Le Compagnon du Tour de France, préface
35. Le Compagnon du Tour de France, Horace, Consuelo, La Comiesse de Rudolstadt, Le meunier d’Angibault, Le péché de M. Antoine.
36. V. dans la Revue socialiste juillet-décembre, 1904, un article très substantiel de MM. Marius, Ary Lebiond : Notes sur George Sand, socialiste.
37. Outre les poésies de Poncy, elle préface les poésies de Magu (1845). Travailleurs et propriétaires, de Victor Bory (1848). Les Conteurs ouvriers, de Gal-
land (1849).
poètes prolétaires ». Elle va plus loin : « Vous pouvez être le plus grand poète de la France un jour, si la vanité, qui tue tous nos poètes bourgeois, n’approche pas de votre noble cœur, si vous gardez ce précieux trésor d'amour, de fierté et de bonté qui vous donne le génie. »
Elle lui donne des conseils, le met en garde contre la flatterie, les présents du gouvernement, qui venait de lui donner une petite bibliothèque :
« Prenez garde, noble enfant du peuple! Vous avez une mission plus grande peut-être que vous ne croyez. Résistez, souffrez, subissez la misère, l'obscurité, s’il le faut, plutôt que d’abandonner la cause sacrée de vos frères. C’est la cause de l'humanité, c'est le salut de l’avenir, auquel Dieu vous a ordonné de travailler, en vous donnant une si forte et si brûlante intelligence#. »
Elle essaie de lui donner conscience de ce qu’elle croit sa véritable mission :
« Le poète du peuple a des leçons de vertu à donner à nos classes corrompues, et, s’il n’est pas plus austère, plus pur et plus aimant le bien que nos poètes, il est leur copiste, leur singe et leur inférieur... »
Elle lui dit encore avec justesse et pittoresque :
« . Si vous voulez n'être pas perdu dans la foule des écrivains, ne mettez donc pas l’habit de tout le monde; mais paraissez dans la littérature avec ce plâtre aux mains qui vous distingue et qui nous intéresse. Soyez homme du peuple jusqu’au fond du cœur%. »
Quand le succès de son Chantier est épuisé et que Poncy, à court d'inspiration, cherche un sujet de poème, c’est vers George Sand qu’il se tourne, et elle lui répond # :
« Vous me demandez un sujet dé poème... Pourquoi ne feriezvous pas, soit en prose, soit en vers, l'Histoire de Toulon, la véritable histoire, rapide et chaude, du peuple, de votre ville natale.
« La France ignore l’histoire de toutes ses localités. Les localités elles-mêmes ignorent leur propre histoire. »
38. Lettre du 27 avril 1842. V. aussi Lettre du 23 juin 1842. 39. Lettre du 21 janvier 1843.
4o. Lettre du 16 décembre 1847.
Et ici la « régionaliste » apparaissait, tout autant que la « socia-
liste »; ici, encore une fois, elle touchait juste, elle devinait par
avance, semblait-il, toute l’œuvre mistralienne.
Poncy ne sut pas comprendre cet appel, mais il suivit un autre conseil de George Sand en essayant d'écrire la « Chanson de chaque mélier ». |
CC . ENS Ce . . $ x « J'ai toujours désiré, lui écrivait-elle, qu’un poète fit sous un
titre tel que celui-ci : La Chanson de chaque métier un recueil
de chansons populaires à la fois enjouées, naïves, sérieuses et grandes, simples surtout, faciles à retenir et sur un rythme auquel pussent s'adapter des airs connus bien populaires ou des airs nouveaux faciles à retenir... »
Peu à peu les grandes illusions tombèrent, surtout après 1848; le mouvement populaire prit une autre allure, il devint dialec-
. tal et cessa d’être socialiste; Poncy s’assagit peu à peu, et sous
l'influence sans doute de son frère Alexandre“, qui écrivait en provençal, il eut des rapports avec les premiers Félibres®?, Mais
jamais il ne cessa de témoigner à George Sand, qui ne cessa
jamais de lui répondre, le plus respectueux attachement.
On peut dire, en résumé, que l'influence de George Sand sur les poètes-ouvriers fut considérable; elle le fut-tout spécialement en Provence, par ses rapports avec Agricol Perdiguier et sur-
tout avec Charles Poncy, et comme ces « ouvriers-poètes » de
Provence ont travaillé, sans en avoir conscience, mais très eflicacement, à l’œuvre félibréenne, on peut dire que George Sand, entre tous les écrivains de France, est, avec Lamartine, celui qui a le plus fait, inconsciemment sans doute, mais d'autant plus profondément peut-être, pour la renaissance provençale au dix-neuvième siècle.
Cette sympathie pour la poésie populaire, nous la retrouverons aisément chez Michelet. Il est peuple, il aime le peuple plus que tout autre. Ne lui a-t-il pas consacré toute son existence, toute
kr. Alexandre Poncy : Pouésios prouvençalos; Toulon, 1845. — V. plus loin,
ITS partie, ch. 1.