anglais et un Allemand, qui possèdent notre langue, ont peine. à la parler sans y introduire quelques idiotismes de la leur. »

Ainsi donc aux yeux de Millin le provençal est une langue, non un patois; l'habitant de la Provenec par rapport à la langue française est dans la situation d’un Anglais ou d’un Allemand. De telles constatations, au lieu de moqueries faciles, relèvent un dialecte aux yeux du monde savant et peu à peu de l'opinion publique et préparent les esprits à comprendre la renaissance de la poésie provençale.

N'étaient-ce pas aussi des réflexions suggestives que celles inspirées à Millin par le spectacle d’une ferrade? Après avoir admiré la beauté du décor, la grâce des jeunes filles, la force et la souplesse des jeunes hommes, avec un sens très averti de lettré, il compare tout naturellement un tel spectacle à ceux de la Grèce antique, et rappelant un passage de Théagène et Chariclée (ce roman dont Racine faisait ses délices inavouées), il ajoutait « Ge qu'Héliodore raconte de Théagène est à peu près ce que faisaient habituellement les piqueurs de taureaux thessaliens et ce que répètent souvent les.bouviers de la Camargue, à qui il ne manque que des poètes et des romanciers pour célébrer leurs exploits. »

Dès cette époque Millin voyait donc le parti poétique que l'on pouvait tirer du spectacle de cette vie rustique, semblable à celle des Grecs dans sa simplicité primitive, et réclamait en’ quelque sorte la venue d’un Mistral.

N'avait-il pas aussi un vif sentiment de la vie champêtre et de la véritable poésie de la terre, quand il disait en parlant des bergers de Crau : « Cette manière de vivre est bien différente de celle des bergers de Fontenelle et même des bergers de Virgile et de Théocrite. Ceux-ci chantaient des vers bucoliques sur une flûte harmonieuse, se livrant des combats de poésie et de musique, dont les prix étaient des vases d’un ouvrage délicat : l’amour mélait ses plaisirs aux charmes que procure la vie champêtre dans un ciel délicieux; les bergers de la Crau et de la Camargue voient s’écouler la moitié de leurs jours dans de vastes déserts ou sur les nfon-

tagnes, au milieu de leurs troupeaux, bravant la rigueur des frimas et affrontant les orages. »

Après ce voyageur si sérieux et si documenté, il n'est pas nécessaire de parler de Pigault-Lebrun et de son gendre Victor Augier3. On retrouve dans leurs récits l'esprit du dix-huitième - siècle; c'est la même mousse légère, évaporée au moindre rayon de soleil, les mêmes prétentions à l'esprit, la même incapacité de regarder quoi que ce soit, si ce n’est les filles alertes et de rien savourer que la bonne chère des hôtels.

Tout aussi peu capable de comprendre la Provence et son peuple est le célèbre critique Désiré Nisard, qui publie, en 183», dans la Revue de Paris, un récit de voyage dans le Midi de la France. C’est un sceptique et un phraseur; c’est le Parisien, qui ne va dans le Midi qu'avec l'intention de s’en amuser et qui vise à faire rire ses lecteurs. Son article sur Marseille souleva la colère des Marseillais. Il avait noté avec une malice un peu lourde la volubilité et la mimique des gens de Marseille, la saleté du port et des rues et il n'avait vu en Marseille qu'une ville de négoce, d’où tout art et toute intelligence se trouvaient bannis. Il professe pour la langue du peuple le plus souverain mépris, c'est ainsi qu'il parle de son batelier marseillais, « qui, né sur le sol de la France, y avait vécu soixante-dix ans et pouvait se vanter de ne pas entendre un mot de français »; c’est ainsi qu'il parle d'Orgon « petite ville française, où je ne sache pas avoir entendu un mot de français ». Il y note avec indignation le dédain qu'ont lés filles du pays, pour les soldats de la garnison qui ne comprennent pas le provençal“.

-8. Voyage dans le Midi de la France; Paris, 1827.

4. « Je vis des groupes de jeunes filles qui se promenaient sur la place et, de l’autre côté, des groupes de soldats de la ligne, les uns jouant à la boule, les autres se promenant de long en large avec l’air tout aussi dépaysé que pourrait l’être une garnison française au Maroc. Je me hâte de dire qué les sordats et les jeunes filles étaient séparés par une ligne, qu'on m'a dit dans le pays être infranchissable; cette ligne, c’est le soin de la réputation. Une fille d’Orgon, qui serait vue avec un militaire, serait déshonorée. Le simple soupçon la privérait à jamais d’un mari... J’en parlai avec un petit sergent des plus délurés, qui me dit que la principale cause de leur peu de succès était la langue et que c'était faute de s’entendre qu'on se fuyait. « Vous allez donc apprendre le « patois provençal ? » lui dis-je. — « Non, mais ces demoiselles #pprendront

Ce n’était pas non plus en amoureux des pays du Midi que Mérimée écrivait en 4835 ses « Notes d’un Voyage dans le Midi de la France ». Délégué en mission dans le Midi par le Ministère de l'Intérieur comme inspecteur général des monuments historiques, c’est en archéologue qu'il voyage; s'il voit autre chose que des vieilles pierres, il est possible, mais il n'en dit presque rien. Tout au plus peut-on noter sa surprise, quand il sort du bateau à vapeur, pour débarquer en Avignon; cette page constitue un document assez précieux, qui prouve la pleine originalité de cette région à cette époque, el comment, par cette originalité même, elle avait droit à une poésie qui fut bien à elle : « Langage, costumes, aspect du pays, tout paraît étrange à qui vient du centre de la France. Je me eroyais au milieu d’une ville espagnole. Les murailles crénelées, les tours garnies de mâchicoulis, la campagne couverte d’oliviers, de roseaux, d'une végétation toute méridionale me rappelait Valence et sa magnifique Huerta, entourée, comme la plaine d'Avignon, d'un mur de montagnes aux profils déchiquetés qui se dessine nettement sur un ciel d’un azur foncé. Puis, en parcourant la ville, je retrouvais avec surprise une foule d'habitudes, d’usages espagnols: Ici, comme en Espagne les boutiques sont fermées par un rideau, et les enseignes des marchands, peintes sur des toiles, flottent suspendues le long d’une corde comme des pavillons de navires. Les hommes du peuple basanés, la veste jetée sur l'épaule en guise de manteau, travaillent à l'ombre où dorment couchés au milieu de la rue, insoucieux des passants, car chacun sur la voie publique se croit chez lui... Enfin la physionomie prononcée et un peu dure des Avignonnais, leur langage fortement accentué, où les voyelles dominent et dont la prononciation ne réssemble en rien à la nôtre complétaient mon illusion et me transportaient si loin de la France que je me retournais avec surprise en entendant près de moi des soldats du Nord qui parlaient ma langue. » \

De telles lignes évoquent un pays et une époque: elles peu-

« le français », et Nisard ajoute gravement : « Ce que je note ici peut faire «apprécier l’un des avantages des armées permanentes, et en particulier des « garnisons de province, qüi représentent, comme on dit, le pouvoir central... »

vent aussi donner à de jeunes Provençaux, appelés à les lire, le sentiment de leur indépendance, mais surtout par le fond de son livre Mérimée rattachait lé Midi français à la plus noble tradition romaine, ce qui pouvait n'être pas indifférent au développement de l'idée latine. :

Cependant Xavier Marmier montrait plus de largeur d'esprit’, en même temps qu'un sens très délicat de la tradition, de sa valeur morale et littéraire. C’est elle qu'il recherche au cours de ses voyages, qui le transportent de la Suède, où il recueille les légendes scandinaves, aux Pyrénées, en Espagne, où il se laisse séduire-par la grâce sauvage des romanceros, en Provence, d'où il rapporte des souvenirs enchantés. « Cette terre, s'écriet-il, semble faite pour être le berceau de la civilisation moderne. » I admire la douceur et la clarté de l'air, la beauté du climat, la grâce des paysages et des horizons, la vieillesse auguste des monuments, mais plus que tout il s'intéresse au peuple de Provence. Il parle, nous dit-il, ce dialecte provençal qui a, dans presque tous ses mots, si riches en voyelles, la forte accentuation, la grâce et l'harmonie de l'Italien et dans la plupart de ses expressions, la naïveté d’une langue que les savants n’ont point gâtée et qui est restée populaire. »

Ainsi donc voici que maintenant l'opinion des lettrés dépasse peu à peu ses propres conclusions; elle avait commencé à s’intéresser à une langue déchue, qui, bien que populaire, avait sa beauté et qui avait connu des siècles de gloire; maintenant elle s'intéresse à cette langue, parce que populaire. On voit la courbe intéressante de ce mouvement d'idées. Nous l'avons déjà notée chez Nodier et ses amis, nous la surprenons ici chez Xavier Marmier, nous pourrions la retrouver.chez Sainte-Beuve ou chez Saint-René Taillandier, Hé

Rattachons enfin à ce:même ordre d'études, le volume illustré que publie en 1844, à Paris, le marquis de Gallifet sous ce titre : « Souvenirs de voyages. La Gueuse parfumée. » Reprenant le mot de Godeau, le marquis, de race provençale d’ailleurs, parle avec complaisance des vieilles légendes, des traditions populaires,

5. Voir Souvenirs de voyage et traditions populaires; Paris, 1841.

des Jeux de la Fête-Dieu, à Aix, enfin des Cours d'Amour, des Troubadours, et aussi de la poésie provençale moderne, et notamment du docteur d’Astros.

Sans doute tous ces « voyageurs », nous l'avons vu, n'ont pas eu un sentiment très exact de l'originalité de la Provence, de la grandeur, de l’antiquité de ses traditions, de la valeur de sa langue et de sa poésie; certains ont été des sceptiques et certains des indifférents: mais tous leurs récits à des titres divers sont des témoignages d’une curiosité parfois maladroite, mais toujours réelle. C’est le moment où la France, revenue au calme, commence à dresser peu à peu le répertoire de ses richesses; les provinces secouées par la Révolution s’éveillent à la vie intellectuelle; les écrivains parisiens découvrent les provinces; de plus en plus il va se produire un échange intellectuel des plus féconds entre les uns qui ont l'originalité et les autres le savoir faire.

Les Universitaires provençalisants : Louis Méry, Saint-René Taillandier.

Le mouvement populaire devait aussi recevoir des encouragements précieux de ceux même qui semblaient le plus qualifiés pour le combattre, je veux dire, des Universitaires.

Si Université, comme puissance officielle, avait paru depuis les premières années du siècle dernier ignorer les dialectes, et même les combattre énergiquement à l’école primaire, tous ses membres ne pensaient pas sur ce point de façon orthodoxe, et certains esprits, libres, originaux, ayant le plus souvent des attaches solides àvec leur province natale, avaient montré une curiosité sympathique pour les dialectes locaux et encouragé ceux qui s'obstinaient à les cultiver. De ce nombre avaient été ce Champollion-Figeac, professeur à la Faculté des Lettres de Grenoble, qui en 1809 avait fait paraître un petit livre sur des

patois de l'Isère, dont nous avons parlé, ce Pierquin de Gembloux, inspecteur d’Académie à Bourges, esprit papillotant et fumeux, qui nous à amusés quelques instants: de ce nombre avec plus d’éloquence, plus d'éclat, et sur un plus vaste théâtre avait été Villemain lui-même, qui, en 1830 en pleine Sorbonne, devant le tout Paris intellectuel et mondain, quand il voulait remonter aux origines de la littérature française, dont il faisait l'histoire, consacrait six leçons aux Troubadours, vrais initiateurs, disait-il, de l'esprit moderne. Il y vulgarisait dans son style facile et fleuri les patientes recherches de Raynouard, il les mettait à la portée d’un public qui sans lui peut-être les “eût à jamais ignorées. Il parlait avec éclat de la langue romane, de la langue d'oc, de ses poètes, de leurs cours d'amour, de Bertrand de Born, poète de la guerre, d'Arnaud Daniel, poète de l'amour; il sentait qu'il y avait là une jeunesse, une richesse d'inspiration, dont le secret depuis s'était perdu. « Nous autres, gems du Nord, disait-il6, avec nos étés pluvieux et nos froids hivers, je ne sais si nous sommes bons juges de la poésie méridionale, Ce qu’elle.a de brillant et de sonore ne fournit pas assez pour nous à la réflexion. Dans la vie tout extérieure, toute sensitive des peuples du Midi, l'harmonie seule défraie, pour ainsi dire, la poésie. » C'était d’ailleurs là ne rien comprendre au mysticisme sensuel des Troubadours, mais c'était collaborer à la formation de ce poncif des journaux et des revues futures, la gaîté des méridionaux, leur brillant sonore,un peu vide, sympathique, et c'était aussi collaborer à la formation d’un autre poncif dont nous avons vu la naissance que de dire, à propos de la Croisade contre les Albigeois : « Il est visible que les Provençaux haïssaient les Français et voulaient exister à part; les questions littéraires qui nous occupent sont liées à une vérité historique : un peuple, une langue; une langue, «un peuple. Si la Provence fût demeurée indépendante, c'était un peuple du Midi de plus avec son nom, sa langue, ses arts, son génie propre?. »

6. Villemain, Cours de littérature; Paris, Pichon, 1830, T. I, 5° leçon, pages 151-162.

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