‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 32 sur 182 · leçon, pp · texte numérisé non relu

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*endons hommage au génie vulgarisateur de Villemain; il a contribué à répandre des idées qu’il n'avait point découvertes, mais que sans lui bien des jeunes gens non plus n'auraient pas connues. Et n'est-ce pas lui qui devait, le 20 août 1852, couronner Jasmin des lauriers académiques® et dire ce mot, qui eut son instant de célébrité : « La France est assez riche pour avoir deux littératures. » N'est-ce pas lui qui devait aussi faire à l’Académie Française l'éloge public de Mistral et de Mirèio, lorsque deux ans après son apparition un prix de 3.000 francs lui fut décerné?

Mais, s’il eut moins d'éclat que Villemain, c'est à plus juste titre pourtant que nous pourrions faire figurer parmi ces Universitaires qui s'intéressent au mouvement provençal, Louis Méry, professeur à la Faculté des Lettres d'Aix. C’est le frère de Joseph; ce n'est pas à ce titre qu’il mérite de figurer ici, car si Joseph fut le plus brillant des Marseillais, il fut trop Marseillais au mauvais sens du mot, pour que le Midi, qu'il honora et ridiculisa tout à la fois, ait à le placer parmi ceux qui firent quelque chose pour sa réviviscence littéraire. Joseph Méry aima la Provence, il l’a prouvé plus d’une fois, mais on ne peut surprendre dans sa vie ni dans son œuvre la formation d’une conscience provençale. Son frère, plus obscur, est pour nous autrement intéressant.

N'écrivait-il pas, ce bon et doux Louis Méry?

« Comme bien d’autres j'ai rêvé quelquefois de la renommée parisienne, mais cette renommée ne s’acquiert que, lorsque le mérite aidant, on s’exile au milieu de ses brouillards presque permanents, qui couvrent d’un deuil humide les monuments grisâtres dont se décorent les rives de la Seine. C'était 1à un sacrifice impossible pour moi. M’éloigner de cette mer transparente, de cette mer virgilienne, qui roule tant d’émeraudes dans

8. Villemain appelait Jasmin « le dernier et peut-être le plus grand des Troubadours ». Toujours les Troubadours! Le mot est tout à fait caractéristique. L'Académie n'aurait sans doute pas osé couronner un poète populaire si elle n’avait pu le couvrir du souvenir « littéraire » des Troubadours. C. Reybaud, dans la Préface en vers qu'il compose pour Li Margarideto, de Roumanille; Paris, Techner, 1847, s'écrie, en parlant des défenseurs de la langue d’oc : « Ounour à Villemain, Santo-Beuvo é Noudié ! »

les plis frissonnants de sa vague azurée, effacer devant mes yeux ces sites harmonieux où le pin répand ses mélopées, cela était au-dessus de mes forces?. » '

Ainsi, solidement cramponné au sol natal, il jouit de la terre du Midi en artiste et en savant. C’est un Universitaire comme on n'en rencontre pas tous les jours, un peu poète, un peu artiste, bon humaniste sans pédanterie, avec quelque chose de la vive

malice de Joseph, mais beaucoup plus de candeur et de bonne

foi. Tel, il sent que la Provence est une terre classique, toute semblable à celles où chantèrent les poètes antiques, Il reconnaît en cette mer suave, dont il parle si agréablement, la Méditérranée d'Homère et celle à aus Virgile donnait l’épithète de velivolum 10.

Il sait la considérer, cette Provence, avec des yeux vraiment nouveaux, en comprendre la valeur propre; il y voit avec « son tiède climat, ses productions orientales, sa mer, son peuple, ses monuments » un microcosme de toutes les contrées méridionales;

il sait apprécier la beauté des contrastes qu'on y rencontre.

.-Quel singulier coin de la France que celui où l'on trouve des landes pierreuses et des prairies, des orangers et des sapins, des oliviers et des mélèzes, des chênes et des aliziers, des montagnes nues comme des-îles sur une plaine féconde, des collines vertes auprès d'un roc pelé, des rivages arides auprès des promontoires couverts de pins; presque toujours la fraîcheur de l’ombre et de l’eau à côté d’un sol brûlant, poudreux et sans végétationit, »

Cela est d’un artiste, mais il. y a aussi le savant. Louis Méry prétend écrire une Histoire de Provence qu'il publie en 1830 et où l’on trouve à défaut d'une érudition très ferme et d'une méthode rigoureuse un ardent amour du pays natal. En 1837 ce sont des Chroniques de Provence, récits historiques arrangés en romans, divertissement d'un lettré qui a quelque imagination, qui a lu Alexandre Dumas et qui est le frère de Joseph Méry. L'histoire y sert de soutien à une fantaisie, qui n’a rien d'éblouis-

9. Lettre à Bénédit. Œuvres, de Bénédit, t. II. 10. Lettre à Bénédit, ibid.

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