‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 51 sur 182 · V. le récit de la séance dans le Sémaphore du 31 août · texte numérisé non relu

V. le récit de la séance dans le Sémaphore du 31 août

Autran nous a laissé ce récit émouvant® : le poète chargé de gloire montant « d'un pied accoutumé à gravir les cimes » l’escalier difficile, obscur, tortueux qui conduisait au quatrième étage d’une des plus pauvres maisons de Ja vieille ville, pénétrant dans un galetas mal éclairé, où s’entassaient sur de misérables bancs des jeunes gens, des hommes en veste, des femmes en bonnet et en robe d’indiénne, écoutant sans sourciller la harangue, pleine d’une admiration frénétique, que lui adressai! avec emphase le président, un italien à peine francisé, et luimême répondant sur le mode sublime et parlant pendant une heure « avec là même élégance, le même choix d'idées et de langage que s’il se fût adressé à l'assemblée la plus aristocratique du monde ». Autran nous à peint en termes saisissants l'auditoire enthousiasmé, acclamant follement son dieu, se jetant sur lui, et l'emportant, pour la sortie, sur des bras tendus, jusqu'au bas de l'escalier, le cortège fanatique l’escortant jusqu’à son hôtel au milieu des cris, des acclamations, des applaudissements, des bouquets agités, et Lamartine, la porte fermée, se retrouvant seul avec Autran dans l'escalier, écrasant des fleurs contre le mur dun geste de colère et jonchant les marches de leurs débris, en murmurant : « Voilà pourtant à quel prix s’achète la popularité! »

Mais de ce geste dégoûté, de cette défaillance de l’amant d'Elvire au contact de ces rudes mains, ils n’en sauront rien, ces braves gens, qui scandent au bruit des rimes le travail du chantier ou de l’établi. Pour eux Lamartine sera toujours l’archange, le demi-dieu, qui a daigné un soir descendre parmi eux et qui s'en est allé, laissant à tous l’éblouissement de sa prestance, de son geste, de sa parole magique, En tête de leur second recueil (1851), ils mettront en épigraphe cette parole du grand homme, prononcée ce soir-là : « Si j'étais gouvernement, je voudrais créer dans chaque ville une université d'ouvriers. »

Un autre incident, très significatif aussi, devait marquer ce séjour de Lamartine à Marseille; sans doute ce n’eut rien été, que la visite, entre tant d’autres, d’une admiratrice exaltée, si Lamartine, par son passé, comme par ses rêves d'avenir n’eût été préparé à y voir bien davantage, si l'heure n’eût pas été telle que

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